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	<title>Chez Ascaride</title>
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		<title>Chez Ascaride</title>
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		<item>
		<title>LE CAMÉE DU QUATORZE JUILLET</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Dec 2008 21:10:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loula la nomade</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
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		<description><![CDATA[Je tiens ce camée d’une vieille tradition matrilinéaire remontant à près de deux siècles. En ce début de troisième millénaire point de millénarisme : la laïcité est passée par là. On doit l’original du camée à Josiah Wedgwood. Je suis détentrice d’une copie d’allure correcte bien que je n’aie pas de moyen de vérifier le bien fondé de mon estimation. Je n’ai que des reproductions éditées ci et là comme références dans toutes sortes de documents établissant la pertinence d’une revendication abolitionniste au début du dix-neuvième siècle. <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=16&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="EC_Section1">
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> <span style="font-size:11pt;"><span><span>PAR CLAUDE </span></span></span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>RODA-DANIEL</span></span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span><span> </span><span> </span><span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> <span style="font-size:11pt;"><span><span><br />
</span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  tiens ce camée d’une vieille tradition matrilinéaire remontant à près de deux  siècles. En ce début de troisième millénaire point de millénarisme : la laïcité  est passée par là. On doit l’original du camée à Josiah Wedgwood. Je suis  détentrice d’une copie d’allure correcte bien que je n’aie pas de moyen de  vérifier le bien fondé de mon estimation. Je n’ai que des reproductions éditées  ci et là comme références dans toutes sortes de documents établissant la  pertinence d’une revendication abolitionniste au début du dix-neuvième siècle. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Ma  lointaine famille bien que d’origine anglaise assez aisée n’aurait pas eu l’idée  ni les moyens de pareille entreprise. Il m’en reste le nom au bon gré d’un  surprenant hasard qui fit que ma Mère dont le nom de naissance était Perceval  épousât un dénommé George originaire d’un bourg du côté de Dijon dans la  Bourgogne profonde. Ce George qu’enfant je ne connus qu’entre deux voyages au  Cambodge colonial, d’abord professeur au lycée français de <span class="EC_SpellE">Phnom</span> <span class="EC_SpellE">Penh</span>, finit sa  carrière au téléphone d’une banque d’un paradis fiscal européen comme président,  après avoir mené pendant des dizaines d’années des programmes de développement  qui n’en avaient que le nom. Sauf à considérer que la recherche du profit et le  développement sont spontanément liés.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>D‘entreprise il va être question dans ces lignes.  D’entreprise messianique réélaborée en quelque sorte. De nos jours les messies,  ils sont nombreux en effet ce qui indique une certaine déchéance de la fonction,  font dans le court terme. On ne s’appartient plus tout à fait dès lors qu’on  feint ou qu’on ne craint pas ou plus d’avoir l’éternité devant soi. L’éternité a  un défaut majeur : elle ne reproduit jamais aucun cycle puisqu’elle en est  essentiellement dispensée. L’éternité ne détruit rien qui doive être reconstruit  afin d’être détruit à nouveau. J’ai moi-même interrogé un représentant éclairé  de l’éternité sur terre. A’ la question « Qui est donc Kondratiev<a name="_ftnref1" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn1"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[1]</span></span></sup></span></span></sup></span></a> selon  vous ? » il me répondit sans hésiter qu’il s’agissait d’un dissident soviétique  célèbre mort au goulag ! Alors opportunément je me souvins qu’il n’y fut pas  seul déporté mais en la meilleure compagnie de Zetkin, Onéguine et Kropotkine !  L’autre parût moins certain de sa précédente assertion. Tous ces noms en « ine »  avaient néanmoins quelque chose de rassurant. Ils sonnaient trop bien pour qu’il  n’en soit pas tout à fait rien…</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Bref  l’éternité est la catastrophe majeure qui doit être surmontée au principal et à  l’accessoire. On n’imagine pas qu’un juste procès ne fasse pas droit au  principal et à ses accessoires puisque ces derniers relèvent de la pratique  massive du quotidien subit. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Par  parenthèse Paloma Picasso qui soutient que l’accessoire est essentiel devrait  cesser d’injurier les femmes en ne donnant à voir d’elle que les photos  retouchées d’une éternelle jeunesse… </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Ce  jugement de l’éternité est sans réserves. Les réserves d’usage sont retenues  pour les conclusions des parties. L’éternité n’a pas de contradictions internes.  Pas d’autre procès que celui signifiant que le processus est inéluctable.  L’éternité ne connaît pas l’ennui. Elle est indifférente voire agressive à  l’égard de tout ce qui la morigène. L’éternité est hautaine. L’éternité est  l’infinie redondance du sublime dessein originel que rien ne boucle ! Pas même  les accrocs les taches voire les crimes commis en son nom. L’éternité est très  naturellement sereine. <span> </span>L’éternité est fort heureusement de droite  vous dis-je ! </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Les  conflits idéologiques entre l’Eglise de Rome et les tenants de la reproduction  élargie du capital sont réels. Le capitalisme n’est pas sans défaut. On peine à  le croire. Plus encore à le supporter. Pour une part décisive on doit ses  méthodes et leurs avanies contre la personne humaine au péché originel. Ce péché  n’est-il pas la chose la plus uniformément partagée entre tous et toutes ? Que  l’Islam, religion pourtant révélée, n’accorde au péché aucune attention  n’arrange guère son cas.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Le  souverain pontife voyage en éternelle terre de mission. « Et l’on voit saigner  aux quatre coins du monde/ les quatre clous de Jésus – Christ » deux vers de  Victor Hugo issus des « Contemplations » rappellent que rien n’est acquis dans  la lutte contre les sempiternelles manigances du malin. Le Pape tance les  individus suspects de sympathie pour le marxisme, Jésus sous les traits d’un  apôtre de la théologie de la libération non merci ! Semonce des populations en  liesse accourues de partout où la conviction est vivante que le Christ est mort  pour racheter le prix de leurs péchés. Péchés de chair, de lucre. Péché véniel,  péché mortel. Péché de viol où la complicité de la victime avec son bourreau est  soutenue. Péché de revendication d’égalité. Péché d’organisation de communauté  de base.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>L’exogène à connotation démocratique est la  machination le plus subtilement diabolique.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>De  quasi gamines d’à peine quatorze ans tendent au prélat un bébé à bout de bras  afin d’obtenir un regard, un geste, un pardon peut-être. Que nenni, ni condom ni  fémidon ! Rien de cela ne saurait se hisser s’afficher s’employer contre la  volonté divine ! Les voies de Dieu sont impénétrables. Les femmes de fraîche  puberté sont ouvertes. A’ quoi bon redire que les catholiques ont raté le coche  de l’Histoire en refusant de se défaire, et ce faisant de libérer une partie de  l’humanité, du péché originel lors de Vatican II ? <span> </span>A’ quoi bon  puisque la société de classes n’est pas contraire aux enseignements divins.  Puisque l’éternité est plus longue devant soi que le souvenir d’un avatar, d’un  impromptu déjoué dans les coulisses au théâtre d’un christianisme certifié  authentique.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>A’  quoi bon puisque le sujet de l’égalité des femmes et des hommes n’est pas au  débat de la grande cause divine ! La casuistique est méandreuse. Voire sournoise  face à l’idée de changement. D’une grande rigueur dogmatique dans la  préservation du droit canon.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je ne  veux pas qu’on croie que je suis bilingue en anglais. Cet anglais que j’utilise  épisodiquement est médiocre. L’anglais n’est pas ma langue. Pas même la seconde.  Plus d‘une fois je fus sommée de m’expliquer de mon anti-anglicisme primaire  derrière lequel on ne manquait pas de soupçonner un anti-américanisme non moins  primaire. Sommée de me rendre aux arguments de la communication globalisée. Du  nouvel ordre mondial des échanges généralisés. L’économie disait l’avenir. Marx  l’avait déjà montré mais avec d’autres objectifs. Il me fallut du temps avant de  saisir que son engouement pour l’éclosion des petits Mozart était mâtinée du  libéralisme de l’époque. Elle est porteuse d’un effet réversif, d’une confusion  potentielle de nature à altérer le sens initial de la démarche  marxiste.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Finies les guerres trop coûteuses en vies  humaines. Le développement de l’intérêt particulier était devenu le promoteur de  l’intérêt général bien compris ! On n’avait pas beaucoup avancé depuis la fin du  dix-huitième siècle. Nous sommes même en pleine régression du point de vue de la  pensée.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>La  dernière fois que le reproche d’antiaméricanisme me fut fait c’était lors d’un  repas avec une jeune collègue stagiaire italienne. Elle s’offusqua d’abord. Puis  retira son affirmation alors qu’un journaliste de radio rappelait que les  Etats-Unis considérait la Mer Caspienne comme un de leurs objectifs stratégiques  naturels ! Je n’évoquai pas mes prétentions factices et amusées sur le « Lago  Maggiore ».</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Les  Etats-Unis avaient belle part à l’antiaméricanisme primaire. On ne l’aurait pas  cru si on ne l’avait pas entendu sortant d’une bouche diplomatique autorisée.  Autorisée à ne pas rendre de comptes. De nos jours on dépayse continûment la  classe ouvrière. Les petites mains des femmes, voire des hommes, sans sourire  finissent toujours par coûter trop cher. Le profit est d’autant plus exigeant  qu’il est glouton. Il est dévorateur. Il est adorateur. Il s’aime obèse. Dans  ses bourrelets il planque ses mauvais tours d’une magie de patronage. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Aussi  les néocons -je crus un temps qu’il s’agissait d’une boutade, d’un jeu de mots  signifiant par dérision en bon franglais les « nouveaux escrocs » &#8211; avaient-ils  opté pour une variante ou une autre du protestantisme. Plus apte selon eux à  donner une dimension quasi divine à la vaste ambition de réifier tout ce qui  ressortit peu ou prou à l’humain. Dieu, puis le capital, apparemment soumis,  dans une soumission qui ne devait rien au masochisme, allaient sauver ce monde.  Un irrésistible élan d’une démarche obsessionnelle toute pétrie d’affabilité  était heureusement en cours. L’urgence salvatrice avait des siècles d’histoire  aussi les temps lui étaient comptés. La régulation par le marché allait sortir  l’humanité des affres de son chaos originel. Rien de moins ! Un début  d’affaissement du système bancaire n’altérait aucune croyance. Le dégonflement  de la bulle Internet avait produit des effets boursiers qui furent sans effets  sur les leçons qu’il aurait été habile de tirer en matière de réinvestissement  productif dans l’économie réelle. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Dans  l’économie réelle à construire au service de l’émancipation humaine. Un  processus ininterrompu </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>relevant d’une autre logique que celle de l’utopie  dont trop longtemps l’autorité servit de bien mauvaises causes. Dégénéra en  criminelles tragédies.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Il se  trouve ici ou là quelques personnes mal intentionnées pour souligner la  contradiction qui consiste à soutenir l‘origine du chaos humain tout en le  soustrayant du génie créateur de Dieu à la genèse de tout. La mauvaise foi, au  sens propre et au sens figuré, a une emprise considérable sur les consciences  des hommes et des femmes. C’est le principal vecteur de la mondialisation de la  pensée diabolique banalisée. La preuve du Diable est dans ses manifestations  ordinaires.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Avec  la révolution libérale en cours les femmes vont enfin pouvoir tourner leur  regard vers le « plafond de verre » : la hiérarchie aux décisions capitales leur  est accessible. Sans appréhension. Sans désenchantement. Sans certitude non  plus. Les faibles quotas de places à pourvoir suggèrent que l’âpreté de la  compétition n’a pas changé de nature. Ni ce faisant l’exercice des rapports  sociaux dominants. Mais certaines, tant mieux elles sont minoritaires, se  réclamant du féminisme n’hésitent pas à en détourner les objectifs fondateurs  afin de se faire une place sous les tropiques de la réussite sociale et de la  fiscalité !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>D’Alger au Cap les femmes peuvent dorénavant créer  de petites entreprises de subsistance. Bref continuer de travailler là où peu ou  prou un homme sur deux s’en dispense. Pourtant on n’annonce aucun droit nouveau  qui change la condition de la femme africaine.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Lorsqu’on m’interroge sur le camée, plus qu’un  accessoire une profession de foi laïque, je me laisse aller volontiers à en dire  l’origine et la destination. Josiah Wedgwood était un bourgeois anglais de la  fin du dix-huitième siècle. Un de ces humanistes dans le vaste champ des  Lumières qui se rangera dans le camp des abolitionnistes éclairés. Plus tard  Marx expliquera à propos de l’ »Unfree Labour » que son caractère socialement  instable et l’insuffisance de marché attachés à sa structure le condamnèrent  tout autant que les engagements chrétiens humanistes qui soutinrent son  abolition définitive. Marx avait au moins un peu  raison !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Un  noir quasi nu est à genoux devant on se sait qui avec certitude.  Vraisemblablement un blanc, son maître peut-être ou son mandant. Il l’implore  dans une posture d’attente compassionnelle. A’ ses pieds un calicot dit :  « <span class="EC_SpellE">Am</span> I not a man <span class="EC_SpellE">and</span> a  <span class="EC_SpellE">brother</span> </span></span></span><a name="_ftnref2" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn2"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span lang="EN-GB"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;" lang="EN-GB">[2]</span></span></sup></span></span></span></sup></span></a>?</p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Message à destination des Anglophones  dominants. A’ diffuser amplement par tous moyens. Sans retenue, sans haine. Mais  non sans beaucoup d’ivresse. Faites donc deux choses s’il vous plaît chers amis  humains baignés d’océans : </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Arrêtez de vouloir nous préserver du retour de  toutes les anciennes vilenies de la planète. De toutes les vilenies d‘avant que  vous nous ayez offert les affres de l’expansion capitaliste comme horizon  indépassable !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-</span><em><span style="font-style:italic;">Et si  d’aventure il vous restait un peu d’énergie utilisez-la donc à décalquer notre  futur antérieur le temps de la condition humaine ? </span></em></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Vous  n’en serez jamais les créateurs. Vous en seriez au mieux les récipiendaires  éclairés par un fond de cierge pascal en proie à d’ultimes tressaillements. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Vous  aura-t-on jamais dit que votre langue n’est pas impérialiste par nature ? C’est  à ma langue qu’on doit la création de ce temps sans égal de la rencontre  dynamique du futur et du passé. Du concentré de la vie dans sa continuité. Du  poids singulier des passés reconstitués cédant parfois aux affaires du jour. De  l’épaisseur du passé qu’aucun présent n’altère ni ne condamne. Des entre deux  chargeant de sens ces vies ordinaires que rien ne semblait devoir détourner d’un  modeste sort primitif. Ne vous aura-t-on jamais convaincu d’archiver le lexique  de vos prétentions univoques à interpréter le monde au troisième sous-sol de vos  coffres-forts à éventrer !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*<span> </span><span> </span><span> </span><span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Laissez-moi revenir quelques semaines en arrière  afin de donner au présent décor et à ses proches acteurs un peu de consistance  locale.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  réside au « Champ d’Odin » depuis près de trois années. J’y ai acquis une maison  ancienne sans caractéristique particulière sinon d’avoir été une fermette avec  jardin où vécurent plusieurs générations d’ouvriers de la métallurgie,  agriculteurs modestes de complément de revenus. La Champagne y est très  germanisée, son nom en atteste. La Lorraine proche n’y fut pas nonchalante. La  seconde langue de la scolarité y fut longtemps l’allemand. Pas rancuniers les  indigènes ! Pas de rancune alors qu’ils eurent moins à endurer de l’Occupation  allemande que les gens des villes soumis à un rationnement drastique. Ils  bénéficièrent même des services d’un prisonnier de guerre répondant au nom de  Rodolphe qui s’en retourna à Mayence dont il est parfois  revenu.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Vous  l’avez compris Au « Champ d’Odin » le christianisme est catholique et de droite.  Le conseil municipal compte neuf membres : huit hommes et une femme.  Fonctionnaire comme je le suis. La quarantaine, mère de deux enfants &#8211; fille et  garçon &#8211; adolescents et obèses elle est l’épouse d’un monsieur de son âge  originaire d’un village distant de moins de quatre kilomètres. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>L’amour est au mépris même des barrières stupides  que les hommes avaient jadis instaurées ! <span> </span>L’amour s’aveugle aussi  loin que l’immédiat horizon ne le borne pas. Quatre kilomètres sont les prémices  d’un autre monde. Les marches civiles d’une aventure où l’amour transcende les  motifs de casus belli que la propriété des terres et le droit de chasse  perpétuent d’un même allant.<span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span><span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Avec  l’élection d’un nouveau maire, primaire sous des allures débonnaires, on fit  droit à ma demande insistante d’en finir avec les réunions clandestines du  conseil. La démocratie profonde reste aux mains de discrètes élites rurales. La  pensée agreste aime l’ordre divin naturel. Les fermes survivent du bénéfice des  subventions. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>De  fait des espoirs irraisonnables m’étaient permis.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>La  table est ronde et comme remisée dans un coin de la Mairie. Le rare public est  maintenu à forte distance derrière des tables servant au dépouillement. D’aucun  point de vue qu’on soit dans la salle on ne peut voir ensemble les élus. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>- Bon  on commence par le Quatorze Juillet ! dit le Maire.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>- Jeu  de quilles comme d’habitude, dit l’un.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>- Et  des cadeaux pour les femmes ! L’homme parle au plus rapide. La rapidité est un  gage d’authenticité. Tout le monde s’accorde sur ce point. Pas une voix ne  s’élève contre la reconduction du « cadeau pour les  femmes ».</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Celui  qui parle a plusieurs fois affirmé que la planète allait mal. S’est savamment  horrifié à l’idée qu’il pourrait y avoir un jour prochain un désert à chameaux  dans la banlieue de Lyon, de Dijon peut-être ! </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>De  son impressionnant véhicule à quatre roues motrices les certitudes sont là et  bien là. Le drame nous guette. Les mots de l’artisan boulanger retraité sont  sans mesure. Le danger annoncé pas moins.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Que  dire des « cadeaux pour les femmes » ? Cette quasi catégorie imbécile et  condescendante est aux limites de l’abjection. Je ne suis pas même certaine  qu’insidieusement, tradition sexiste oblige, la limite n’ait pas été franchie. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Ici  les conduites du genre ne sortent que rarement des traits de charrue. A’ cette  nuance significative près que le divorce a été accepté bon gré mal gré.  L’éclairement divin en est sonné. Les prêtres de bons conseils ont reflué vers  les villes d’où ils rayonnent sur des terres quelque peu sorties des clous de  Victor Hugo !<span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>La  liste des cadeaux féminins est affliction. Par affection pour mes lectrices, par  respect pour mes lecteurs je n’en donnerai pas le détail. <span> </span>Saches  ma sœur que je n’y ai rien décelé qui t’éloigne plus d’un court instant de tes  obligations de genre. Son emprise est sans atermoiement. Sans imagination. Sans  contrefaçon. Sans opportunisme. Le genre aime le genre et tout autre posture  ferait mauvais genre.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>A’ ce  moment précis je me dis que je suis plus sûrement placée dans mes observations  du côté de Françoise Héritier que de Judith Butler !<span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>On  discute encore du prix du repas servi par le traiteur. On demandera des devis.  Un conseiller amoureux de la belle langue de chez nous, du poncif jailli du  tiroir à platitudes, rapporte l’installation d’un nouveau traiteur. Indique que  selon lui-même, l’impérieuse nécessité de l’évocation de soi à propos de presque  rien est d’ordre biographique, il faudrait envisager de soutenir l’entreprise  naissante sans toutefois déroger aux règles administratives qui prévalent en ce  domaine de la loi commune&#8230; Ma sœur fonctionnaire de police rappelle que force  doit rester à la loi. On ne courra pas le risque d’avoir des ennuis avec le  Préfet pour des broutilles. Les Préfets de la République sont très rigoureux en  matière de contrôle a posteriori des déviantes broutilles communales. C’est bien  connu. C’est bien légitime.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Le  Conseil du « Champ d’Odin » vient en quelque sorte d’inventer le « Préfet des  Broutilles » indiquant par là son grand attachement à une « République des  Détails ». Ces détails, ces niches à diableries ! </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  m’ennuie.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span>*</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Apéritif offert par la Municipalité dit  l’un.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Oui  mais le vin sera payant dit un autre. En fait, d’expérience il sera surtout  infâme.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Qui  se charge du service ? C’est ma sœur qui parle.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-On  s’y mettra tous ! dit le Maire soudain mû par une impulsion d’autorité  consensuelle. Je pense que j’y serai attentive. Mettre la main à la pâte n‘a  rien de quoi déshonorer. Toutefois le déshonneur s’organise plus vite chez les  uns que chez les autres.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Le  Conseil s’éternise dans un défilé de questions viriles : le bois et les  affouages. L’état préoccupant de la distribution de l’eau. L’entretien des  routes et la réduction des terres allouées à la chasse suite à la non élection  d’un jeune bel et bon riche héritier de vieille famille communale au nouveau  Conseil et, somme toute on pouvait comprendre, c’était un peu normal à partir du  moment où la grande famille du hameau n’était plus représentée alors que le  grand-père avait été maire et un bon maire en plus ! </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>En  dernier lieu le colloque improvisé des faux culs admet qu’il s’agit d’affaire  dont le Conseil ne se saisit pas d’autre façon qu’informative. On a tout le même  le droit d’avoir un point de vue au titre de citoyen ! Les échanges tournent  court tant les non-dits enfument l’éclosion des habituelles dispositions  d’esprit en ce domaine. <span> </span>La grammaire des travestis de la  démocratie locale représentative conjugue à peu de frais un univers  d’habituelles et misérables petites bassesses. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Amen. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Un  possédant fit carrière loin du village et réclama quelques centaines d’euros  pour le bail de ses terres. Cette somme semble dérisoire. Pourtant elle est  rédhibitoire aux chasseurs pauvres. Il en existe. Les chasseurs aisés ont des  actions coûteuses sur d’immenses et lointaines propriétés. Cela les dispense de  toute démarche d’ample fraternité. La fraternité entre chasseurs est œuvre  censitaire. On n’abandonne pas le point de vue de classe à l’excessive  prétention du premier venu. Surtout s’il n’a pas cherché de travail. A’ ce qu’on  dit. A’ ce qui se répète. A’ ce qu’on sait. On n’abandonne pas ses prétentions  sur le droit de chasse au premier venu. Qu’il affiche d’abord la ressource  nécessaire à l’achat du dit droit. La morgue n’a qu’une face. Qu’un seul visage.  Elle dispense d’avoir à rendre la monnaie d’une pièce qu’aucun des protagonistes  ne sort de sa poche. Le dédain sourit aux malheureux ! Le dédain piétine du  regard les rejetons de l’humanité. Le dédain foule d’un frémissement de la lippe  les avatars des classes dangereuses. <span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Ces  engeances, auxquelles on accorde mépris au mieux, indifférence au pire, ces  engeances fatiguent ! Dieu que ces engeances fatiguent ! Nom de Dieu de Nom de  Dieu que ces engeances fatiguent !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span>*</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Nous  y sommes. En ce jour. De quatorze juillet. De Fête Nationale. Un peu à l’écart  de la place du Monument aux Morts du « Champ d’Odin ». Une liste interminable  égrène en lettres d’or les noms du résultat des orgies guerrières menées en  sous-main au nom des intérêts dominant l’intérêt commun. Un ouvrier agricole ne  sachant ni lire ni écrire sert au bon déroulement du jeu de quilles. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Il  les dresse. Les redresse. Il renvoie les boules au moyen du guide de retour à la  façon d’un automate de la cinquantaine épuisée de travail et de maltraitance. On  l’a retrouvé plusieurs fois fourbu, titubant sous les après coups d’un patron  qu’il ne dénoncera pas. J’en tiens la relation de la bouche de l’ancienne  tenancière de l’ultime gargote. <span> </span>Une vieille catholique pleine  d’humanité. Discrète. Révoltée. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Vous  comprenez ? m’avait-elle dit. Oui je comprenais. Rassurant. Je n’aurai pas dit  que l’interrogation était dépourvue d’une autre à l’action. Les enseignantes  sont censées maîtriser la connaissance des lois. Avoir des relations. Ne rien  craindre de l’administration pour<span> </span>leur emploi. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  veux croire que le commis ressent une utilité sociale d’une autre nature que  celle dévolue à un ouvrier agricole traité en paria du village. J’aime à penser  que cela lui fait du bien. Je suis aussi consciente que cela ne peut au mieux  traiter sa souffrance qu’à la marge. Alors je me rends compte que je n’arrive  pas à me défaire de cette notion de marge. Les sociétés occidentales ont plus ou  moins habilement caché dans la société rurale, ou souterraine des villes, de ces  « Intouchables » sans nom sans présent sans avenir. Ces « Intouchables »  repoussoirs, malgré eux, confortent la pérennité et la justesse des assertions  barbares. <span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  m’interroge. Remets à de meilleures circonstances ma réflexion. Mais je ne suis  pas ignorante de moi-même. Je sais que je ne l’en sortirai  pas…<span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>La  condition masculine n’est pas à bien des égards sans rappeler la condition  féminine. Allons donc c’est pour rire ! J’ai bien le droit de rire. Avec le  grand bénéfice que je tire de l’universalisme  républicain…</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span>*</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Le  spectacle des quilles, je parle du spectacle de l’érection renouvelée est un  vrai délice. Chez les non professionnels l’adresse est le fruit du hasard du  geste heureux. Renverser une quille ne montre aucune aptitude particulière. Sauf  à posséder de grandes mains habiles à tenir les grosses boules dont la taille  élimine tout improbable velléité de féminiser le jeu. Cette grosseur n’est  d’aucune nécessité. Il dépend accessoirement du poids de la boule qu’elle soit  efficace. L’instabilité de la quille est établie. La puissance et la précision  du trait font le reste. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>On  n’autorise pas les femmes à se déprendre, même symboliquement, de l’érection.  Moins encore à la bousculer. Le slogan « érection trahison ! » n’est pas arrivé  jusqu’ici. Néanmoins les hommes se méfient du potentiel de malices qui s’attache  à la féminine nature. Leurs défiances tournent à plein régime. Cela ne leur  demande aucun effort. La peur et la bêtise sont jumelles en ce  domaine.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>De  leur point de vue l’exercice érectile reste une prouesse. Une prouesse c’est une  autre façon de déclarer publiquement une compétence. L’espace intime est sous  contrôle. L’espace public sa généreuse transfiguration.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>J’ai  constaté plus d’une fois, avant et après bien d’autres, que les postures  masculines s’épanouissaient plus aisément du côté de la promesse que sous le  régime de la prouesse ! Je me défends toutefois de suggérer que mes  constatations ont une quelconque valeur statistique…</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Une  question doit être traitée qui ne saurait être remise. Qu’en est-il du réel  symbolique du jeu lui-même ? A’ défaut de certitudes j’évoque quelques  hypothèses. En deçà de celles-ci penser n’a plus de sens. Aimer et détester non  plus. Il s’agit de saisir le vrai dans sa complexité. De ne pas toujours céder à  la tentation de l’ironie.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Il  est acquis que le moyen de la compétition est tout entier dans le renversement  des objets phalliques. J’imagine que l’enjeu consiste à faire valoir sa propre  virilité dans l’abaissement puis le redressement du symbole phallique. Mais  comment en être tout à fait sûre ? En effet la posture simple semble indiquer  que c’est dans l’adversité, la compétition de l’exercice phallique prolongé  qu’il faut chercher le ressort du jeu. La boule métaphorise les bourses. Le  tir : l’érection et la montée du sperme. La cible atteinte s’effondrant évoque  la petite mort. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Plus  le nombre de quilles renversées est important plus le compétiteur indique son  aptitude à multiplier les petites morts ! Plus il est subtilement viril ! Mais  peut-être doit-on comprendre que l’objet de la compétition est d’ordre  appropriatif. En lieu et place de l’érection se tiendrait la femme convoitée, la  femme idéale et ses clones. La femme première issue de la vertèbre. Tant pis  pour les amazones ! L’idéal serait dans la convoitise réussie du plus grand  nombre. Une manière de grands mâles en lutte pour la domination sur la troupe.  Il est facile de s’adonner à un exercice de sociobiologie. Je m’en garde bien en  l’espèce. Les niches de barbarie résiduelle sont toutefois trop évidentes pour  je n’attribue rien de cette nature à cet échantillon d’humanité qui ne lui soit  dûment imputable. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  suis intriguée de l’emploi du mot rampeau obtenu par nasalisation de « rapeau »  forme de rappeler. Le rampeau départage lors d’un second tour les joueurs ayant  obtenu le même résultat au premier. Il faut donc impérativement un vainqueur.  J’ai dit plus haut que l’adresse a partie liée au hasard d’un geste correctement  exécuté. En quoi le hasard constitue t-il la preuve décisive d’une quelconque  supériorité ? </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>C’est  que voyez-vous on a parfaitement intégré, plutôt de manière inconsciente et non  critique, le fait que le hasard est entre les mains de Dieu ? Il n’est pas  banalement la rencontre d’au moins deux nécessités sans lesquelles aucun  résultat n’est acquis. Sauf si bien sûr ces deux nécessités sont remplies par le  même hasard ! L’action divine est une action de tous les instants. Je ne me sens  pas coupable d’avoir levé un coin du voile de mystère qui la ceint.  <span> </span>La pensée magique est sans bornes.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Non,  non je n’oublie pas de dire ce qu’il en est de la présence des femmes. Elles  font montre de peu d’intérêt pour l’affaire des hommes. Certaine regarde son  mari sans que son regard me renseigne sur un motif particulier de son action. Un  réflexe de vieux couple. Un reste de tendresse. Un zeste de nostalgie. Elles  parlent des enfants. Surtout des petits enfants. Des soucis des jeunes couples.  Des régimes qu’il ne faut pas faire. De ceux qui ne présentent aucun danger. La  vie est de plus en plus chère. De la ménopause pendant. De la ménopause après la  ménopause.<span> </span>Bon débarras. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Elles  parlent de bien d’autres choses parfois avec gravité. Avec une légèreté qui les  mène dans l’insatisfaction sans voie de retour. Parfois elles sont tranchantes  avec ce sens de la décision qui a nourri toute une existence de femme qui prend  les choses de la vie en mains alors qu’on ne le lui pas demandé. Un genre  commande aussi longtemps que le genre laisse faire ou se désintéresse. Il va de  soi que la femme est dans son rôle et qu’elle le joue toujours mieux. Il est si  vrai que son expérience est ancienne ! Elle sait n’avoir aucun droit à l’erreur.  Que la gamme de sanctions auxquelles elle s’expose s’est restreinte. Qu’elle  n’est pas moins dure pour autant. Elle sait beaucoup de choses encore que les  femmes savent. Celles qui me lisent en attestent.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  les en remercie.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Elle,  elle c’est Evelyne la femme de l’artisan carrossier, vient vers moi et remarque  mon camée. Elle s’étonne de l’originalité de la pièce. M’en demande une  explication. Je la lui donne volontiers dans une version abrégée et acceptable  au regard de son histoire. L’autre la fonctionnaire de police s’approche et  s’attelle à la fin de l’explication.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Tiens, dit la première, ça nous irait bien un  camée pour esclave. Ça nous ferait penser à nous. Parfois j’ai l’impression  qu’ils en prennent à leur aise avec nous ! Ils nous prennent plus souvent pour  leur bonniche que pour leur femme. A’ la longue ça me fatigue ! </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Tu  as raison, dit Josyane la fonctionnaire de police. Il faudra qu’on en reparle de  ces « cadeaux pour les femmes » au Conseil. Ils pourraient tout de même avoir  l’idée d’acheter autre chose que des beurriers ! </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Qu’en pensez-vous Hélène ? Je peux vous appeler  Hélène ? Nous sommes un peu collègues hein la prof de  français !<span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>LA  LEÇON DE FRANÇAIS<span> </span></span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>J’étais aux copies…</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>J’ai  adopté cette formule parce qu’elle donne la dimension de notre travail de <span class="EC_SpellE">professeure</span> souvent minorée par nos ministres de  l’Education Nationale. « Je suis aux copies » c’est ma façon d’être au tour à la  fraise ou au fournil. C’est mon intime façon de dire n’être pas dans la marge du  champ de la production. L’affichage de la talvera n’est pas pour moi. Je suis  plus d’une fois descendue dans les rues de France afin de rappeler à mon  ministre et à d’autres que la dimension de la scolarité est une dimension de la  citoyenneté dont le plein exercice emporte qu’on cesse de maltraiter par tous  moyens les enseignants.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>…lorsque le téléphone sonna. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Lorsque le téléphone sonne à cette heure à moitié  tardive cela n’est pas sans inquiéter un peu. Sans doute une amie qui connaît  mes habitudes de correction. Une jeune collègue à la recherche d’un éclairement.  Un amant virtuel et transi dans le froid et la buée de la cabine téléphonique au  pied de l’immeuble. Le laisserais-je en proie à la trépidante excitation de son  désir de moi ? J’avais saisi le camée et le regardai comme si j’en attendais  quelque révélation. Un soutien peut-être. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  décrochai…</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Mon  cœur bat plus vite. Instinctivement je saisis le camée. Un résidu d’ersatz de  pensée magique sans doute. Je l’aime tellement mon camée. Fidèle. Rassurant. Je  le regarde les yeux dans les yeux de mes aïeules. J’aime aussi son côté queer  avec son bel esclave noir qui se libère…</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je  suis en apnée au moment où je m’apprête à dire : Oui !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Si  c’est l’amant virtuel surexcité je viens de lui donner mon accord alors qu’il ne  l’a pas sollicité !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Madame George ?</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>La  voix ne m’est pas inconnue bien que je ne lui trouve pas une immédiate  familiarité. Au demeurant un ou une familière ne m’aurait pas interpellée de  cette façon.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Adrien El <span class="EC_SpellE">Ghali</span> <a name="_ftnref3" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn3"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[3]</span></span></sup></span></span></sup></span></a>vous  vous rappelez de moi ?</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Bien  sûr Adrien. Je me souviens de toi !</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Adrien ce curieux et réussi croisement d’amour  vrai entre une française de vieille souche et d’un franco-tunisien de la  deuxième génération m’avait émue. Ses yeux « Bleu Mer de Cham » renforçaient  l’impression de mâtiné dominant. Adrien aurait mérité quelques centimètres de  plus. Ils auraient soutenu une aura qui ne lui faisait pourtant pas défaut. Une  légère timidité non maladive tantôt l’écartait du dialogue scolaire tantôt l’y  raccrochait avec frénésie. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Je me  souviens de ce sujet de classe de première que je lui avais infligé :  « Diriez-vous que la compassion est un moyen adéquat dans un enjeu de progrès  universel ? Et si oui dites en quoi elle est un facteur décisif d’égalité comme  cela est généralement suggéré. » Lorsque j’entrepris de faire mon propre corrigé  je constatai que même réduit l’objet était trop vaste. Trop porteur de  contradictions pour qu’il puisse être correctement abordé par une classe un peu  au-dessus d’une moyenne de plus en plus problématique. Je me souviens du regard  perplexe qu’il échangea avec Leila Mourad sa jolie et complice voisine  d’incertitudes. Je tirai un bénéfice immédiat de l’énoncé qui abasourdit une  classe peu avare pourtant d’agitations diverses.</span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>-Qu’es-tu devenu depuis tout ce temps ? Qu’est  donc devenu le chahuteur intelligent qui faisait beaucoup moins de fautes que la  triste moyenne de « Louise Michel » ? </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span>Petit  coup de nostalgie. Petit coup par derrière. Sans prévenir. Sans s’annoncer. Les  fautes de français ont bon dos qui plongent tête première dans les vagues  moutonnantes de la Mer de Cham. </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;">Qays voulut cacher la tendresse qui  commençait à noyer ses yeux. Il baisa la main de son père et partit, le cœur  aussi est libre, aussi vaste, lui semblait-il, qu’en ces jours lointains de son  enfance. Tout se passa comme on le lui avait annoncé, et il attendit le soir.  (…) Pour quelques parcelles de l’éternité, toute la lumière du monde s’est posée  sur Layla, sur son visage, et devant les yeux éblouis de Qays, la femme au nom  de nuit répond à l’universelle sœur qui l’illumine. (…) Et je sus alors, moi,  qu’en échangeant ces « Quays ! » et « Layla » éperdus, ils se voulaient  désormais éternels comme cette nuit où ils étaient nés l’un à l’autre. »<a name="_ftnref4" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn4"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><strong><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;font-weight:bold;">[4]</span></span></sup></strong></span></span></sup></span></a></span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ce qui est  advenu de mon ancien élève m’importe réellement. Je n’imagine pas qu’il puisse  redouter qu’il n’en soit pas ainsi. D’ailleurs au ton de sa réponse je comprends  qu’il a envie de se raconter. Alors je lui laisse la parole. Je ne  l’interromprai plus jusqu’à la fin de son récit.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-J’ai eu  mon bac en septembre. Il ne me manquait que quelques points. L’été d’entre deux  séances d’examens j’ai alterné le travail au supermarché et les révisions. On  s’est mis ensemble avec Leila. Vous vous rappelez sans doute de Leila ?  Progressivement. Sans que cela fasse l’unanimité dans nos familles. Sa mère a  été compréhensive. En baissant la tête elle avait simplement dit : -Vis ta vie  ma fille ! Et en arabe elle avait ajouté : « -Nous sommes dans la main de Dieu.  S’opposer à sa volonté est contraire à notre religion. » Son père la regarda  d’un œil plein de haine. Elle connaissait la sentence. Une putain. Sa fille  maudite par Dieu était une putain ! Il se rendit au lieu de prière pendant que  Leila décontenancée rassemblait quelques affaires : vêtements et photos. Puis  elle me rejoignit à peine deux blocs plus loin dans notre « deux pièces »  provisoire. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous y  sommes toujours. Mais maintenant nous sommes trois ! Elle s’appelle Ilona. C’est  joli Ilona. C’est original et cela sonnait bien à nos deux cultures. Oui enfin  bon les deux cultures c’est beaucoup dire. C’est plutôt une figure de style. Je  me souviens combien nous avons peiné quand vous avez entrepris de nous enseigner  les figures de style. Qu’est-ce qu’on a ramé ! Des figures de style en verlan.  On n’arrivait pas à le croire. Le verlan c’était de la provocation pas de  l’intégration ! On savait que ce n’était pas une langue contrairement à nos  expressions locales. Vous nous l’aviez bien montré même si au début on s’était  fait des plans pour déjouer ceux qu’on croyait pouvoir vous imputer. On s’était  dit que si on vous laissait valoriser notre « novlangue » vous finiriez par la  dévorer de l’intérieur. Et nous on se serait retrouvé avec Molière, Racine, un  moindre mal comparé à Vauvenargues, et un gros paquet de détresse à ne quoi  savoir en faire. A’ part peut-être d’y mettre le feu. Comme ça. Juste pour voir  à quoi cela ressemble une vie à laquelle des mots inaccessibles <span class="EC_GramE">ont</span> mis le feu. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le feu  dévorant qui détruit entre soi et à l’intérieur de soi ce qui n’a pas de place  dans l’espace public. Une poubelle qui flambe est un artifice de libération. Un  exutoire. Un pis-aller contre trop d’évidences que toute tentative de négation  vient renforcer. Ce qui n’a pas plus de motif d’exister qu’un avorton qu’on  pourrait même oublier pendant des décennies dans un local obscur. Dans un  désintérêt attentiste. Dans l’attente de quoi sinon de la fin d’une criminelle  indécision. Et ça non. On n’en voulait pas de votre Cheval de Troie. Trop habile  la prof. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Moi je  pensai : trop jolie surtout. De quoi nous faire craquer en quelque sorte. De  quoi nous perdre dans un labyrinthe de conventions. Sans crédit ni considération  pour notre errance linguistique. Sans aménité pour notre modeste condition  sociale et son potentiel d’innovations vraies. Les anciens mots véhiculaient un  champ de connotations qui n’évoquaient rien que nous ne connaissions qui puisse  trouver un chemin vers nos désirs. Au bal des apories nous ne souhaitions pas  tenir un carnet de rendez-vous. Souffrir était de mise. Nous avions de la  souffrance, de la sous France plutôt, une idée qui n’empruntait rien à des  phantasmes d’une adolescence exacerbée. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Sourire  aussi.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Trop jolie  la quarantaine de la prof. Mais je gardai pour moi cette appréciation. Il y eut  des sentiments réels et des barrières à ces sentiments qui ne furent pas moins  réelles. Et puis il y avait Leila. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>* </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le prénom  Ilona a gagné du terrain. La mienne aura bientôt deux ans. Cela dépend des jours  et je n’ai aucune certitude en ce domaine mais je trouve qu’elle me ressemble de  plus en plus. Pas les yeux. Ce sont les yeux de sa mère. Sa mère ? Une version  moderne de la houri avec un jean ! La toile de Nîmes hein ! Pas l’affreuse  créature qui rôde dans cette interminable nuit des peurs antédiluviennes où le  cauchemar est plus que probable…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il faudrait  avoir assez d’énergie pour apprendre à se défaire de tout. Des superstitions.  Des hérésies. Des contresens. J’en ai fait une liste decrescendo une déformation  professionnelle en quelque sorte. Mais j’y reviendrai.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il faudrait  encore puiser de l’énergie dans les délestages pour se livrer aux nouveaux  apprentissages. Un juste retour des choses dans un va et vient qui n’aurait de  cesse provisoire que dans l’exténuement.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il m’aura  fallu des années de tâtonnements. Leila fut plus vive. Plus incisive. Plus  tranchante. La « houri au jean » avait entrepris de connaître le paradis sur  terre ! Le blasphème est devenu chose facile un mode de vie. La criminelle  aspirait à de quoi vivre et nous raconter une belle histoire  d’amour.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Elle ne  revoyait son père qu’au marché du vendredi vers douze heures quand les  commerçants remballaient. Qu’elle sortait de son travail. Que lui-même se  relevait à peine de son sommeil après son travail de gardien de nuit dans une  grande surface de meubles. Courte nuit. Sieste d’après-midi pour achever la  réparation du corps. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les ans  écoulés ne lui avaient été d’aucune utilité. C’était peut-être même pire qu’au  début. Leila vivait son obstination à tourner la tête sur son passage comme un  vrai crève-cœur. Comment pouvait-on être aussi injuste ? Sa première et ultime  tentative fut lorsqu’à peine sortie de la maternité des Bleuets elle tendit le  bébé sous le nez du grand-père qui récidiva dans la haine. Oui récidiva. Le  Vieux qui ne mérite pas cet autre nom de la Sagesse est un criminel. Un criminel  par tradition. La tradition un des autres noms du crime.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">A’ mes yeux  dorénavant la référence à la tradition ne l’exonère plus de rien. Et surtout pas  de son obstination à ne pas s’en délivrer. L’école laïque, qu’il aura pourtant  faite en totalité en France, ne lui aura été d’aucune aide. Le petit français de  la première génération d’après l’Indépendance Tunisienne n’aura rien appris de  la liberté de conscience ni des vertus universelles du blasphème ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Peut-être  aura-t-il compris que comme à l’instar de l’obligation légale faite par la  Constitution Tunisienne il faut être musulman pour pouvoir se présenter à  l’élection dans un pays de Constitution Musulmane qu’on présente souvent comme  laïque !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’état dans  lequel je trouvai Leila ce soir là me fit penser à ce qu’il resterait d’un beau  visage sur une photo déchirée de manière violente et biseautée. Inconsolable  d’une inutile flétrissure. La haine que je vouai au Vieux ce soir là est promise  à ne rien connaître de la rémission. Le Vieux, désormais indigne de porter un  des noms de la Sagesse, n’est plus qu’un criminel domestique. Une grenade à  rétro explosions multiples. Je n’ai pas assez de mots pour le qualifier. J’ai ce  qu’il faut de dignité pour ne pas me laisser à dévider devant vous un tombereau  de haine. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ma propre  Mère pouponne et mon Père s’émeut au spectacle de la « Mamy à l’enfant « selon  son expression d’inventivité autodidacte. Il a presque autant de mal à prendre  Ilona que l’autre grand-mère. Lui fait valoir que ses troubles  musculo-squelettiques lui font courir un risque. En fait une émotion cachée  l’envahit et le submerge. Quelque chose de l’ordre d’un lointain intime réactivé  s’épanche dans de secrets chemins. Ma belle Mère agit en cachette. Elle n’arrive  pas à s’extraire d’un nœud de contradictions en comparaison duquel trancher le  noeud gordien paraît un jeu de camp de vacances. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ses mots  sont de moins en moins audibles. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Parfois  elle donne l’impression d’être de l’autre côté de notre vie d’où nous viendrait  la voix feutrée d’un ex-voto au malheur résigné.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ilona  sourit à tout ce monde de la diversité. Ilona sourit. Quoi qu’il arrive. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Après le  bac ce fut l’IUT. Un IUT qui me prépara à un diplôme de sécurité sur les  chantiers. J’entrai à EDF et grâce à la formation interne je réussis le concours  de Technicien d’Etat. C’est là que j’appris à hiérarchiser les risques. A’ les  anticiper. A’ les traiter prioritairement quand ils étaient imminents. J’ai  étendu la pratique de la hiérarchisation à toutes les circonstances de  l’existence. Parfois Leila s’en est agacée. A’ juste titre. Il est des décalques  intempestifs qui malmènent la vitale spontanéité d’autrui.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Leila a  lorgné du côté de la puériculture. Un effet du genre sans doute ! Elle eut un  peu avant moi son diplôme. Après quelques mois sans salaire elle trouva un poste  à hauteur de sa compétence dans notre quartier de toujours. Les tôt matins  chantonnant me convainquirent bien vite que la passion pouvait heureusement  converger avec le genre ! <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Puis vînt  la triste affaire liée au surloyer. Nous dûmes payer plus cher la location de  notre « deux pièces » conformément au règlement intérieur. Alors nous fîmes  remarquer que le règlement intérieur de l’Office HLM prévoyait aussi l’octroi  d’un logement plus grand après la naissance d’un enfant. Que le surloyer réclamé  couvrirait ou peu s’en faudrait le loyer ordinaire d’un « trois pièces ». Que la  question du recouvrement de la nouvelle somme se ferait sans difficulté. La  liste d‘attente était interminable et nous n’avions aucune raison d’accepter un  éventuel et lointain dépaysement irraisonnable et coûteux en frais de transports  et achat d’un véhicule. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">C’est alors  que l’Office nous délégua un inspecteur avec mission d’évaluer l’état des lieux.  D’apprécier la pertinence ou l’impertinence de travaux de rénovation que nous  avions exigés sans attendre qu’un autre logement nous <span class="EC_GramE">soit</span> affecté.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Lorsque les  deux portes de l’ascenseur s’écartèrent dans une sorte de chuintement métallique  Leila qui portait Ilona ouvrit celle du logement et dit simplement à l’homme :  « Bonjour ! Entrez, je vous attendais ». Ilona bien dans sa peau inlassable  était souriante. L’homme avait la cinquantaine encore svelte. Des restes de  bellâtre. Le temps avait donné des coups d’un burin régulier et symétrique sur  chaque joue. Il lui aura sans doute manqué quelques centimètres pour envisager  d’avoir été une mine de couverture de mode. Plus probablement une apparition sur  un podium où auraient défilé les aléas d’une mode pas encore à la mode. Puis  d’une autre qui finirait sans doute dans des cartons à d’autres  desseins.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Non l’homme  ne veut pas de café. Un thé ? Non pas de thé non plus. La déontologie Madame.  Vous connaissez ? Le ton est paternaliste badin. Ou badin paternaliste.  Méprisant d’un mépris condescendant de petit parvenu à statut en fin de carrière  finissante. Le ton est d’un âge qui fait froid dans le dos. D’un âge régressif.  Le ton est de barbarie ordinaire. La croisade de l’homme c’est la levée  quotidienne de subtils pelotons de méchants outrages. L’exécution est  méthodique. Il ne tire jamais à blanc. Il fait mouche d’un bon droit qu’il s’est  inventé dans la marge conquérante du juste droit du contrat social. C’est une  ordure mais Leila ne le savait pas encore !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il précise  que sa visite est de routine. Autrement dit qu’elle est sans rapport avec  l’objet du litige qui nous oppose à l’Office. Comment croire un employé qui fait  du zèle dans le travestissement grossier des faits ? Leila comprend vite qu’il  ne veut pas montrer qu’il plie à une injonction. Il n’agit pas sur ordre.  <span> </span>Mais de sa propre initiative. Son autonomie est réelle assurément.  L’état de la tuyauterie aura fort à faire avec lui ! Les demandes exorbitantes  des locataires sont sans avenir. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  contraintes financières d’un présent dépourvu d’ambition font peser sur chaque  geste l’emprise d’une économie de plus en plus marquée de l’expertise du  rationnement des dépenses sociales. L’autonomie des personnes s’en trouve  d’autant rehaussée. Rehaussée à la façon d’un carton médiocre qu’un rehaut de  blanc ou de mauve ou de pourpre ou de gris profond ou de rien à quoi s’attache  un nom vient sauver momentanément d’une poubelle élective. Le geste que l’homme  s’apprêtait à faire était précisément de l’ordre de la poubelle. De la poubelle  de cette histoire des relations humaines à sens unique où on trouve de quoi  gerber ce qui resterait en soi de caprices sexistes. De foucades  oppressives.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ilona</span></span></span><span> souriait dans son parc  où sa Mère l’avait juste déposée debout avec précaution. Parfois je me demandai  si elle ne souriait pas dans son sommeil. Comme ça. Comme dans l’éternel sourire  d’une thérapie contre tous les infâmes coups de l’existence. J’avais du mal à me  représenter que sourire puisse être un mode de vie ordinaire. Une raison  d’exister suffisante qui n’obéirait à aucune nécessité exogène. J’avais même  entrepris de la veiller toute la nuit dans l’attente d’une certitude apaisante.  Non point que je ressentis une réelle crainte mais plutôt à la recherche d’un  absolu à la portée d’un commun mortel. <span> </span>Je m’assoupis quelques  minutes sur cette prétention. Peut-être mon inconscient m’avait-il révélé que  les prétentions humaines ont des limites. Qu’on ne les franchit pas malgré  l’énergie tirée de l’allégresse d’un enfant ? Fut-il son enfant.</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’homme  s’était approché au plus près de Leila. Retenant son souffle dans une apnée qui  le stimulait à agir plus vite. Elle se relevait quand il la cerna des deux bras.  Les deux mains saisissant la poitrine. Il lui intima l’ordre de ne pas bouger.  Lui conseilla de ne pas avoir à redouter. De se détendre. De se laisser aller  pendant qu’il la trousserait. Puis il…  <span> </span><span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’ordure !  Ma Leila ! Il voulait se faire ma Leila ! Ma Leila se faire  violer !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-N’y pense  plus Adrien ! N’y pense plus ! Mais rappelle toi la double peine ! <span class="EC_GramE">La</span> double peine bon Dieu !<span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">CELLE QUI  CONTE LE PRONOMINAL</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’avais  adopté le foulard rouge métissé de turquoise. Il évoquait un Georges Mathieu par  une recherche de fulgurance. De soie lointaine, d’inspiration non griffée, sa  réalisation fut je n’en doute pas d’imagination féconde navigant entre tradition  et novation, d’une suite de petites mains vives dépourvues de questionnement  public, de droit à revendiquer de quoi.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je lui ai  ajouté de la valeur. Je rends un hommage volontaire discret et sans portée  universelle autre qu’intime au travail de mes sœurs de beaucoup des conditions  de l’inacceptable. J’en ai fait un écrin à camée. Il y a quelque chose de  paradoxal à donner le nom d’écrin, un des noms de la fermeture du repli du  secret, à un objet de forte intention publique. Qu’importe ! J’ai voulu  entrelacer la dimension symbolique de ce à quoi on accorde du prix, le sens  allégorique de l’étymon, et le caractère public d’une exigence de mettre fin à  l’oppression.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">S’agissant  de l’enseignement du français les postures sont peu nombreuses. C’en est même  par bien des aspects affligeant. Dès ses origines la langue officielle fut  placée sous le signe de l’ordre. De la loi sous François Ier. De l’ordre interne  au territoire national avec la création de l’Académie Française. De la paix  aussi avec les « Serments de Strasbourg » beaucoup plus tôt. La langue véhicule  des lots de préjugés : de certitudes sans contestation soutenable à qui affirme  faute d’avoir acquis de quoi prouver, faute d’avoir appris à se défaire de  manière critique. <span> </span>Des tonnes de pesanteurs lestant les  consciences. Des a priori de genre de hiérarchie rassurante. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La langue  transmet l’état en état des rapports sociaux de genre en se prévalant de  l’enseignement des évidences. En se gardant d’interroger aux fondements. La  langue est une sorte de loisir. De moment de détente. Un espace d’agrément où il  fait bon se trouver entre locuteurs ou locutrices de même langue. Le bien commun  est indiscutable. Il est donné à qui reconnaît en lui les chemins de l’espérance  commune. Le socle légitimant. L’entonnoir des lieux communs. Le gentil confort  des hâbleurs. La récompense des usagers vertueux. Le pourboire des intégristes.  Le bakchich des souverainistes. Le pot-de-vin des imposteurs. Le bonus des  tartuffes. L’alésoir des minauderies. La cassette des bien pensant. La vertu des  mystificateurs. La banque des hypocrites. Le salon des mondains. La terrasse des  tyranneaux domestiques. La bétoire des logorrhées. L’échancrure des précipices  snobinards. La cuisse des madrés de la promesse. Le belvédère des palinodies. Le  grattoir aux palimpsestes. L’assiette de la futurologie sous  contrôle.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;">L’imaginaire banalisé de la vie  pacifiée en quelque sorte !</span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Allez donc  essayer d‘ouvrir l’esprit de grands adolescents à ces problématiques ! Mission  impossible me direz vous. Au demeurant pourquoi entreprendre là où la réussite,  je parle de la réussite personnelle de la personne socialement humanisée, d‘une  humanité non bouclée, est d’autant moins certaine qu’elle n’est pas insérée au  programme ? Je parle du programme de l’ »Ecole de la réussite «. La dite Ecole  est perçue par une minorité comme un contresens. Les parents s’y retrouvent.  N’ont-ils pas la louable perspective de voir leurs enfants « réussir dans la  vie ». La notion de réussite est tellement ambitieuse, tellement assommante,  tellement assénée, qu’elle englue beaucoup d’initiatives débarrassées de  questionner le sens et le contenu de la vie précisément.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  faudrait-il que les filles aient un cerveau précieux et imaginatif ? Des droits  réels au plein exercice de leur citoyenneté ? Alors que quelques kilos de moins  suffisent à leur assurer de quoi rêver à en mourir ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  ces mêmes filles ne se laisseraient elles pas aller au délice du clonage puisque  le confort domestique est à ce prix ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  ces mêmes filles encore ne reconnaîtraient elles pas ces codes extérieurs pour  leurs puisqu’ils sont inscrits au programme de l’Ecole de la  réussite ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  dans le même temps prendraient-elles le courant dominant à contre sens puisque  presque personne n’organise la compréhension et la réaction à cet état des  choses ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  faudrait-il qu’on les prépare à résister aux désastres de l’économie réelle plus  ou moins ruinée par la virtuelle alors que ces filles sont sommées de sortir  gagnantes au terme des parcours proposés ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  pourquoi sont plus abondants dans le questionnement que les non réponses dans  leurs impasses !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  faudrait-il leur enseigner, et aux garçons de même, que la langue les  maltraite ? Que la langue sournoise les maltraite ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’avais  bien préparé mon coup. Un coup oui. Un quasi coup d’état. Sûr un coup d‘éclats. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">C’était  quelques jours après la rentrée. Dans la salle des professeurs. La première  réunion au sujet du projet pédagogique de l’établissement. Celui de l’année  précédente était arrivé en fin de cycle. Il fallait donc débattre d’un nouveau  cycle et de son nouveau contenu. Les enseignants réclament du nouveau comme le  font les journalistes. Il leur faut du nouveau. Je ne leur ai pas dit que cette  obsession du nouveau pouvait s’interpréter comme une lassitude face à leurs  propres activités. Je ne leur ai pas dit qu’avec l’eau du bain il y avait le  bébé ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  vacances ont été de tout repos. Lecture. Beaucoup de lectures. On n’a pas le  temps de lire le reste de l’année. On s’en plaint certes. Mais de là à s’en  inquiéter… De là à revendiquer du temps en ce domaine non ! Les lectures  personnelles ne sont d’aucune utilité à la bonne exécution du programme. Quant à  la propagande d’allure féministe qui entame notre républicanisme fondateur elle  n’est pas débattue au sein du Conseil National des Programmes. Par contre sa  problématique en est décisivement exclue !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’allais  créer la stupeur sans surprise. Alors je dis :</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Et si on  faisait des « ateliers pronominalisation » ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Pronominalisation ? dit la Proviseure qui a suivi une  formation « maison » l’autorisant à réagir vivement.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Bien sûr  Madame la Proviseure, je parle de l’action délibérée consistant à faire du  pronominal un instrument du sexisme linguistique !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ils me  tombent presque tous dessus. Les profs de langues étrangères  d‘abord.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Tant qu’on  y est on pourrait aussi inventer un neutre en français comme en allemand ! dit  le professeur concerné. Je comprends que la Proviseure n’apprécie pas la sortie.  Elle ne lui semble pas d’une pédagogie en accord avec les buts républicains  civilisateurs de l’Education Nationale ! La <span class="EC_SpellE">professeure</span> d’anglais jouit d’un ascendant linguistique  dont elle entend profiter. Elle en rajoute.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Je suis  plus courroucée encore que mon collègue dont la réaction est somme toute bien  légitime ! Depuis quand nous appartient-il de néologiser en fonction  d’impératifs dont la redoutable satisfaction est probablement étrangère aux  ambitions d’universalisme structurant dont nous sommes les détenteurs et les  pourvoyeurs ? C’est la stagiaire italienne qui pouffe malgré elle quand elle  m’entend murmurer : « Tu as raison ma cocotte ! » J’aurais dû amener un  magnétophone discret. Cela s’est déjà fait avec un grand succès théâtral. La  <span class="EC_SpellE">Proviseure</span> fait oui de la tête et procède à  l’invite :</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Que chacun  s’exprime librement !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’ai envie  de lui demander à quelle liberté elle fait allusion en dehors d’une maîtrise  réelle et critique de la langue qui est censée la véhiculer. Mais je ne le fais  pas. Parce que j’ai déjà prévu de faire autrement.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le  professeur de gymnastique dit qu’ »aux barres symétriques il n’y a ni sexe ni  genre : -« seulement de la sueur ». Il ajoute c’est là qu’on reconnaît les  vrais… Il s’arrête juste à temps avant de dire une ânerie sous l’œil inquiet de  la Proviseure craignant d’avoir affaire avec lui à une collaboration  involontaire. Il poursuit ! -« les vrais sportifs ! »</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Je te  rappelle Hélène que les notations lors des épreuves écrites se font à l’aveugle.  Il ne faut pas voir du sexisme partout. L’anti-sexisme est aussi dangereux que  le sexisme dans le sens où…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je m’étonne  de la rapidité avec laquelle il a fait le tour de l’intention dans l’emploi du  néologisme. Et de celle des autres aussi qui feignent ne pas avoir compris  l’objet que j’avance tout en le discréditant. En auraient-ils eu vent par une  indiscrétion ? Je ne lui dis pas que parfois je me suis demandé si pour certains  élèves les épreuves écrites ne sont comme les règles blanches le résultat d’une  détermination naturelle à se débarrasser de ce qui pourrait les  infecter.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je n’écoute  plus mon collègue de mathématiques. Il est tellement humain dans ses intentions  qu’il a toujours un coup d’avance comme aux échecs dont il est un champion  départemental. Et comme il a toujours un coup d’avance il ne prend pas la peine  d’analyser une proposition de fond à laquelle il n’était pas préparé par les  éliminatoires du Championnat de France dans sa discipline ! Quitte à me voir  taxée de condescendance j’affirme qu’il me fait pitié.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’ai envie  de claquer la porte. Mais cela ne se fait pas. Simplement parce que c’est  inutile. Je demande à m’expliquer. La Proviseure convient que j’ai naturellement  un droit à faire valoir mon point de vue. Je l’en remercie. Les autres sont  d’accord puisque la mauvaise cause est entendue. C’est Valentina l’italienne qui  rigole. Elle a choisi le français en première langue étrangère parce qu’il lui a  paru être l’autre langue, la première en fait, du génie créateur. Au « pays des  droits de l’homme » la langue est nécessairement sans taches. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Je ne vous  apprends pas que notre langue a été remaniée par des élites successives  masculines, jusqu’à très récemment, dont l’origine sociale est sans rapport avec  l’origine des élèves auxquels nous avons affaire. Ces gens-là ont fait des choix  qui ne rendent plus compte aujourd’hui de la réalité de nos sociétés. Une langue  désinvestie de la prégnance du réel est une langue en danger. J’affirme que  notre langue est en danger de mort. Nous pouvons le constater par bien des  exemples. Ainsi vous savez sans doute qu’aujourd’hui pour pouvoir faire une  communication internationale de haut niveau en français il faut en demander  l’autorisation à son supérieur. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je  comprends que les autres tombent des nues et s’interrogent sur la façon dont je  vais m’en sortir.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Il n’y a  plus guère que le Québec pour mener le combat du français comme langue  scientifique internationale ! J’insiste sur cet aspect des choses. Toutefois mon  propos concerne les choix sexistes auxquels le français a délibérément opéré par  décision ou par connivence.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De ce point  de vue le pronominal n’est pas en jeu en cela qu’il indique et c’est heureux la  volonté de la personne, avec les droits qui s’y attachent, de faire de ne pas ou  de ne plus faire sans que cette volonté ne soit respectée. Les formulations  recourant au pronominal donnent des droits dans un pays de droit et  singulièrement au « Pays des droits de l’homme ». N’est-ce pas ma Chère  Valentina ? Elle a la tête dans les mains. Dans les mains elle a de quoi retenir  une envie de pouffer qui ne connaît pas de trêve. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Par contre  il existe une utilisation, que je trouve scandaleuse, du pronominal que  j’appelle « pronominalisation » précisément. C’est à dire volonté de soumettre  en toutes circonstances et quoi qu’il arrive le genre et le sexe féminins aux  artifices du genre dominant. La banalisation de ce sexisme aboutit à dire sans  qu’il soit choquant : « se faire violer ». Il s’y joue une terrible élision.  Elle confirme la négation du droit de la femme à s’opposer à toute action  n’ayant pas d’abord recueilli son consentement. Elle réintègre l’idée que le  viol ne peut avoir lieu sans un minimum de consentement conscient ou non de la  personne violée qui ce faisant serait plus ou moins demanderesse. Elle minimise  voire évacue le caractère criminel de la redoutable manœuvre de  soumission.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Faut-il  continuer d’accepter, le mot est faible, que notre langue soit indéfiniment  complice d’un crime odieux et de bien d’autres manœuvres oppressives ?  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  pronominalisation est une double peine pour les femmes violées. Pour toutes les  femmes. La pronominalisation est un crime contre la langue. Un crime contre le  réel. Un crime contre l’humanité des femmes.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  collègues se taisent. J’arrive à ne pas leur en vouloir. Ils et elles sont  passés comme moi au véritable dressage qu’il faut subir, endosser et approuver  lorsqu’on veut réussir aux concours de l’Education Nationale. Les collègues se  taisent et moi j’ai envie de hurler : « -Dites quelque chose bon dieu ! Dites au  moins que vous ne saviez pas. Que vous n’aviez pas pensé. Que c’est intéressant.  Que vous allez y réfléchir. Que vous souhaitez en reparler. Pourquoi restez-vous  inertes quand vous entendez dire qu’une femme « s’est fait violer » !  Qu’avez-vous fait de votre idéal de pédagogie ? <span> </span>A’ quelle école  émancipatrice avez-vous rêvé qui vous voit sans réaction face à l’inadmissible ?  Ce <span class="EC_SpellE">masculinisme</span> primaire ne vous écoeure-t-il pas ?  Mais dites donc quelque chose bon Dieu ! »</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je me suis  tue à la façon d’une qui aurait finalement choisi de respecter leur  silence.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je regarde  la Proviseure. Elle cherche dans sa formation personnelle le souvenir d’un  apprentissage susceptible de ramener son petit monde à la raison. A’ la maison  en quelque sorte. De générer de la parenthèse. De l’oubli peut-être. Ainsi qu’on  fait avec les cauchemars. Mais non. Elle ne trouve rien. Elle ne dispose pas  d’une baguette magique apte à effacer les minutes qui viennent de s’écouler.  Personne ne viendra plus à sa rescousse. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Au secours  d’une situation de malaise si profond qu’on n’en sortira pas intact. Comme si  une ligne avait été franchie que j’avais dessinée aussi loin que les consciences  de mes collègues pouvaient se représenter qu’ils n’étaient pas à jour. Je les y  avais attirés. Je les avais attirés aux limites du franchissable. Là où les  références affrontent un gouffre de non dit au bord duquel le dressage initial  vacille dans la problématique de l’irruption brutale de l’irrésolu. Une montagne  de tabous. Vêtus de principes. Vrais oripeaux d’une pensée flétrie de trop de  renoncements. Construite tout au long d’une vie tramée. Elle a borné un panorama  sans autre horizon que les nécessités des apprentissages fondamentaux. La loi  républicaine est ferme comme la cuisse d’un authentique poulet de ferme.  L’abattage final en moins. Sauf peut-être la note : la prétendue exacte mesure  immédiate d’une vérité d’exigence ponctuelle. Sans avenir. Mais pas sans  arrogance. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On apprend  pourtant à se méfier de l’éphéméride. Une libellule n’a pas de cœur et beaucoup  d’audace. La présomption s’épuise à se renouveler. Se renouvelle pourtant. Une  libellule n’a ni hiver ni printemps. Une libellule a de ses yeux énormes qui en  font une redoutable chasseuse. A’ la prédation le temps est compté. A’ la  prédiction le temps est déroulé comme le tapis cérémoniel sous les pas de  personnes de quelque qualité présumée ou avérée ou institutionnelle ou de droit. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  prédiction était devenue par le fait de l’exportation du décalque de la magie  libérale américaine un mode léger, fait de beaucoup de légèreté blâmable,  opérant, de repérage des petits criminels en puissance en voie de  surdéveloppement au sein du retour des classes dangereuses. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  pédagogie de la souffrance ajoutée à la souffrance à défaut d’être vertueuse  avait un avenir qui ne l’était pas. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les avanies  langagières glissent sur la règle comme le torrent roule des eaux irrégulières  dans son lit naturel. Le rejet des extravagances lisse les galets du fond des  platitudes. Le rejet est certain. Le silence compose avec son idéal de  rémission. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">C’est alors  que volontairement je rompis ce silence. J’informai mes collègues, malgré tout  estimables, de mon intention d’écrire une histoire qui m’avait été contée par  celle qui en avait été la sujette.<span> </span>C&#8217;est-à-dire la victime. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De cette  histoire ils et elles eurent plus que des échos.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">CELLE QUI  COMPTE LES PEINES</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Elle vînt  vers moi et me dit : « -Moi c’est Aminata ! On me dit qu’à peu de choses près tu  me portes en effigie ! » Je lui souris et nous continuâmes le parcours de la  manifestation ensemble. « Elle t’intéresse mon histoire ? » A’ vrai dire je la  connaissais un peu tant elle avait fait le tour. Tant elle avait généré  d’écoeurement au contact de celles et de ceux qui en avaient été les  récipiendaires.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je la  connaissais. Mais pas de sa propre voix. Je ne le savais pas encore mais bien  des détails m’étaient inconnus jusqu’à ce jour où les syndicats de l’Education  Nationale eurent la bonne idée de s’unir avant de nous appeler à descendre dans  la rue pour défendre le service public de l’enseignement. Les mots d’ordre  manquèrent d’impétuosité de mon point de vue.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le récit  d’Aminata n’en manqua pas. <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata  raconte d’abord In <span class="EC_SpellE">Guezzam</span>. “In <span class="EC_SpellE">Guezzam</span>, « la source du lézard », ce sont douze mille  habitants et un nombre incalculable de chèvres. Leurs éleveurs touareg ont de  plus en plus de mal à les nourrir. La proche frontière avec le Niger est source  d’un intense « <span class="EC_SpellE">tahrib</span> », trafic d’essence surtout.  Les trafics humains ne sont pas rares je t’en reparlerai. C’est un lot d’images  d’un bout du monde que j’ai du mal à me remémorer alors que je vis désormais  dans une situation à peu près normale. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">In <span class="EC_SpellE">Guezzam</span> c’est un pays de chèvres gloutonnes dévorant tout  ce qu’elles trouvent sans relâche dans une ville d‘abandon que les tournées  électorales des partis nationaux algériens et leurs stocks de promesses n’ont  jamais enrayé. Là-bas les chèvres dévorent tout. De l’herbe rare au paquet de  cigarettes vide. De la moindre feuille au plus petit morceau de carton de quoi  que ce fut. Les chèvres y dévorent tout ce qui fait ventre. Les chèvres targuies  ont une alimentation dont on devrait faire une analyse sérieuse à toutes fins  utiles ! Les analyses réalisées sur place n’ont rien révélé qui soit  préjudiciable à la santé humaine. On respire. S’il en avait été autrement rien  n’indique que les résultats auraient été connus par une population  vraisemblablement prête à ne rien entendre de tout cela. Grugée. Lasse. Elle  aurait sans doute manifesté son intime conviction d’une lâche entreprise de  liquidation en cours. Les querelles linguistiques et culturelles auraient connu  un regain d’activité soutenant l’irrédentisme des touareg. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  gendarmerie algérienne vit sa présence à deux mille kilomètres d’Alger comme une  punition/promotion. Quelque chose de flou autorisant toutes sortes d’actions  dont de bien mauvaises. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Dans la  journée la chaleur est accablante. Un réfrigérateur peine à faire son travail de  façon correcte. Les gendarmes se satisfont provisoirement d’un sort qui à tous  égards est bien meilleur que celui réservé aux réfugiés nigériens ou autres qui  traversent en camion une vague frontière de sables sans confins. Les  distractions sont quasi nulles. Seule une télévision en offre quelques unes. La  nuit tombe tôt et l’insupportable chaleur avec.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">C’est alors  que des djinns, que nous appelons Kef <span class="EC_SpellE">Essour</span>, en  treillis <span class="EC_GramE">marquent</span> leur emprise sur leur territoire  de moitié d’exil.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je savais  par ma Mère qu’ils venaient « se servir » au village. Se distraire. Se « payer  sur la bête » sans qu’on n’y puisse rien. Toute plainte était vouée à ne rien  connaître d’une suite pourtant légitime dans la mesure où les violeurs, ou leurs  complices, étaient seuls habilités à la recevoir. La fraternité d’armes ne  connaît pas de faille. <span> </span>Les temps coloniaux et leurs « BMC »,  bordels militaires de campagne, étaient révolus. L’Indépendance avait de fait  rétabli tous les droits que l’homme prétend naturellement avoir sur la femme. Le  racisme ancestral avait aussi recouvré tous ses droits. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Une <span class="EC_SpellE">targuiya</span> n’a pas de droit à faire valoir qui  s’attacherait à une personne qui n’existe pas ou si peu à l’intérieur d’un  système de conventions tribales non écrites et plus encore non discutées. Je  n’avais qu’une pré conscience de cet état des choses. Quelque chose de l’ordre  d’une révolte spontanée. Quasi enfantine de volonté d’aller de l’avant. D’aller  devant soi de cercles en cercles toujours plus grands autour d’une autorité  prompte à réprimer tout manquement. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Une <span class="EC_SpellE">targuiya</span> n’est pas exactement un être humain. Plutôt une  humanoïde. Le rejeton d’une branche collatérale. Une <span class="EC_SpellE">targuiya</span> est à un homme ce qu’une cactée est à un baobab.  Une survivance dégénérée. Un revers sans fierté normée à exhiber. Une infortune  sans mots pour s’en défaire. Une mésaventure sans histoire à conter. Une peine  maudite à laquelle s’ajouteront d’autres peines. Elle sourit : « -Tu connais  sans doute ma réputation ! Je suis « celle qui compte les peines » ! J’aime  cette formule parce qu’elle est exacte. Parce qu’elle me rappelle mon premier  chez moi. Chez moi d’avant on n’aurait qu’un seul mot pour dire cela. On en  ferait un prénom. Au gré des circonstances de ta naissance on pourrait t’en  affliger. Tu devrais faire avec toute ta vie. Sans rechigner. Dans une  assignation dont l’immanence du champ symbolique aurait force de loi. Tu  pourrais en subir quelques désagréments annexes. On te craindrait. Et si tu  avais aussi le pouvoir de rajouter des peines en douce en quelque sorte !  Crainte donc surveillée. Redoutée. Cernée. Punie. Les préventions te mettraient  aussi à l’abri d’une quelconque mauvaise action. Ton agresseur potentiel ne  saurait donner d’explication acceptable par tous. Par tous les Sages convoqués  au titre de l’examen de la circonstance. Il n’est pas non plus formellement  exclu qu’à toi-même on n’accorde aucune circonstance  favorable».</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  malédiction est multiforme. D’ingénieuse plasticité elle ne méconnaît de la  volte-face que le prix inconnu et redouté que son auteur aurait à payer dans un  problématique retournement de faveur circonstancié. Les mots/cages n’ont pas  d’état d’âme. Les mots/cages n’ont pas d’âme. Seulement un destin qui fustige  les vaines prétentions au ban de la communauté. Les mots/cages sont assassins.  Inéluctables. Quasiment confidentiels. Les mots/cages sont anodins. Les  mots/cages sont assassins…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">C’est vers  vingt-trois heures que la chasse est ouverte. C’est l’heure du plein sommeil  quelques heures avant le prochain lever du soleil. Des premiers étirements des  membres gourds. Du premier thé. De la première prière. De la première datte. Du  premier bol de lait de chèvre.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les mères  targuies dorment d’un œil dit-on.<span> </span>Elles ne reposent pas leurs  oreilles tant que les proies faciles sont sans défense. Les mères targuies sont  généreuses. Altruistes. Attentives. Parfois envahissantes. Ma Mère fut de cette  trempe la. De cette veine héroïque. De cette issue fatale.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>* </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  treillis rôdent sans ostentation. Sans précaution particulière. A’ tout jour  nouveau, ou presque, suffit un nouveau repérage. Un coup de coude lors d’une  patrouille. Cela fait partie du métier. L’impunité c’est une sorte de prime que  l’Etat Algérien ne verse pas. Un bonus comme vous dites ici qui n’a d‘existence  nulle part. Lorsque la colère est trop forte la hiérarchie a des mots apaisants.  Un soldat sert d’interprète. La souffrance est à peine moins grande que le  déshonneur. Le déshonneur est incommensurable. L’avenir a brutalement cessé de  s’agiter devant soi. Il n’y a pas de remède à ce type de défaite. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il y a la  honte installée dans une résidence à marche forcée à la façon d’un douar qu’on  aurait réduit à l’errance suppliciée au désert.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ma Sublime  Mère cria seulement : « -Prenez-moi plutôt ! Ma fille est promise ! » Mais les  soudards n’en firent rien. Sur les deux femmes ils prélevèrent leur tribut. Un  poignard sur une gorge est dissuasif. Il ne conte rien qui se perde en banales  conjectures. Un poignard de commando ne connaît que les certitudes. Un poignard  de commando blesse parce que c’est sa destination. Un poignard de commando n’a  pas d’horizon. Sa loi interne doit tout à la contiguïté. L’appendice est  saillant. La saillie balaya toute idée de prévention. Une prime virile est un dû  qui ne s’expose à aucune mise en cause. Rien ne lui est opposable. Rien ne  s’oppose pas à la force de l’usage martial. Rien ne subit pas de tragédie. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La tragédie  est l’affaire bien née des hommes de lettres. La tragédie est aux racines de  l’humanité. Elle en est le boulet caustique. Sa bonne fortune bien menée. Sa  mignardise de salon de convenances. La tragédie lève dorénavant le petit doigt  au-dessus de la tasse de café solidaire. La tragédie est à portée de la main  d’un destin qui s’écarte vers une autre route. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nos deux  sangs se mélangèrent.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">A’ ce  moment de la narration Aminata se tait. Je n’entends plus les slogans  mobilisateurs. Je ne les entends plus depuis longtemps. Laquelle des deux prit  le bras de l’autre ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Après que  la foudre nous eut frappées nous nous serrâmes l’une tout contre l’autre. Nous  bûmes les larmes de l’autre comme pour atténuer sa terrible souffrance. Les  sanglots s’estompaient à peine couverts par une ronde de nuit qui nous fit  craindre une récidive. Lorsque le véhicule s’éloigna tout à fait de notre champ  auditif nous nous sourîmes d’un vrai beau sourire d’une authentique joie qui  donnait le signe d’un retour à la vraie vie ordinaire. Cette vie ordinaire nous  avait quittées pendant quelques heures après une douzaine de terribles minutes.  Du moins le pensai-je. A’ tort comme tu le sauras au terme de mon récit.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les slogans  manquent d’unité <span class="EC_GramE">dit</span> Aminata. Je l’approuve d’un  geste autour de la taille. Nous accélérons la marche d’un vert pas de  connivence.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les heures  avaient passé. A’ peine tirées de l’assoupissement par les premiers rayons d’un  soleil qui cherchait à se frayer un passage jusqu’au pied de notre immense  détresse. Jusqu’au creux des reins de l’outrage. Jusqu’au point où l’ignominie  ne se nourrira plus du quotidien de la flétrissure non  tarifée.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous <span class="EC_SpellE">nous</span> levâmes ensemble car nos vies s’étaient réglées sur  l’amble. Le viol avait transcendé les anciennes relations mère/fille. La  violence de l’exercice viril dressé contre la condition féminine nous réunissait  ainsi deux maudites poussées dans la marge des humains. Nous tînmes le savon  l’une pour l’autre. Je découvris le corps de ma Mère dont je n’avais rien su  jusque là avec certitude. Il me parut d’une continuité de bruns/noirs moirés. On  aurait dit un exercice de style. Le merveilleux résultat d’une épreuve à un  concours de haut niveau.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ma Mère  était rien moins que belle et si jeune encore malgré le fardeau de ses  nombreuses grossesses. Je n’en connus jamais le nombre exact. Un jour en réponse  à une question ma Mère me dit : « -Ton Père n’en aura manqué qu’une ! » Puis  elle se tut. Je devinai qu’elle parlait de ce jour de juin. De ce jour du début  de juin du calendrier des chrétiens. Personne ne l’avait plus vu. Les rumeurs ne  manquèrent pas. Etait-il devenu un clandestin au service d’une cause ou d’une  autre ? Avait-il rejoint l’Europe ? La capitale peut-être où pourtant il n’y a  aucun intérêt à n’y être pas Arabe si l’on veut nourrir quelque espoir et sa  famille de surcroît ? Etait-il devenu un homme du <span class="EC_SpellE">tahri</span><a name="_ftnref5" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn5"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[5]</span></span></sup></span></span></sup></span></a> entre Niger et Algérie ? Mais alors pourquoi n’aurait-il plus donné signe de  vie ? Mais de quelle nouvelle vie au juste aurait-il du donner un signe si plus  rien ni personne ne l’attachait à l’ancienne qui aurait fondé sa démarche ?  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je crois me  souvenir que tout bébé ma Mère me parlait longuement. Aujourd’hui je comprends  qu’elle vagabondait d’un état d’âme à un espoir. D’un vœu à un soupir. D’un  sourire à un sanglot. Elle soliloquait. Priait. Jurait. Vibrait. Souriait  encore. Tout ensemble faisait un curieux art de résister à un lot de peines  cumulées que le babillage d’une bouche de plus habillait d’une secrète  espérance. J’aurais du effacer les brimades, les injures. Venger les affronts.  J’aurais du parler pour dire et non pour convenir. Je le ferai mais après que je  conçus que pour ma Mère il avait été, bien avant cette nuit là, simplement TROP  TARD ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ma  conviction profonde est que j’ai pu accéder à cette compréhension parce que  j’avais d’abord tordu le coup à ma culpabilité. J’ai découvert en venant chez  toi, ma sœur, qu’il existait différents moyens de s’en débarrasser. Je fis mes  vraies premières armes en français avec les groupes de paroles. J’y rencontrai  une large gamme de souffrances. Battues. Violées. Jetées à la rue. Tout cela à  la fois. Dans ma tête de petite fille d’ancien colonisé le français était la  langue de la liberté. Quand j’y entrai de plain pied par le réel je commençai à  mieux comprendre en quoi l’oppression coloniale pouvait être insupportable. Il y  avait donc plusieurs France. Plusieurs langues de France qui n’entretenaient  entre elles que la structure de la langue. Mais cette structure n’était pas  indifférente à la production de sens. A’ la production du sens que produit  l’inconscient. L’inconscient de genre. L’inconscient de race. L’inconscient  enfin peut-être… </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Quels  enseignements j’aurai tiré de cette école ? Je les garde pour moi mais plus  avant… On devrait néanmoins les avoir en matière principale au bac ! Il n’y  aurait guère que des filles à la fac ! On en serait réduites à manifester en  faveur de l’Université mixte ! Tu vois le mot d’ordre d’ici : « -On veut des  mecs ! Donnez-nous des mecs ! N’importe lesquels on se charge de les éduquer si  nécessaire ! On veut des mecs ! » Les mecs sont divisés sur la posture et la  stratégie. Ils ont quasiment tous la trouille. Certains optent pour la méfiance  et étudient par correspondance. D’autres fanfaronnent et montrent une assurance  qu’ils n’ont pas encore mise à l’épreuve…  Les lesbiennes s’y mettent aussi. De  la mixité ! Donnez-nous des mecs ! ».</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le visage  et la narration d’Aminata se sont arrêtés. A’ vrai dire elle n’a pas envie de  rire. Elle connaît ses limites en ce domaine. Aminata sait d’expérience qu’on ne  déplace pas les bornes de vieille structuration avec la légèreté sereine qui  ferait repousser de la main un verre d’alcool, un ajout de sel. Aminata sait  qu’elle doit redouter d’elle-même. D’une conjuration des souvenirs. D’une  conspiration des archaïsmes. Le secret séminaire des préjugés de toutes origines  n’accorde aucun répit à Aminata. Ils siègent dans sa nuit et dans l’écoulement  de ses jours. Ils se rendent maîtres de toute part d’ombre quand ils ne la  génèrent pas. L’ironie d’Aminata est la figure déliée d’un battement d’ailes  incident. Un crépuscule la menace d’un revers de tous les instants. On ne rompt  pas aisément avec les méchants charmes qui n’ont jamais tremblé à l’idée d’avoir  des comptes à rendre.<span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qu’en  serait-il au demeurant de cette aventure qui les verrait exsangues ? Renonceux.  Plaintifs. Aimables peut-être. Qui sait ? <span> </span>Leur force est là dans  le risque de la béance créée par leur éradication. Quoi serait arraché avec quoi  ils s’étaient unis ? <span> </span>Qu’en serait-il après ? Après que les mots  n’auraient pas été inventés qui diraient que le vide a un nom que la nécessité  décline ? Après que la peine des mots qui font défaut ait décliné une invitation  à comparaître qu’on ne leur a pas adressée ? Lui aurait-il fallu recenser du  premier pas à l’ultime marche les détours et les contours d’un chemin qu’une  quête nouvelle a réduit à n’être plus qu’un sentier d’escarpement ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qui le sait  qui aura marché sans vouloir ? Qui l’aurait voulu plus qu’un palpable désir  d’elle-même ? Qui serait allé vers elle porteuse gaie d’une brassée  d’évidences ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je n’ai que  de lourdes questions pour moi-même et pas de réponses dont je veuille me défaire  dans le sein d’un préférable dénouement. De nous deux je me demande toujours  laquelle fut à cet instant la plus triste. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’égoïsme  de mon interrogation n’épuise pas le présent objet. Des solidarités féministes  naissent au terme d’une génération qui n’a rien de spontané. Ce qui vibre chez  l’une réveille chez l’autre un terrain d’harmonies. Il ne doit qu’à la  pertinence et la perpétuation d’un lot commun de dominations subies. Leur  prégnance est sévère. Ancienne. Trop ancienne pour avoir à ses propres yeux  l’obligation de justifier son mode de mal exister là où elle bauge dans  l’attente d’un moment propitiatoire. Elles prennent la forme subtile, parfois  sournoise, des archaïsmes. La forme terrible des rappels à l’ordre. On n’a pas  encore imaginé une police des archaïsmes. Ni les termes d’une révolution  démocratique qui les relèguerait au clos chapitre hautain et défunt. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  journées d’après drame sont d’une indifférence sans pitié. Elles ignorent la  démarche compassionnelle. Quelques degrés de moins n’auraient pas été sans  effet. <span> </span>La lourdeur du temps qu’il fait ajoute à la pesanteur du  temps qu’on a arrêté. A’ la vie qui survit on enfourne des morceaux de mort.  <span> </span>Ma Mère avait cessé de vivre. Des résidus d’automatismes citaient  la comparution d’un jeu d’apparences. Un tribunal du vide intérieur siégeait en  permanence dans un silence absolu. Ni parties. Ni plaidoiries. Ni sentence. Les  spectres avaient posé l’emprise de leur silence sur toutes les instances. Il n’y  avait plus d’ailleurs. Il n’y aurait plus d’ailleurs.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On la  retrouva dans la position du lotus la tête à peine penchée dans un recoin de  mur. Elle était restée droite jusqu’au bout du chemin que les criminels avaient  barré. Elle n’avait rien dit. Rien écrit d’une écriture dont elle ne savait rien  sinon qu’elle peut mentir. Pire : faire mentir. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je tenais  d’elle cette idée d’aller à l’école pour y apprendre les mots qui disent vrai.  Il devait bien y en avoir. J’avais mission de les débusquer. De les inventer  peut-être. Mais quand il s’agissait d’inventer ma Mère paraphrasait toujours. De  longues digressions bardées d’anecdotes et de sermons emplissaient le vide  creusé par l’absence répétée du mot qui l’aurait libérée du poids des pesanteurs  structurelles. Elle ne s’y était pas autorisée. Son rôle aussi important qu’il  fut ne lui accordait aucun droit à agir en personne. Elle ne s’y était pas  aventurée. Une femme targuie n’a pas la visée de porter ses pensées, voire ses  pas, au-delà de ce curieux point où le ciel et le désert s’épousent au grand  jour et s’adonnent à la débauche avec la nuit survenue.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je me  souviens d’une soirée d’hiver près du four tiède dans l’arrière cour où elle  suggéra que les mots pourraient m’aider à retrouver mon Père. <span> </span>Je  compris qu’elle se représentait que les mots avaient à voir avec le voyage. Que  les mots d’ailleurs associaient au voyage la trace du voyageur. Que plus vite  j’aurai ces mots plus vite je serai sur les routes à la recherche de son mari le  Père absent sans raison. Sans histoire. Sans projet. Je compris que  l’apprentissage était le chemin même de l’existence. Du retour aux sources. Du  renouement. De l’invention. Je commençai à comprendre que ma Mère avait tout  compris. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">MAIS JE  N’AVAIS PAS LES MOTS POUR LE LUI DIRE ! <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Là c’est  moi qui marquai une pause. Pourquoi travaillait-on si peu les silences ?  Pourquoi évoquaient-ils si souvent autant de banalité ? Une soixantaine  d’expressions l’avait assez séduit pour qu’il accepte d’y faire plus ou moins  bonne figure. J’avais appris par cœur deux phrases des « Lettres persanes » de  Marguerite Yourcenar. Alors je les lui offris simplement : « Soudain l’air se  raréfia. Le silence devint si profond qu’un supplicié même n’eut pas osé  crier ». D’une certaine façon je venais de lui donner un concentré de l’histoire  qu’elle n’avait pas encore achevée.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  n’avait-on jamais pris la peine de dire que le silence est une promesse faite à  soi-même dans l’attente d’un mot à venir que l’autre apportera au terme d’une  quête assortie ! Le silence est convergence à l’opposé du partage qui reproduit  les inégalités foncières. Le partage n’implique qu’un effort à proportion de ce  que <span class="EC_SpellE">chacun-e</span> est susceptible de consentir sans  nuire à ses propres intérêts. L’effort consenti est inversement proportionnel à  ce qui est prétendument apporté. On ne partage que la part qui peut-être  valorisée à son propre crédit sans amputer son foncier. Le partage est une  hypocrisie. Un nouvel habillage des rapports sociaux qui embrume la violence  inhérente à des siècles de violence de classe et de genre. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  réactivation de la notion de partage, la célébration de la vieille doctrine  sociale de l’Eglise, ne fut pas indifférente aux conséquences des errements du  « socialisme réel ». La droite le patronat et la social-démocratie investirent  le dogme érigé en quasi néo concept. En remède de large spectre et de grande  efficacité. Les postures de contrôle des mutations sociales ont opéré mutatis  mutandis dans la langue. A’ toutes fins utiles le réassortiment des rayons  évidés de l’espoir avait requis un retour au lexique des anciennes dominations.  Des vielles justifications. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’ordre  naturel venait réclamer sa part du lion. Un lion loin de l’arène perd son aura.  Il désinvestit le dispositif de socialisation hiérarchisée des consciences. Un  lion sans arène n’a pas meilleur sort qu’un gladiateur dépourvu des armes de son  combat. L’ordre naturel est impénétrable. De petite magie confortable. Il est  volontiers séditieux lorsque la menace populaire et démocratique lui prête un  nom dont il ne maîtrise pas l’ontologie. Le débarrasse de ses oripeaux sur la  place publique du débat des idées de progrès. <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aussi le  simulacre de la dévoration consentante, au travail ou dans la vie personnelle,  est-il le revers d’une médaille qui ne loue qu’un côté. La prétention des propos  parvenus à l’apogée de leur sérénité virtuelle n’a cure des énonciations  incertaines. <span> </span>L’hésitation est un regain qui ne boucle aucun  cycle.<span> </span>Le balancement critique des problématiques alternatives un  exercice désintéressé sans équivalent commercial. Ce qui n’est pas à vendre est  pathétique. D’un pathétisme ricanant. Sans affabilité. Sans générosité. La  générosité, comme le camée, n’a qu’une face. Qu’une seule injonction invalidant  le misérabilisme hautain des mécanismes sénescents de l’omnipotent marché.  Qu’une seule exigence extirpant la domesticité <span class="EC_SpellE">masculiniste</span> et ses mésaventures des relations de  couple.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  convergence crée de la nécessité réciproque. Induit la rencontre des sentiments,  des forces productives. Elles auraient dépassé les contradictions historiques  qui les faisaient concurrentes.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le défilé  des pleureuses accourues, que la rumeur avait instruites du malheur, m’exaspéra  plus que tout. Je vécus les salamalecs assortis d’un lourd questionnement  répétitif comme insoutenables. A’ quoi bon donner quelque crédit à une mort qui  en toute hypothèse était d’une sorte que Dieu n’avait pas permise. Le défi lancé  au Plus Grand n’apportait aucune gloire. Sagement il était à condamner. La  Sagesse n’avait pas encore marché résolument vers la Raison. A’ quoi bon  justifier ce choix par la négation de l’odieux. En toute hypothèse les femmes de  la hâte savaient à quoi s’en tenir. Quelques survivantes avaient dressé un mur  entre elles et le reste de la communauté. On les aurait crues, si on l’avait  connu, tirées d’un roman de Garcia Marquez. Ou d’une légende comme il en existe  tant sous toutes les latitudes qui métaphorise l’indicible. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Quel mur  avait donc surgi du fond du refus de la pulsion des archaïsmes guidant les mains  tueuses d’un sinistre maçon ? Quelle barrière s’était-elle dressée plus haut que  le plus haut dans le Ciel qui brutalement en méconnut le message ? N’avait-on  droit à la relation personnelle et directe avec Dieu qu’à la condition de savoir  se soustraire en permanence aux mauvaises actions humaines jusqu’à l’intérieur  de l’absence de statut du <span class="EC_SpellE">victimat</span>.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je n’ai  jamais su si ma Mère s’était tuée par fierté par défi ou par culpabilité.  J’aurais aimé qu’elle me donne ne serait-ce qu’une indication de ce qui avait  motivé son choix. Pas une parole. Pas un signe. Rien qui vienne infirmer ou  confirmer quelque hypothèse que ce soit. Rien qui vienne poser avec soin le  pansement d’une réponse apaisante sur la plaie d’une brûlure à lente  corrosion.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’amicale  invite des amies de France me fit accéder à la nécessité du deuil. Curieuse  nécessité en réalité qui fait peser <span class="EC_GramE">une</span> quasi  obligation d’oublier un être cher sur un être survivant sans que celui-ci ait eu  la moindre part. A’ vrai dire je n’en sais plus rien au moment où je te fais  cette confidence. Et si j’acquiesçai à l’intime conviction que ma Mère s’était  suicidée pour se délivrer du spectacle de ma propre souffrance une partie de moi  ne survivrait pas à son drame. Un morceau de moi-même aurait voulu rejoindre mes  ancêtres qui ne l’auraient pas reconnu ni accepté.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ma Mère  s’était-elle vue accorder ne serait-ce qu’un coin de coussinet pour y poser au  terme de son ultime périple le poids allégé de son geste  final ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Tu dois  penser que cette interrogation emporte plus de souffrance que de raisonnable.  Une once de pathos. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">A’ la  sortie de la ville je vis tout de suite que j’aurais affaire à un homme pieux.  Il m’embarqua sans poser de question. Je me tins à cette distance de lui qu’une  sorte de baluchon bigarré et bedonnant avait installée entre nous. La N1 aurait  pu être sans histoire mais l’homme ne se rendit pas jusqu’à Alger. Chemin  faisant il s’arrêta pour faire sa prière. Deux fois je crois. Mais peut-être que  ce ne fut qu’une seule. La cabine sentait l’essence et le lait de chamelle.  Curieux mélange qui n’était pas sans évoquer une vie de  voyageur.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous  échangeâmes quelques mots en tamazight. Je compris que venant du Niger il  s’arrêterait à Ghardaïa. Il y faisait commerce de peaux tannées à l’aide des  gousses de l’Acacia <span class="EC_SpellE">albida</span>. Les gousses sont  séchées, pilées mélangées à l’eau. Les peaux y sont mises à tremper pendant une  semaine, cousues entre elles avant d’être peintes à l’ocre rouge extraite des  gisements en plein air qu’on trouve en abondance au Sahara. Plus tard j‘observai  en ville la présence commerçante de rouleaux de batik à l’intention des  touristes européens ignorant leur provenance plausible des Pays Bas ! La  condition touristique est inénarrable… « -Cela te fait rire, me dit-elle. « On  aurait dit que la vieille ville avait fait peau neuve. Qu’elle avait subi un  soin des apparences. Un « lifting de modernité » pour catalogue d’agence de  voyages ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Vois-tu  chez moi la tente, ce succédané du cosmos à la portée des mortels, induit la  permanence d’une mobilité des objets familiers auxquels s’attache une fonction  spécifique. La femme y a une place pour ses effets personnels contenus dans un  grand sac fermé par un cadenas. Les autres instruments liés au dispositif de la  division du travail y sont rassemblés : seaux en cuir, une corde pour puiser  l’eau du puits, une outre pour battre le lait, une autre pour recueillir l’eau  puisée. Une calebasse qui sert à recevoir le lait de chèvre avant qu’il soit  battu en beurre. Du côté des hommes les attributs de sa fonction sont disposés  selon une même hiérarchie des intérêts propres à la survie en milieu nomade  hostile. La selle de chameau et ses accessoires comme le petit tapis, un sac de  voyage avec les ustensiles du thé, les sacs en cuir où sont conservées les  provisions. L’homme est le maître du thé. Plutôt des trois thés dont la  fabrication ne lui <span class="EC_GramE">échappe</span> pas. Le premier servi, la  fleur en quelque sorte, est <span class="EC_GramE">doux</span> comme la vie. Le  deuxième qui a continué d’infuser est fort comme l’amour. Hélas le troisième n’a  pas renoncé à diffuser pendant les délices de l’amour : il est amer comme la  mort !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les pensées  des nomades vont aussi loin qu’un endroit accueillerait leur tente. Sa tente en  se déplaçant déplace le centre du cosmos. Dieu est si grand qu’il a placé le  nomade au centre de son univers. Dieu a placé la mobilité au cœur de  l’imaginaire humain. Quelle leçon en ses temps où l’Occident criminalise les  chemineaux des droits a minima ! Les marcheuses des espérances violentées sur  les trottoirs des banlieues figées dans la marge des Cités de la recherche de la  consommation effrénée. Je pense à vous mes sœurs des couleurs diverses de  l’unique humanité biffées des listes des vivantes autant de fois qu’une journée  de viandards y trouvera son intérêt. Je pense à vous en montrant ces dents que  la rage a blanchies.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qui sait si  ma Mère rendue à Ghardaïa, réduite à l’état de vaisselle ébréchée qu’à défaut  d’argent on n’aurait pas remplacée, aurait su y trouver l’inspiration d’une  nouvelle vie ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je vous  hais les méprisables criminels, proxénètes du grand trottoir qui mène des  antichambres présidentielles africaines aux bordels des sociétés démocratiques  de tolérance, patrons pignon et pognon sur rue qui <span class="EC_GramE">travaillent</span> au noir, démagogues de tous poils qu’une  chèvre vieille dévorerait en connaissance de bonne cause. Vicariants de tous les  pouvoirs, supplétifs de tous les parjures, substituts de toutes les félonies,  valets de toutes les perfidies je vous hais !<span> </span>Vous qui ne  reconnaissez pas de valeur à l’humanisme du Dieu des musulmanes ! Je vous hais  de votre haine que je retourne contre vos mensonges contre vos palinodies. Je  vous hais et qu’importe la parole de Dieu ! Qu’importe son pardon puisque cet  enfer terrestre tient les promesses de l’autre !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous  passâmes devant le petit monument dédié aux victimes du nazisme. Nous ralentîmes  et leur accordâmes un silence qu’une pensée de vraie compassion combla.  L’histoire de la géhenne est celle d’incomplétude. L’Histoire travaille  volontiers les parcours des oppressions massives. Des génocides, des crimes de  guerre et contre l’humanité. L’Histoire, on devrait plutôt dire la macro  Histoire, se dérobe, ou peu s’en faut, au seuil d’écrire une Histoire de  l’oppression individuelle échappant à la psychologisation biographique. Tout au  long de son récit Aminata ne concéda que rarement un psychologisme biaisant les  fondements du contexte dans lequel elle fut victime. Victime expiatoire  ordinaire de l’appartenance à la moitié féminine de l’humanité. La moitié  dévaluée par la nécessité d’assurer la pertinence du primat de la masculinité  des débuts de l’histoire inhumaine. Dangereuse parce que rusée, sournoise,  tentatrice. De sexualité foncière manipulatrice jouant des affres de  l’impétuosité du désir masculin ! En bref d’essence perverse. Que Dieu à défaut  d’en changer les données originelles veuille bien, ne serait-ce que par égard  pour lui-même, lui accorder le précieux bénéfice de son  indulgence.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  concurrence victimaire avait fait des dégâts. Il fallait être plus victime à  défaut de quoi on pouvait cesser de l’être, de l’avoir été. La position au  sommet de la hiérarchie de l’horreur ne me paraissait pas faire l’objet de  contestation possible. Sauf criminelle. Révisionniste. Je n’en dis pas autant de  la revendication de cette position comme devant être indéfiniment partagée par  les survivants. Je n’en dirai pas autant face à toute injonction de soumettre  cette horreur comme préalable à la reconnaissance de tout autre horreur.  Fut-elle à juste titre admise et reconnue avec sa nature différente et ses  victimes pas nécessairement moins nombreuses. Pas fatalement moins victimes. Pas  mécaniquement <span class="EC_GramE">exonérées</span> d’une indicible souffrance.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  rancoeurs, sans objet au regard du désastreux état des lieux des victimes, s’en  trouvèrent réactivées sans qu’il soit toujours possible de ramener les nouveaux  belligérants, décalqués des anciens, à la raison. Nous autres femmes, presque  partout d’où nous venons, n’avons rien à espérer de ce côté là des misérables  querelles dont l’Histoire des Femmes continue de montrer qu’en dernier lieu,  comme en premier, elles font resurgir les intégrismes religieux convergeant vers  notre diabolisation. <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je pris  longtemps ces brillantes intellectuelles asservies à la négation du paritarisme  de la représentation des sexes dans les institutions de la démocratie pour  d’autres victimes pathétiques. Puis après des années de réflexion et  d’expérience je changeai mon point de vue et j’en fis part. Cela ne me valut pas  que sympathie. Quelques rares amies me montrèrent cette détestable image de  leurs talons qui semblait dire « Trahison ! ». La compassion éclairée à  l’humanisme béat, à la sororité de toutes les circonstances de l’histoire des  femmes, intellectuelles ou non, avait montré ses limites. Je m’étais lassée de  l’abus que constituaient certains artifices du langage dont l’objet était de  masquer en sous main la négociation de compromissions, certes minoritaires,  visant à favoriser le franchissement par certaines du plafond de verre. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je m’étais  lassée des subtils recyclages de l’idéologie, toujours dominante, dont l’objet  n’était pas plus qu’avant dans la relégation des emprises historiques.<span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’AVAIS  FINI PAR COMPRENDRE QU’ELLES ÉTAIENT PASSÉES DE LA PENSÉE DE GAUCHE CAVIARDEE AU  LIBÉRALISME PUR ET DUR ASSORTI D’UN FRANC COUP DE POUCE DE L’ÉTAT ! SI ! SI !  PURES ET DURES !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La ville de  Ghardaïa est une leçon d’histoire vivante. Elle semble avoir lissé les  différentes phases de son histoire en dehors de tout heurt. Continuité et  discontinuité s’accordent sous un soleil d’aplomb qui fait paraître les mosquées  et leurs minarets plus hauts. Plus hauts qu’un ciel tremblant au défi qu’on lui  lance et qui renonce sous l’action de la main de l’homme. Mais qu’en est-il de  ce renoncement qui pour aller de soi mériterait néanmoins qu’on lui donne un  autre nom. Qu’une approche plus vaste en réélabore toutes les  significations.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Lors de mon  court séjour je n’y réfléchis qu’avec la nuit apaisante bien que la présence des  Kef <span class="EC_SpellE">Essour</span> n’ait pas là que pour rassurer. Mais  leur intégration rapide dès le plus jeune les rend tangibles sinon familiers.  Leur nature insaisissable en rehausse l’aura. La frayeur qui entoure leur action  néfaste n’est jamais domptée. Mais par contre l’enjeu est dans l’apprentissage  du comment vaincre avec la frayeur des Kef <span class="EC_SpellE">Essour</span> la somme des peurs de l’enfance. Je porte les leçons de ses trois ou quatre  nuits tout autant qu’un renouveau dont je ne mesurai pas encore toute la  richesse. Je n‘avais plus que ma propre énergie. Que ma propre détermination  pour faire face à tous les pièges à toutes les avanies que je rencontrerai à  l’avenir. Je ne le sus pas immédiatement parce que l’énergie mise en œuvre pour  accepter la situation nouvelle ne pouvait se renouveler qu’à la condition que de  <span class="EC_GramE">sa</span> propre mise en œuvre naisse une autre énergie de  grande amplitude de spectre plus large de détermination plus appuyée. On n’est  pas une autre sur un coup de tête au terme d’une décision banale sans réflexion.  On n’est pas une autre parce qu’on a compris qu’on a pas le choix sinon d’y  mettre du contenu. Un contenu débarrassé des anciennes superstitions que les  nouvelles querelles <span class="EC_GramE">comblent</span>. La psychologie a place  ici puisqu’il faut transformer voire abandonner les repères acquis et acquérir  les nouvelles références que l’imaginaire et la socialisation décèle et recèle.  Je fus un être dans une cosmogonie qui m’attribuait un rôle. Je serai un jour  une personne jouissant d’un statut et d’une autonomie de décision. Mais pendant  ces nuits-là je dus aller contre ce qui m’avait formée.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Laver mon  corps. Obsessionnellement comme si la souillure n’avait pas de fin. Rêver de  parfums dont j’inventai le nom. Que je chargeai de toutes les senteurs connues  de moi. J’en inventai parce qu’il le fallait bien. Je me sentais toujours aussi  sale et rien n’y faisait. Le jour je cachai cette fraîche misère sous un voile  qu’un commerçant, pieux cousin du précédent, m’avait confié pour la durée de mon  séjour. Je lui avais souri et il avait baissé les yeux. Pudeur ? Acceptation  silencieuse ? Ces hommes pieux ont l’humanité aussi facile que leur commerce.  Ils ne cèdent rien à l’étanchéité. Leur sociabilité est entière, inspirée. Je  n’ai pas observé qu’elle connaissait des limites. Il suffit de promettre. De  tenir sa promesse. Il m’indiqua encore ce qu’il restait d’une tente que des  touristes de longue barbe rousse, nationalité incertaine, avaient abandonnée. Le  vent des sables achevait de la ruiner à l’écart de l’écart de la ville. Là où  les chèvres mêmes ne sont pas menées pour y accéder aux  poubelles.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’en fis  mon chez moi pour un temps de qui-vive nocturne brouillé d’assoupissements  réparateurs.<span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Puis je  décidai de reprendre la route vers Alger. Je ne le savais pas encore mais ce fut  la route de l’horreur. Un nouveau tronçon d’horreur. Il n’y a qu’une seule façon  de ne connaître qu’un seul tronçon d’horreur ou de n’en point connaître. Je te  laisse un peu de temps dont tu n’auras pas besoin au demeurant pour deviner le  moyen à mettre en œuvre. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Cette  partie de l’histoire d’Aminata avait fait l’objet de beaucoup de relations et  d’interrogations. Les plus féministes de ses collègues ne cachèrent pas leur  embarras face au doute qui les titillait. Bien sûr toutes nous avions lu et relu  de ces histoires invraisemblables qui condamnent parfois de jeunes femmes à la  mort quasi programmée. Souvent à la soumission illimitée. Les télévisions  avaient multiplié la diffusion de longs documentaires présentant les actuelles  et les anciennes. Je me souviens d’une bulgare filmée dans sa voiture qui en  voix off disait se sentir sale. Souillée. Niée. Engluée. Les prostituées et les  femmes violées emploient le même lexique quand elles parlent de leur condition.  Cela devrait, à tout le moins, inciter celles qui se cachent derrière le mythe  de la liberté individuelle à réfléchir au désastre que leur a priori couvre. La  bulgare ajoutait se rendre au pays pour y entreprendre la construction d’une  maison pour sa famille. Une fortune pour des gens pauvres à tous égards. De plus  en plus incrédules face à la fable de la serveuse en Allemagne. Les informations  ou rumeurs finissaient par gagner les campagnes reculées. Phagocyter les  esprits. Puis par faire tomber les premières résistances. Puis les ultimes  tabous au seuil d’une vérité détestable. Elle balafre l’image idyllique d’un  rêve éteint au-delà de la misère quotidienne qui l’avait allumé d’une flammèche  née du fond de l’espoir. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Parfois il  n’y avait plus d’espoir. Plus de flammèche. Plus de rêve. Parfois il n’y avait  plus que l’abandon, la fin de l’autre dans l’enveloppe persistante de soi. Une  inconnue entre de viles mains. Parfois enfin le choix était de s’arracher une  bonne fois pour toutes aux viles mains. Elles ne connaîtraient plus le plaisir  sadique des coups du dressage. Ni non plus la douceur de la liasse de billets  qu’on relève. Toujours insuffisante. Toujours moyen de pression, de  menace.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je me  souviens de la terrible formule de la prostituée : « -Je suis une plaie qu’un  méchage profond jamais ne guérira ! » </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De plus en  plus souvent des réseaux officiels ou non sortaient les sœurs esclaves des lieux  de l‘exploitation sexiste. Mais très souvent rien ne les attendait qui les  insérerait là où elles n’avaient guère connu que le désir de s’échapper. Là où  ne les attendait plus qu’une famille résiduelle et démunie face à l’opprobre qui  la submergeait. Les mots manquent alors que la souffrance est trop forte. La  double peine est insensée bien que de grande cohérence.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On n’abuse  pas celle qui décrypte ce que les mots dissimulent d’ignominie sous le faux or  de la vertu. Sous le faux prétexte de l’émancipation. Sous la redoutable  promesse du bonheur. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’ai  beaucoup hésité avant de rapporter la teneur des exacts propos tenus par  Aminata. Elle-même fit des impasses. Les sanglots lui vinrent altérant le débit  du récit. Mais à aucun moment ils n’en oblitérèrent le sens. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aussi ai-je  décidé d’ajouter du respect à ses impasses. De l’émotion à ses lueurs. De la  vérité à<span> </span>quoi n’a jamais manqué d’exigence. De la conviction à qui  ne manqua jamais d’assurance. De la pudeur à l’impensable. De la générosité à  autant de détermination. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’ajoutai  bien que la bienséance aurait voulu que je n’en fasse rien. Que je sois passive.  Passée. Dépassée. Que le défilé des terribles évènements s’ancre ailleurs que  dans un port où les anneaux attachent la marina des saisons de luxe et  d’insouciance m’apparut salutaire. Ce que je tins d’Aminata exigeait trop qui ne  soit incapable de ne rien attendre, non en retour, mais pour aller de l’avant.  Cette idée convenue et commode qu’il y a un droit au passé avec la vocation  d’une norme intangible m’est inaccessible. L’action de normer le passé avance un  plateau chargé de bien des périls. <span> </span>Un passé douloureux pourrait se  voir indemnisé selon un barème que la Justice Internationale aurait<span> </span>fixé. Ce nouveau droit à la norme créerait incidemment un droit à s’en  dégager. Les crimes seraient tarifés dans un monde où l’on traficote des  consciences depuis belle lurette.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’ai voulu,  à tout le moins, n’être pas indigne du récit d’un vécu au bout duquel je n’étais  plus la même. J’ai voulu qu’il ne soit pas dit que l’écoute attentive dispensait  l’écoutante d’avoir à produire un surcroît de sens et  d’émotion.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ma part  prise à l’histoire d’Aminata était entière à l’oeuvre dans cette  démarche.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je vis tout  de suite que l’homme n’était pas pieux. Nous <span class="EC_SpellE">nous</span> arrêtâmes deux fois entre Ghardaïa et Alger. Deux fois. Je n’eus pas le choix.  Il n’eut ni pitié de ma jeunesse. Ni égard pour notre religion. Il ne  s’embarrassa d’aucune précaution. Il me laissa sangloter. S’apitoya d’une  poignée de dattes et d’un morceau de pain. Il m’abandonna aux portes d’Alger la  Blanche, loin des cartes postales télévisuelles que diffusaient la Télévision  Nationale Algérienne. Aucun plan ne m’aurait été d’utilité puisque, outre le  fait que je ne savais pas lire, il était quasi impossible de s’en procurer un  plus récent que ceux de l’époque coloniale !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Plus avant  on pourrait reconnaître l’homme. Le saluer. Le dénoncer auprès de sa femme. Il  prétendit n’en avoir qu’une afin de ne<span> </span>pas abuser de  l’autorisation que donne le Coran. Son cynisme, je le compris plus tard, était  celui d’un militaire originaire du Sud Algérien, polyglotte, de retour d’une  mission d’observation des deux côtés de la frontière avec le Niger où  l’irrédentisme <span class="EC_GramE">des touareg</span> était  pourchassé.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aux portes  d’Alger dont je ne savais presque rien sinon qu’on pouvait s’en déprendre avant  ou après. Avant parce qu’on l’aurait appris. Après parce qu’on aurait appris à  désapprendre.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je marchai  devant moi en observant la course du soleil. Les heures passèrent et la fatigue  s’empara de mes maigres ressources. Tant bien que mal je me dérobai à la vue de  ces hommes étranges qui auraient aimé croiser une ombre qu’aucun corps  n’animait. Qu’aucun cerveau ne guidait. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La nuit  tomba vite et les poubelles des restaurants s’emplirent. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je me  sentais sale. Reléguée au fond d’un corps cachot. Dans une faille temporelle,  manière de crevasse obscurantiste, d’où aucun secours ne viendrait me tirer. Je  me sentais sale et je sentais mauvais. La fatigue m’avait privée de l’accès à  l’imaginaire des parfums. Je me sentais sale et m’en voulais de n’avoir pas  d’autre image à m’offrir. Je me sentais sale d’une saleté à laquelle je n’avais  pas pris part. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je  culpabilisais sans savoir que j’étais victime d’une stratégie. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le  lendemain je croisai l’homme. Il avait revêtu ses habits militaires et pénétrait  entre deux soldats dans le centre de commandement des renseignements militaires.  Je fus prise d’une crise de tétanie dont je ne savais pas interpréter les  symptômes. Un passant s’en alerta. Un jeune homme qui prétendît être étudiant en  médecine. Il proposa de me conduire aux urgences de l’hôpital le plus proche. Je  le suivis autant que faire se pouvait sans être tout à fait sûre d’avoir compris  son intention. Nous marchâmes lentement. Notre attelage faisait se retourner les  passants choqués d’une scène qu’aucun repère acquis ne leur permettait de  comprendre. Après quelques pas la crise se défit doucement. Je reprenais des  couleurs mais l’hôpital était encore loin. Le jeune homme s’appelait Ali et  souriait du résultat de sa bonne action.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il comprend  que je veux me laver. Dans le quart d’heure qui suivit nous fûmes en vue des  urgences. Je me sentis mieux. Toutefois la barrière de la langue ne facilitait  pas les choses. Lorsque nous entrâmes au service des urgences je compris que  j’étais arrivée en un lieu sûr. Une infirmière qui me dit être de Bejaia  m’accueillit bien que la file d’attente fut longue. Des bébés suant et piaillant  empoisonnaient l’atmosphère. Pour la première fois de ma vie je bénéficiai d’un  coup de piston !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les deux  collègues parlèrent en français. Puis <span class="EC_SpellE">Souriya</span> l’infirmière m’entraîna à l’écart dans une sorte de réduit qui servait de salle  de repos aux soignants. Moins d’une minute plus tard elle me donnait à boire un  verre du fond duquel deux comprimés de calcium faisait des  bulles !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je lui  racontai mon histoire sans entrer dans les détails dont je comprenais qu’elle  les devinait. Nous étions entre femmes. Plus encore entre femmes vivant  habituellement sous un régime ordinaire d’oppressions diverses. « -Je comprends,  disait-elle ». « -Je comprends, répétait-elle ». </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Moi, je  compris qu’on pouvait me comprendre sans avoir à me justifier de quoi que ce  soit. Je compris que ma parole avait une valeur. Sans doute l’urbanité et la  posture sociale de mon interlocutrice y était-elle pour quelque chose.  N’empêche. Cette idée qu’une inconnue faisait métier d’écouter, de soigner et de  comprendre était pour moi une découverte. En quelques minutes j’avais changé  d’opinion à mon sujet. Je ne sentais plus mauvais. C’est de bon gré que  j’acceptai la douche qu’elle me proposa. A’ la porte de la douche elle accrocha  ce qu’il faut de vêtements et de sous-vêtements pour rendre un peu de dignité à  une jeune femme bafouée. La pudeur respectueuse c’est la reconnaissance  réciproque des fortins ultimes. La sanctuarisation </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Je vais  porter ça, montrant mes vêtements, à la buanderie. Je dirai à mon collègue de  faire fissa ! Tu repasses demain en début d’après-midi avec la fin de mon  service et je te les rendrai. »</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je lui pris  les mains mais elle n’accepta pas que je les lui baise. Les sœurs sont-elles si  égales ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ali  attendait debout dans la salle d’attente où parfois il faisait gentiment la  police des impatiences. Ali parut surpris puis sourit en me voyant. Je n’avais  plus besoin d’un engagement de ma famille pour qu’un jeune homme aux yeux bleus  s’autorise à me sourire sans rien craindre d’une foudre surgie de Dieu sait où.  Je crois bien que dès cet instant je naquis à la liberté personnelle.  <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le récit  d’Aminata me bouleversa d’un coup. Cette idée qu’on pouvait connaître, même et  nécessairement après coup, le moment de la naissance à sa propre liberté  personnelle était pour moi une idée neuve. Déroutante. Parce qu’à défaut de  m’être posée une question qui somme toute n’a que peu d’objet dans nos sociétés  démocratiques, je n’avais pas envisagé qu’il put y avoir plusieurs vies dans  une. Qu’un geste d’humanité circonstancié pouvait dans sa brièveté ouvrir un  espace nouveau. Finis le bornage, l’enserrement, l’arbitraire et avec eux tout  ce qui avait constitué le contraire d’un apprentissage, d’une construction <span class="EC_SpellE">désaliénante</span>. Non que l’idéal républicain démocratique  ait constitué une référence absolue à mes yeux. Mais plus sûrement que les rêves  qu’il prétendait incarner, dans leur confrontation au réel, rattrapaient souvent  et dépassaient parfois les simples auspices dont la promesse était devenue  banale.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il y avait  eu. Il y avait beaucoup moins. Une place pour chaque personne dans un monde  agrandi. Outré. Déplaçant le pire de ses repères historiques à la façon d’un  joueur d’échec affrontant un joueur de dames. La diversité des coups dont  dispose le premier est sans remords, sans échec, sans état d’âme face au second.  C’est la règle et nous sommes sommés de n’en point inventer d’autre. Des deux  côtés du déroulement les pioupious sont sacrifiés. A’ la Bourse les  boursicoteurs comptent les cadavres. Dans les banques les « tueurs » parient sur  les dépouilles à venir. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les crimes  de masse d’aujourd’hui font trembler les mains excitées dans l’espace virtuel.  Les éjaculations solitaires arrosent la planète. Quel bonheur ce sera demain  matin lorsque je connaîtrai le nouveau cours de l’éjaculat. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  criminalité de masse a les mains soignées et ses neurones ont l’oreille des  média. Les assassins sont parlés au salon. <span class="EC_SpellE">Couverturés</span>, <span class="EC_SpellE">rédacturés</span>,  chroniqués, polémiqués, encensés, enviés les assassins assument ce monde  terrible, on nous le dit aussi, que la démocratie corrige puisque c’est sa  vocation. On n’irait pas contre elle tout de même ! Ainsi donc certains  continueraient de fantasmer. Dieu seul sait qui rêve de dictature égalitaire  comme si elle n’avait pas déjà montré ses limites et ses échecs. Ses crimes  encore. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qui dit  qu’on ne saurait échapper au piège quitte à y laisser une patte blanche qu’on  n’aura pas su montrer à qui aura demandé qu’on lui offre tout ? Parce que tout  est à acheter à qui sait ou saura renoncer ? <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il aura  suffit d’un faux moment de distraction. D’une évanescence subtile masquée d’un  soupir de déjà plus rien. D’une surdité définitive et sélective aux échos des  multitudes se relevant dans l’ombre d’elles-mêmes. Du détachement d’un battement  de paupières agnostiques. Il aura suffi parce que le crime est pareillement dans  l’asservissement de la langue. <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ils ont  asservi le futur antérieur ! Ces crapules ont asservi le futur  antérieur !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ali parle  beaucoup mais lentement. Ma conviction est que dans l’urgence les apprentissages  s’accélèrent. Quelle langue avons-nous donc parlée ? Un sabir de notre  complicité. De connivence et de circonstance. Ce monde sera moins étrange. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -La  police est nombreuse. Un projet en cours de discussion doit aboutir au  doublement des forces de surveillance et de répression. Les attentats n’ont pas  cessé. La population en est de plus en plus lasse. Le chômage prospère. La  démagogie est sans limites, dit-il. »</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">A’ l’époque  je ne connaissais aucun de ses mots. Toutefois leur sens ne m’échappait pas tout  à fait. Ils disaient que des choses inconnues avaient un nom. Qu’on n’allait pas  au-devant du monde sans efforts. Que j’avais pris la bonne décision qu’une  pulsion vitale avait poussée dans le mouvement d’un élan irrésistible. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je passerai  la nuit chez de ses amies qui « préfèrent les femmes ». Par dérision elles se  sont appelées les « <span class="EC_SpellE">Djézaïryllywood</span> » ! Avec elles  je verrai ce qu’il y a lieu de faire. Je ne reverrai pas Ali.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je n’étais  pas certaine du sens qu’il fallait attribuer à l’expression des femmes « qui  préfèrent les femmes ». Moi aussi d’une certaine façon je préférais les femmes.  Ma Mère, mes sœurs, les voisines qui me gardaient enfant. Les cousines qui  trahissaient des secrets de polichinelle. Parfois plus afin de jauger mon degré  de pertinence. Au sujet des hommes j’adoptai la posture de ne pas l’aborder.  Depuis la disparition de mon Père les hommes m’avaient renvoyé des images d’un  si terrifiant contraste que je ne savais à quoi m’attacher ni à vrai dire  m’attendre. Je me sentis à nouveau sale ce qui ne fit pas pencher le balancier  du contraste en leur faveur.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ali sonna à  l’étage me fit un signe de la main puis s’éclipsa. La porte s’ouvrit sur une  petite pièce en fatras d’empilages de toutes sortes. Bouquins. Linges. Photos de  femmes aux murs. Une petite télévision muette et aveugle semblait ne pas avoir  eu d’avenir tant son passé l’accablait. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Elles sont  trois qui rient. Et moi avec elles je souris. Mes sœurs rient de me voir sans  doute. Je leur souris puis je ris avec elles. Elles sont belles à tous les âges  de la beauté des femmes. Elles m’embrassent et me font m‘asseoir sur un des deux  lits d’une place visibles. Je devine une seconde pièce plus petite encore dans  laquelle j’aperçois un grand lit. Et puis rien.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Elles  s’appellent <span class="EC_SpellE">Houriya</span>, Anissa et <span class="EC_SpellE">Tzîl</span>. Les deux premières sont Arabes et <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> une Kabyle native du côté de Bejaia. Pour les  voisins <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> est la grand-mère et les deux autres  sa fille et sa petite fille. Toutes trois sont veuves. Le veuvage est commode.  Il ne fait pas l’objet d’un débat. Il impose le respect puisque chacun se  raconte que le mari est mort du bon côté. Le veuvage est devenu une sorte  d’idéal de transparence. Il parle sans avoir à donner d’explication. Sans avoir  à se justifier du rappel d’aucune cause qui n’en serait pas une. Les femmes  liées aux disparus manifestent pour qu’on leur donne des informations sur le  lieu de l’incarcération. Des preuves de l’état de vie ou de mort. Des dates. Des  reliques. Qui un chapelet. Qui un keffieh. Qui une photo d’avant. Une pièce  d’identité. Ce qu’il faut pour se délivrer de la mort lente, socialement  programmée et pacifiée, qu’est l’attente. Qu’on nous donne un de ces noms de  Dieu qui fasse de notre <span class="EC_SpellE">habib</span>, de notre bien aimé,  un martyr et que sa glorieuse mort nous délivre de notre  géhenne !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qu’on nous  donne la description des circonstances. Le nom des coupables. Dieu est plus  grand que la somme de tous les crimes qu’on a commis en son nom.<span> </span><span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La société  civile, la collectivité militaire, l’opinion publique sont pleines de veuves.  Les veuves sont en quelque sorte au menu de la vie quotidienne algérienne. On  les y inscrites au même titre que le chômage, le flicage, les vénalités de  toutes sortes. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il faut  bien que l’obscurantisme serve à une chose qu’on aura retournée comme une peau  de mouton !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Cette  économie du mensonge dans le sillon des malversations dominantes m’a d’abord  confondue. La dictature n’en était-elle pas porteuse ? Une porteuse malsaine.  Fière. Hautaine. Un état pernicieux endémique contre lequel l’affrontement  n’avait raisonnablement cours dans un espace démocratique de mauvaise farce.  C’était aussi mon pays bien moins lointain que la prochaine  oasis…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Avec le  temps je découvris puis compris le sens du mot « lesbiennes ». Que la liberté  individuelle n’avançait pas que sur un chemin de roses ! Que la pureté de  l’asphodèle était due à ses tubercules dont on tirait un mauvais alcool !  <span> </span>Que la liberté de la femme ne s’élèverait qu’à la condition que la  femme dispose d’elle-même à l’abri des enserrements  ancestraux.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ali les  avait informées. Le téléphone c’est plus simple. Et surtout moins compromettant.  Parfois elles le faisaient entrer. Peut-être n’était-il pas vain de donner le  change ? Ali était un ami de toutes et cousin de l’une qui ne les prenait pas  pour des moins que rien. Des « salopes » qu’il faudrait dresser ou redresser  selon la perception qu’on avait des origines de l’homosexualité. Ali était un  type bien. Il ferait sans doute un bon médecin. A’ moins qu’avant l’attribution  de son diplôme il ne soit fermement encadré par « Nos Frères ». Qu’il cède par  opportunisme à l’aimable et redoutable pression qui ferait de lui un cynique à  moitié <span class="EC_GramE">illuminé</span>. Ali était un type bien et le  resterait. Je le sentais. Comble de paradoxe les évènements me donnèrent  tragiquement raison. <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Cet épisode  de l’attentat avait fait le tour des salles de professeurs. Nous l’avions appris  parmi d’autres. Banalement en quelque sorte. Mais qu’il eut lieu dans un hôpital  nous parut d’autant plus odieux. <span> </span>Les urgences avaient été  soufflées par l’explosion. Les cadavres avaient maculé les murs du sang des  <span class="EC_SpellE">supplicié-e-s</span>.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Quoi avait  pu pousser ces salauds à un acte aussi exécrable ? L’essence même du terrorisme,  y compris le terrorisme intellectuel, est dans l’affirmation qu’on n’est pas à  l’abri. Qu’une femme ne mettra pas au monde à l’abri d’un édifice dédié. Jamais  à l’abri. Nulle part à l’abri. Qui qu’on soit. On aurait dit que ces salauds  avaient redécouvert le péché originel totalement rejeté par l’Islam. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Où qu’on  soit. L’espace public est le vaste lieu du déballage de presque toutes les  dépravations. De tous les chantages. Ses coulisses le lieu de tous les  arrangements. De toutes les manipulations. Les coulisses sont aux apparences de  la vérité ce que l’hallucination est au réel. Les fils qu’on y tire sont d’une  matière étrange et vicieuse liant tantôt les mains du futur supplicié dans le  dos, tantôt les contractant entre eux. Parfois le même lien sert d’abord puis  ensuite. La raison d’Etat n’est jamais la Raison d’Eclat. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’habileté  du terrorisme est de trouver dans le réel des arguments légitimant son action.  En quoi les urgences représentaient-elles un terreau sur lequel des assertions  et un projet criminels avaient pu se former ? Les hypothèses ne manquèrent pas.  Franchissement de la barrière des sexes. Règlement de comptes interne ou  externe. Acte de terreur avec pour objet d’éloigner les malades des lieux de  soins. D’aggraver les tensions sociales à toutes fins utiles. Cette manière de  faire peser sur le cours ordinaire de la vie algérienne le poids d’une sentence  qui pouvait provenir et profiter indifféremment aux belligérants de l’ombre  était redoutable. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’imaginais, avec d’autres, que les relations de toutes  sortes entre personnes consentantes devaient être surchargées des absurdités de  la nouvelle convention de la suspicion généralisée. Qu’un mot, qu’un geste  pouvait acquérir une enflure qu’une situation sociétale acceptable n’aurait pas  attisée. J’imaginais aussi qu’une vraie intimité, qu’une connivence aimante  devaient préparer la défaite de tous les complots. Qu’avec un baiser/lueur  survenait du bourgeon le premier signe de printemps. Enrôlées les facéties  noctambules domestiques. Recrutées les railleries de table adressées aux  puissants. Engagés les simulacres de contrition. Mobilisés les quolibets jetés  aux uniformes qui barrent les voies d’accès aux mots libérant de la souffrance  et des oppressions.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ali était  là sur la photo souriant à un bébé que sa mère avait relâché. Ali sourirait  indéfiniment à l’enfant qui n’avait plus de visage. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous  rejouâmes les protagonistes principaux au mitan d’une nouvelle saison du thé. De  cette saison où convergent des femmes discrètes, pudiques et solidaires. Elles  écartèrent d’un beau revers de leur conscience circonspecte, enjouée, les  chaînes communes liant affres des silences compassés et rituels mécaniques des  mots convenus. Je frissonnai plusieurs fois sans que cela les inquiète. Mais  certes pas sans que cela les réjouisse. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous <span class="EC_SpellE">nous</span> parlâmes et nous nous tûmes alternativement pendant  de longues heures de communion sucrée. Nous franchîmes les difficultés de la  langue avec aux neurones ce qu’il fallut d’attention, de patience et de  sociabilité nouvelle pour moi. L’urbanité n’était donc pas un genre à part ?  Lointain. Orgueilleux. Disert. Provocant. Un genre qui donnerait au mot une  couleur qu’on aurait intégrée en bonne place au catalogue des polices des  morgues ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  complicité sororale avait des mains douces des deux côtés. De grands regards  ouverts de toutes parts. Des ébauches de presque rien qui puisse être nommé au  risque d’en trahir la sincère profondeur. <span> </span>Parfois les mots font  injure à l’indicible. Le dos d’une main sait presser les émotions de l’exigence  d’une intense retenue. Ce qui s’est ancré là ne manquait certes pas de voilure.  Ni d’une idée du large ô combien séductrice.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je  commençai à me représenter le large. Le loin étrange où rien n’est certain sinon  que l’incertain est plus probable que les précédentes évidences qu’un mauvais  charme a rompues. Les <span class="EC_SpellE">Kel</span> <span class="EC_SpellE">Essour</span> m’avaient prise et la vie de ma Mère par surcroît.  Malgré la levée des vents de sable les légendes avaient retrouvé la piste du  réel. Elles l’avaient localisé puis cerné avant de lui faire subir la soumission  au tourment. Elles l’avaient mis au forçage afin de le contraindre à leur donner  en toute saison de ces fleurs vénéneuses qui fleurissent par défaut. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Cette  rencontre avec mes trois sœurs ce fut « le boudoir aux alternatives ». Le miroir  qu’on s’échange comme le témoin qu’on se donne au relais. Le débat des avenirs.  La parole multiple qui dégage l’horizon et conte l’espoir.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’eus  l’impression d’avoir fait de beaux progrès en français. « Papiers », « Sans  Papiers », « Travail au noir », « Patrons voyous », « Préfecture »,  « Prostitution «. Jusque là je ne connaissais de la langue française qu’une  déclinaison administrative limitée que la télévision relayait plus quelques mots  que mes aïeux avaient conservés puis transmis depuis la fin de l’époque  coloniale. C’est sans doute en cela que je retins comme de précieuses réserves  virtuelles ces mots que mes sœurs m’enseignèrent à l’aube.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’aube  c’est alors que le jour desserre l’emprise de la fiction des nuits que des  scénarios occultes avaient narrée. L’aube c’est la grâce rémanente déblayant le  chemin de ronde de ses logiques hirsutes. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il n’est  pas encore écrit qu’un quart de ronde subirait indéfiniment la même musique ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Toutefois  je n’étais pas rendue aux marches du dénouement de mes peines. Les fils de mes  joies et de mes découvertes étaient en cours de tramage sur fond d’une voisine  aubaine de leur lisibilité. Il y avait un futur et des conditions de lueurs pour  affronter la prégnance des clauses des opacités. Il y avait que la pulsion  archaïque avait cessé d’opérer. Que de la fioriture des temps obsolètes j’avais  obtenu, sans procès, sa renonciation à prétendre solder jour après jour un  compte n’ayant fait crédit qu’aux excès de sa propre monomanie. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’aménité  des sœurs inspirées et rieuses, elles riaient presque tout le temps, avait  repoussé cette hantise de soi qui suggère qu’on n’est pas intègre aussi  longtemps qu’on ne se convainc pas que l’adultat est une conquête faite  d’alliances et d’alliages. Une construction dévorante. Une assiette métisse que  des séminaires d’oiseaux de bonheur picorent. Un assaut sournois de misérables  manœuvres hypocrites. Un mâtiné d’instances vouées à l’extase. Une flèche  décochée d’un questionnaire administratif assassin. Un sourire « Bleu Ali »…  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je voulus  apprendre d’autres mots que ceux qui font résonner le bourdon des oppressions  comme le tambour de justes causes. J’y parvins contre les vicissitudes dressées  sur les griffes de leur névralgique fatuité. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’attribuai  à ces mots de la délivrance la couleur d’ensemble « Bleu Ali des Trois Sœurs  ».</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata  prit cette apparence grave qu’affiche de force une somme de drames de fréquence  rapprochée. La narration avait un coût. Une valeur de moins en moins  approximative que le temps rehaussait parce qu’il faisait œuvre d’utilité mais  pas de promesse ou d’engagement concédé à l’oubli. Il en renaissait toujours un  lot de contradictions irrésolues qu’une problématique d’actualité désarmait. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’urgence  d’une vie presque ordinaire, grise puis claire, faite d’incertitudes complexes  désobéissait à l’éthique de l’obligation des tours et des retours à laquelle on  assigne une économie de thérapie et de progrès. L’urgence eut pu n’être qu’un  vif encouragement à situer devant soi de quoi emplir l’existence nouvelle  d’autant de projets comme grilles d’écriture d’un carnet d’espoirs.  <span> </span>Le passage de l’histoire subie, tradition et péripéties, à la  posture d’un récit devançant les embûches, les impasses et la douleur de  l’aporie ne lui fut pas donné dans l’ordre de la sinécure. Non point qu’il eut  été naturel qu’il en fût ainsi. Les apprentissages n’annoncent guère plus que de  l’angoisse et des sacrifices. Les avantages accumulés ne sont souvent que  virtuels. Leur profondeur n’a d’égale que leur fragilité. Les réserves  s’amenuisent avec les grands froids de la détresse des relations  humaines.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’indice de  régression plausible est vertigineux. La résilience est un luxe de ces nantis  que des années de lecture et d’entregent ont protégé des agressions verbales. De  l’outrance faciale. Des morgues obstinées à paraître policées. A’ chaque  carrefour quoi s’avance vient de multiples ailleurs. Va vers, dans les entraves  surgies des bonnes consciences et des pesanteurs aux racines variées des  variations d’un même ensemble orchestré, des chemins que d’aucuns brigandent.  Vers des routes que les rêvent creusent.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Vers des  halliers d’arbrisseaux rieurs et sémillants. Ils exaltent la moirure sereine  d’un avenir qui promet à qui saura retenir la main noire des mauvais coups. Son  gant blanc des faux semblants. Ils agitent les âmes des pantins au proscenium  d’un spectacle trompeur. Un élan du cœur mensonger détourne le haut cours de la  gageure vers une nasse aux osiers prédateurs. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qui sait si  derrière chaque exhortation à se conformer une entreprise de duplicité crasseuse  s’agite dans un idéal de nuisance immanent se remettant déjà de n’être que  cela ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  souillures ont l’ascendant aisé de quoi a pris possession du lieu de qui a été  le lieu de l’invalidation. La sommation brutale d’avoir à se livrer, avant  d’avoir été, a consigné le siège des intimes gémonies. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aux minutes  de l’étroit procès en auto culpabilité les mots reconstruisirent. Inversèrent.  La culpabilité de soi s’était coulée dans les méandres du lit du silence que  tout conforte à la station d’opprobre. Quelle rouerie rejouait-elle son mauvais  tour qui n’aurait de compte à rendre qu’au délice de ses manœuvres criminelles ?  La ruse fait métier de tisser de l’usage vertueux. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’écho des  crimes dure longtemps.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Au petit  matin <span class="EC_SpellE">Houriya</span> et <span class="EC_SpellE">Anissa</span> quittèrent l’appartement. La première se rendit à  l’Université de Médecine. <span class="EC_SpellE">Anissa</span> se mettait en  quête d’un travail. Pas d’un vrai travail non mais de quelques heures de travail  de n’importe quel travail de quelques heures voire moins. Le plus souvent non  déclaré ou partiellement. « -J’ai fait tous les métiers, disait-elle ».<span> </span>Le ménage, la cuisine, des soins, du secrétariat, du téléphone, la  plonge, serveuse dans un restaurant administratif, <span class="EC_SpellE">préleveuse</span> dans un laboratoire d’analyses et même hôtesse  d’accueil à l’aéroport d’Alger où les contrôles en matière de moralité sont  pourtant drastiques !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Tzîl</span></span></span><span> ne travaillait plus  depuis qu’elle avait atteint l’âge d’être une vieille femme décatie. Des années  durant elle avait dû justifier de tout. De n’être pas française mais là ses  parents soupiraient pour elle. De n’être pas mariée. De n’être pas même une  putain qui aurait malgré tout donné au moins un enfant mâle à la Nation  Algérienne dont cette dernière, par divers moyens, aurait pris le contrôle. Il  avait fallu savoir, l’apprentissage releva de la formation permanente, à ses  dépens qu’on était nécessairement pauvre et dangereux. <span> </span>Avec la  liberté revenue l’essence coupable avait resurgi de <span class="EC_GramE">l’impensé</span>. Nos traditions faisaient de chaque femme une  éternelle criminelle. Criminelle potentielle. Criminelle réelle. Donner un  enfant hors mariage est un crime. N’en point donner n’est pas moins criminel.  Voire plus. Mais avec cette contradiction que les nécessités démographiques ne  pouvaient être affichées comme allant au devant des autres règles pour mieux les  subvenir. <span> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;">Il faut bien qu’un étau serre ses  proies sinon à quoi bon l’étau ? Il faut bien qu’un nom serve à désigner l’étau  sinon à quoi bon les proies ? Il faut bien que des proies existent sinon à quoi  bon l’étau et le nom de l’étau ?</span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Je ne  suis pas fataliste Hélène. Je fais de l’ironie didactique parce que plus souvent  que de temps à autre je n’ai d’autre impératif que de survivre. »  <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Dieu seul  sait quel âge avait éloigné <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> de la vie  professionnelle ? Mise à l’écart de la vie sociale. Sa pièce d’identité  n’apportait aucune certitude : on l’avait refaite d’après les papiers datant de  l’époque coloniale. Autant dire qu’en matière d‘approximation seule l’Afrique  Noire pouvait prétendre à avoir plus encore souffert des vexations coloniales.  Elle ajouta que parfois le cheikh, en période de grosse chaleur, faisait montre  d’un brin de nonchalance. En riant elle précisa être née en mars ! Peu importait  l’année au demeurant puisque les institutions successives, avec des motifs  divers, l’avaient finalement oubliée. D’un oubli qui ne revendique rien. Sans  humeurs, sans pitié, sans haine. Mais pas sans retrancher un spécimen  d’ignorance forcée de l’ensemble de l’humanité. On ne hurle pas quand des rides  précoces ont laminé un visage incarné du grain de la pierre, lissé du soyeux de  la laine de chevreau, enduit des onctions que poussent les vents chargés de ces  tentations auxquelles la chair fait intimement un bel accueil.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Chaque jour  les souvenirs de jeunesse, entre patrouilles les mains sur la tête et coups de  main nocturnes, arrachent à la vie périmée le masque parfois plaisant appliqué  aux saletés qu’il exonère. Masque de vie, masque de mort ? <span> </span><span class="EC_SpellE">Tzîl</span> disait vouloir voir en dessous son contraire. Elle  disait avoir tiré cette leçon d’une remarque que Jean Genet avait faite aux  palestiniens qui utilisaient une carte de fortune dont le nom d’Israël avait été  effacé. « Sous Israël n’y a-t-il pas la Palestine ? «.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La vie  était devenue à option. L’option contre l’alternative. Le petit commerce d’avec  soi fleurissait comme la mandragore au pied de la pendue. On aurait pu appuyer  sur la touche « une » plutôt que sur la touche « deux », sur la « quatre »  plutôt que sur la »six » ou inversement. On aurait pu sans que cela ne change  rien d’essentiel au cours de l’existence. <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> aurait pu. Mais les lignes avec la société avaient été arrachées. Elle ne  s’aventurera pas à demander des comptes à une comptabilité qui conserve au  secret le mécompte de ses forfaits. Le statut de la légalité et de la légitimité  n’est pas en débat dans la coulisse du pouvoir.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La caste  criminelle des généraux protecteurs et récipiendaires d’une partie des intérêts  du capital algérien cosmopolite avait en commun avec les acteurs de la tragédie  du califat mondial un goût avéré pour l’économie libérale. Les attentats  islamistes frappèrent ce qu’il restait d’entreprises publiques après les plans  d’ajustement structurel les privatisations, les liquidations. La dette  néocoloniale grossissait les rangs des « sans ». Alimentait pour une part les  rangs des combattants au sacrifice de Dieu. Les capitaux étrangers furent  épargnés tandis que syndicalistes, forces de progrès, intellectuels et artistes  étaient systématiquement pris pour cibles vivantes.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La quasi  ruine du marché intérieur généra les dérives mafieuses d’un commerce gris dont  les militaires </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_GramE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">et</span></span></span><span> les combattants de Dieu se  partagèrent la surface quitte à placer la criminalité en lieu et place  d’un<span> </span>contrat social mort-né.</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« Dix  septembre » si vous aviez un peu de conviction dans votre foi alléguée vous  prieriez afin que l’humanité ne soit pas une nouvelle fois réduite au spectacle  de l’affrontement de deux impérialismes. Je ne vous demande rien « Dix  septembre ». Au contraire je vous contrains. Je vous rétablis dans l’ordre de  vos mensonges concurrents. Je n’attends rien de vous « Dix septembre ». Demain  vous ne pourrez plus nier. Mais j’en suis sûr vous continuerez à mentir de plus  belle. Puisse Dieu vous laver un jour de vos mystifications et vous entraîner  avec ces eaux sales vers les eaux de votre Styx. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Tzîl</span></span></span><span> dit encore que la geste  intime ne connaît pas de ces revers mutilants dans une société du non dit. De  ses désastres liberticides rien n’est qualitativement mesuré qui altèrerait  l’optimisme officiel. Une ride n’a d’histoire qu’endogène. On n’attache pas un  discours sociologisant à un panel de ridules sans voix. On ne perce pas dans  l’épaisseur des accommodements intérieurs comme on fore dans la couche des  terres bitumineuses. Les incertitudes taraudent davantage. C’est bien assez à  une économie des sables du mensonge qui filent entre les neurones des plus aptes  à la résistance. La perversité de cette économie est sans bornes à qui n’a qu’un  œil pour voir devant soi ce qui a tramé dans son dos. Devant soi n’a de sens  qu’au prix qu’on sache y mettre ce que le désir, l’écureuil du destin, a  patiemment et lucidement épargné de l’exercice de toutes les avanies.</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata a  appris que les admonestations officielles ont fourvoyé la parole des discours et  les discoureurs hors du champ de leurs propres ambitions. On ne peut soutenir  que tout va mieux, ou que tout va mal, que tout est réglé ou en voie de l’être  et proposer la paix sociale, l’effacement, l’oubli et puisqu’on y est le pardon.  Le pardon n’a pas d’histoire. Il ne prend rien en charge et laisse les victimes  à leurs espoirs déçus. Le pardon c’est l’autre façon de dire qu’on n’a jamais  été autre chose qu’un traître auto délivré du rappel de ses propres crimes. Le  pardon est en l’espèce une forme de complicité de crime contre l’humanité. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Habilement  on agite l’oubli, le refus de l’oubli, dont on a fait un repoussoir. La  manipulation demeure. Rien n’a été dit ou fait qui donne un statut à la  souffrance. L’habileté diabolique c’est d’avoir fait de la souffrance une norme  au même titre que la virginité. Les états totalitaires ont décisivement placé un  signe égal entre deux états de l’histoire de la femme qui sont sans relation  entre eux. Sans relation de nature ni de projet. Les états totalitaires  manipulent les origines la durée conformément à leur objectif de poser le  principe d’un contrôle social et ontologique sur les femmes. Ici on n’étudie pas  aux fins d’établir une typologie, de mettre au point une sociologie. On assoit  l’entreprise machiavélique sur l’état de nécessité que crée la recherche de  l’acceptation sociale. Du côté de la lutte pour la mainmise sur les consciences  les guerriers sont nombreux. Tous ignorant les règles de la guerre mais pas ses  vertus supposées. Tous armés des régals de la gagne pour le contrôle du marché.  Enrôlés dans l’armée de réserve la conscription des chômeurs, ou dans le djihad  prometteur des concurrents masqués des foules de jeunes hallucinés et  vengeurs.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« Pour qui  sonne le glas ? » avait écrit Hemingway. Lorsque le muezzin appelle à la prière  à qui s’adresse l’injonction de l’éternel retour au chemin menant à Allah ? Bien  des femmes algériennes montrèrent qu’au silence il ne manque pas nécessairement  la parole. Une parole de femmes intérieurement reconstituée chaque jour après  chaque jour que d’inspiration convergente les pouvoirs algériens aient réactivé  leurs plans d’asservissement de la femme dissociée.<span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il est de  temps à autre arrivé que les démocraties trouvent à redire à tout cela. Voire à  s’en offusquer. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Toujours  les variations des cours du pétrole inquiètent. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Au premier  matin les sourires de <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> n’y suffirent pas. Je  fus reprise de tremblements. La crise s’estompait puis reprenait. Je restai  prostrée face au défilé des images de l’horreur. De longs moments d’asthénie  s’ensuivirent. Je pris le thé comme une automate. Dehors le bruit ascendant de  la circulation des personnes et des véhicules appelait au réveil du réel  collectif des vies mécaniques. Désoeuvrées. Encadrées. D’errance intéressée au  salaire de l’ordre. Trop vives pour n’être que de démarche empressée. Fières des  deux arrogances se partageant la scène du théâtre de la rue. La lecture de  l’espace public obéissait à un code dont je n’avais pas les clés. Seuls les plus  jeunes des enfants, insouciants et bateleurs aux borborygmes, faisaient tomber  sur la tragédie un rideau de scène renvoyant l’opinion à mieux se pourvoir  ailleurs qu’à la digression du sans appel. L’héroïsme d’état salariait des héros  ordinaires aux dépenses extravagantes. Les héros de l’ombre confiaient à la  houri le soin d’honorer la garantie contractuelle coranique post  mortem.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Tout cela  me faisait plus mal encore. Ma douleur était enclose au moucharabieh de fortune.  Ma douleur se défendait en se retournant contre le corps qui l’emprisonnait. Ma  douleur était là guettant la moindre faille qu’un défilé de synapses aurait  activé. Ma douleur tremblait sous elle-même du prix qu’elle avait à me faire  payer sans que je puisse honorer la première échéance même.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’acquis la  certitude que je ne serais plus jamais exonérée du remboursement de ma créance.  Le sort réservé à la femme bafouée c’est la condamnation à vie. L’inversion fait  de la victime son propre bourreau. Peut-être jusqu’à la haine de soi. Qui sait  peut-être jusqu’à ne plus avoir que l‘aveuglement pour moyen de monnayer sa  survivance ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Tzîl</span></span></span><span> se taisait. Marchait  dans sa robe kabyle à la manière d’une martyre, plutôt d’une sainte, au dessus  des nuages. Je pensai qu’elle avait franchi d’un pas d’allégresse, d’un seul  pas, ce côté-ci du monde qui ne l’avait pas voulue. Qui pour elle n’avait formé  aucun vœu. Ouvert aucune fiche originale. Pas de ligne de crédit. Pas de  promesse d’engagement. Pas de formulation de vœux. Allah a donné des  prescriptions dans lesquelles la Raison d’Etat a puisé. Les a transformées en un  blot de convenances aléatoires. On reconnaît la Raison d’Etat à cela qu’elle  s’incarne successivement, alternativement dans tous les retournements.  <span> </span>La Raison d’Etat a une âme nomade. Elle accorde à l’immobilisme la  petite claque faussement amicale qui sied à la manifestation de l’autorité sans  limite. Le nomadisme d’Etat est une ritournelle dont les couplets improvisent ce  que le refrain n’a pas épuisé. Le projet de conviction ne méconnaît rien de ce  qui lui est étranger. On dirait le mensonge. Mais on dirait aussi qu’on ne le  dira pas à ce moment, à cet endroit où il n’y a pas ou plus d’après. La  dynamique de la Raison d’Etat réside en cela qu’elle ne crée jamais d’après. Pas  d’après. Pas d’interrogations. Les mauvaises ondes. Les roulements de tambours  de la Raison d’Etat se déplacent dans son espace naturel sans obligation de  rien. Sinon de la réussite et du bonheur de l’accomplissement fétide. </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata  avait beaucoup subi de ses multiples aventures. Elle avait aussi beaucoup  appris. Le temps n’était plus à lui demander si le prix lui semblait trop élevé.  C’eut été la renvoyer sous d’autres cieux en d’autres circonstances dont elle ne  maîtriserait pas obligatoirement tous les après coup. Un temps je m’étais  interrogée. Où avais-je situé la survivance coloniale ? Dans le rappel du passé  sans enjeu ? Dans l’induction de la supériorité de la civilisation occidentale ?  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;">La Guerre d’Algérie n’était pas  achevée.</span></span></em><span> </span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Savait-on  seulement comment elle avait commencé ? De Charles Martel à Charles X l’Histoire  de France officielle ce fut longtemps une vaste entreprise téléologique.  Irrésistible de bienfaits en bienfaits, sauf plus récemment quelques émergences  d’entreprises totalitaires telles que la Révolution Française et dans une  moindre mesure la « Commune de Paris » dont au demeurant la même Histoire  officielle ignora de longue date jusqu’à l’existence même. Un journaliste de  France Culture n’hésita pas à demander à un de ses invités, spécialiste des  demandes victimaires, si certains aujourd’hui ne pourraient pas demander un  préjudice pour les « crimes de la Commune ». L’autre avec assurance répondit  que : « -Oui, bien sûr, c’est tout à fait possible. » L’Histoire officielle  avait reconduit une vieille pratique des dictatures avec l’inversion des  origines et des responsabilités. Que les Communards aient ouvert un champ de  législation de nouveaux droits sans précédent, qu’ils aient défendu Paris contre  les armées d’invasion et de collaboration méritait avec le mépris le vilain nom  de crimes ayant nécessairement fait des victimes. Restait encore à trouver des  ayants droit peu scrupuleux ainsi que des descendants des criminels à qui  demander des comptes ! A’ ce jour à défaut de la manifestation d’éventuels  ayants droit ceux-ci n’ont pas demandé de comptes. Peu importait au fond puisque  l’Etat de droit était pérennisé jusqu’au cœur de l’ignoble. L’Etat de droit  servait aussi à cela : au blanchiment par retournement des crimes commis contre  les peuples. Il ne fallait plus le dire. Plus même le penser. L’Etat de droit  était devenu, mais pas seulement, un garde chiourme dans une galère où on ne  ramait pas à tous les étages…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  <span> </span>Guerre d’Algérie « prend sa source dans le non-paiement, sous  l’Empire puis sous la Restauration, de livraisons de grains au Directoire, pour  7 942 992 F. or dont 350 000 F. dus au bey, représentant en 1827 avec les  intérêts accumulés quelque 24 millions or, dont 1,25 dû au bey. »<a name="_ftnref6" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn6"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[6]</span></span></sup></span></span></sup></span></a></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  persistance des variétés de bricolages idéologiques de l’aveuglement généralisé  ne concédait rien qui soit de nature en altérer la fonction sociale. La mauvaise  conscience et la bonne ne faisaient qu’une. La mauvaise créa du silence sur les  crimes coloniaux puis de la parole jouissive tirée des échecs de la Révolution  Algérienne. La bonne mit l’accent sur les ruines de la mission civilisatrice et  déplora l’état prospérant de barbarie. <span> </span>Dans les deux cas la perte  de l’Algérie par la France était une catastrophe pour la France et ce faisant  pour l’Algérie et ces deux départements français. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La juste  médaille décorative remise à Ahmed Ben <span class="EC_SpellE">Bella</span>,  premier Président de la République Algérienne, pour sa participation à la  terrible Bataille de Monte Cassino n’efface pas la monstrueuse élimination des  communistes et d’autres lueurs laïques par le FLN. D’ailleurs il y eut à tout le  moins une forte convergence criminelle entre les assassinats commis par l’armée  française contre les laïcs français d’Algérie et ceux organisés par le FLN  contre les laïcs algériens. Consciemment ou non les ennemis du jour préparaient  l’avenir ! L’utilité des fins justifia que les pires moyens furent employés dans  les deux camps. Le colonialisme français se préparait à l’exercice du principe  de jouissance. L’Algérie bientôt victorieuse mais exsangue sur tous les plans  s’effondrerait reconstituant symboliquement le potentiel de crédibilité  civilisatrice perdue. Exonérant les défaits de toute interrogation masochiste !  La présence française était donc conforme au sens de l’Histoire.  <span> </span>Seule la barbarie pouvait s’abstraire du processus. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  missions civilisatrices n’étaient donc pas infaillibles. Ce tissu de crimes  d‘échecs et de non dits est au centre de l’imaginaire politique français  installé durablement à la manière d’un cancer déployant sans fin ses métastases. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  nouveaux Algériens ont, en quelque sorte, dès l’indépendance, contracté une  nouvelle dette qu’ils n’ont pas fini d’honorer. Cette dette est le résultat  d’une manipulation intellectuelle que deux consciences telles deux chiens de  garde encadrent.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Tzîl</span></span></span><span> marcha pendant des  jours. Mais pas plus de cinq ou six d’après mon souvenir. Chacun de ces jours  apporta un lot de nouvelles me concernant. Plutôt bonnes. La « cousine » du  consulat français allait faire le nécessaire. Un peu de temps. Oui bien sûr un  peu de temps. Les journées étaient trop longues à une qui se ressentait tantôt  malade, tantôt inutile. La maladie c’était mon affaire. L’inutilité c’était le  lot que j’imposais à tout le monde. J’eus cette pensée rassurante à moi-même.  Une construction banale, convenue, n’aidait en rien à m’extraire de deux  situations successives de rupture auxquelles je n’étais pas préparée. Je pensais  souvent à Ali. Tout était bleu dans mon souvenir : ses yeux, son sourire. Une  semaine à peine suffisait à fabriquer un souvenir. A’ transformer une brève  rencontre humaine en une réminiscence. La survie ce fut cela aussi avec la  transformation du proche présent en passé immédiat. Ou bien l’inverse. Le proche  passé s’était changé en présent immanent. Le deuil des occidentaux. Non ça non.  Non je ne veux toujours pas d’un deuil pour Ali. Peut-être n’a-t-il pas eu une  digne sépulture ? Non que sa famille n’eut pas les moyens de lui en procurer une  mais qui sait si on n’avait pas soustrait son corps au sinistre décompte ? Non  pas de deuil. Mais une sépulture digne où me recueillir un jour avec l’accord de  Dieu. L’accès des cimetières n’est plus vraiment interdit aux femmes. Dieu est  au travail mais le prix qu’il réclame à ses échantillons d’humanité d’Algérie  est indigne de lui. Dieu ferme t-il les yeux sur les crimes qu’on commet en son  nom et sur ses femmes que les mauvais sorts ne dérobent plus à l’expression  publique de leur prière ?</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">A’ quoi bon  Hélène remuer tout cela ? Ce monde est plein de cousines inconnues. De plaques  sur des boîtes aux lettres. De téléphones à répondeur. De boîtes aux lettres  Internet qui se vident comme par miracle. De signes de bienvenue. De mots sans  questions saugrenues. De sourires sans arrière pensées.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De  propositions sans calcul. Les cousines ont parfois la voix mâle. On croirait des  cousins !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Un matin  avec <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> nous descendîmes les marches. <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> pleurait à petits sanglots que son hijab de  convenance absorbait. Mais peut-être que je n’avais rien voulu voir. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous  marchâmes jusqu’au consulat. La tête me tournait. Au dehors les bruits des  substances du dehors encerclent les corps sans lâcher <span class="EC_GramE">prise</span>. Les urbains sont un butin. Un butin que la ville  gloutonne happe par tous moyens. Bus. Administrations. Police omniprésente.  Regards vindicatifs ou soupçonneux. Cafés monomaniaques. Terrasses borgnes.  Taxis collectifs. Petits trafics en tous genres. Règlements de comptes à  l’étouffoir. Presse sous contrôle. La vie est organisée au spectacle de sa  propre mise entre parenthèses. La vie sous contrôle est accoutumance. Un état  que la survie a déjà concurrencé sur tous les terrains où les forces de mort se  <span class="EC_GramE">disputent</span> le pouvoir réel sur les mots et la  formation des objets. La répétition des incantations virtuelles réduit  magiquement les tensions entre les deux pôles de la terreur. Les esprits  maintenus en état d‘anesthésie quasi générale s’épuisent à la maintenance du  simulacre du mouvement de l’autonomie des corps. Les apparences sont d’abord  cruelles. Puis elles ne sont plus qu’apparentes. Puis elles ne sont plus à  nouveau que cruauté. Tout cela est trop insupportable. Se dégager de l’emprise ?  C’est dans l’intime de la renonciation provisoire, à la plénitude de soi-même,  qu’une issue est mise en attente. L’écureuil des viatiques et la cigogne des  projets n’hibernent pas. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Rien ni  personne ne semble en juste mesure de gripper les rouages de la ville. Ces  objets dont les bruits et les silences agencent cyniquement les artifices de la  non représentation de l’occulte n’ont ni patience, ni pertinence, ni affabilité.  La schizophrénie est à la non société civile ce que la répudiation est au droit  de la personne. <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  entreprises militaires convergentes de mise en œuvre du décervelage généralisé  trouvaient dans l’épaulement synchrone la bonne mesure à toutes les perpétuités. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">N’est-on  pas au moins un peu responsable de ses propres souffrances ? Si j’en juge à  l’insistance qu’on met à nous le rappeler je dirai plutôt que non. En tout état  de cause je n’avais rien mérité de tout cela. L’idée que j’allais laisser les  sœurs derrière moi dans le bruit et la fournaise d’une urbanité contrôlée par  les forces du mal me parut être une trahison. Elles m’avaient poussé vers  l’exil. Elles m‘avaient poussé vers un autre exil. <span> </span>Parfois je  doutai mais au fond de moi une voix me disait qu’elles avaient raison.<span> </span>Elles avaient raison puisqu’elles m’avaient aimées simplement, mues par  un désir de vie qui les retenait là où aucune promesse n’avait à mes yeux acquis  le statut d’intime acquiescement. Nous <span class="EC_SpellE">nous</span> déchirâmes longuement au seuil du consulat. J’invitai <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> à prendre une place non usurpée dans la longue file  d’attente. Je la vis disparaître. Plus même une ombre. Pas encore un souvenir.  Trop tôt. Il est toujours trop tôt à qui n’a devant soi que la fragilité des  relations humaines. A’ qui n’a entre les mains que le bris d’un crayon sans  histoire. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La grande  ville est goulue d’un défilement obsessionnel de simulacres médusés. Je m’en  écartai brutalement. Je surmontai une nouvelle crise. C’était devenu moins  difficile car j’avais appris à en déceler les prémices. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  « cousine » s’appelait Valérie.<span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata fut  prise d’un soubresaut suivi d’un long frémissement. D’abord <span class="EC_GramE">surprise</span> par la soudaineté de sa réaction à son propre  récit je la pris par les épaules. Aminata fit un effort important pour placer  son bras raidi autour de ma taille. Encouragée par le souffle rauque d’un «- ça  va mieux ! », je pris son poignet qui enserra ma taille. Je sentis sa raideur se  défaire doucement, un début de chaleur rayonnante parler pour nous deux d’un  autre monde. A’ tout le moins d’une autre histoire. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pourquoi  faudrait-il perpétuer cette dichotomie ? Parce que la personne avait un droit  attaché à elle-même la société parlant au nom de toutes avait tous les droits ?  La société est une économie du droit obstinée. Une économie réductible à ses  propres objectifs. Lorsque le contrat prend la couleur du social c’est que le  « grand designer » est en panne d’imagination. Lorsque le « grand designer » est  en panne d’imagination l’économie du droit le rappelle à l’ordre. Lorsque le  « grand designer » est rappelé à l’ordre le contrat resurgit au cœur de la  problématique de l’économie du droit. Avec sa résurrection le droit vrai  repousse derrière lui la pierre fermant quoi et où on n’a pas sorti la personne  de sa responsabilité/culpabilité. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Jésus a  relâché derrière lui ces péchés qu’il avait cru tenir en laisse. Que l’humanité  s’en débrouille puisqu’à ses chaînes elle s’accroche ! Judas n’a pas trahi par  son acte de reconnaissance il a seulement libéré ma part de divinité du joug  qu’un ordre naturel n’excuse ni ne culpabilise. Que l’humanité débrouille les  fils dans l’entrelacs de ces mauvaises actions ! Le « grand dessin » originel  lui a légué le message. Que les hommes de vertu de la loi en révèlent les codes  secrets ! Que tous s’y plient et que tout soit de la géniale veine !  <span> </span><span> </span><span> </span><span> </span><span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nous  reprîmes le pas doucement. Les manifestants s’enquéraient d’un regard ou d’un  mot d’invite à comprendre la situation. Non cela n’était pas grave. C’était  passé ou presque. On a inventé les postures banales pour suggérer la gravité. La  nécessaire retenue qui l’accompagne. L’assurance d’une situation certes  difficile mais sous contrôle. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  décalques sont souverains jusqu’à l’aveuglement. Les lieux communs à infusion  lente sont impétueux jusqu’à l’étranglement. La certitude est bien trop légère  pour n’être pas partie au procès du fondement. Le « grand dessin » a renoncé au  doute avant même d’avoir soupçonné son existence. Ainsi va que tout a été dit  qui ne saurait être que chanté. Quelle louange n’aura pas connu de l’onction  originelle l’apaisement divin sinon dans le triste reniement ? Quoi vous  n’auriez d’autre foi qu’en mécréant distrait du moindre scrupule à se soucier du  lointain créateur et rassurant ?<span> </span><span> </span>De quel surplomb magnifique  prétendez-vous chercher à détenir une autre légitimité ? Quelle contrebande se  serait-elle faite tant séductrice que vous n’auriez pas su y déceler les lois  bravaches d’<span class="EC_SpellE">Hypnos</span> ? Vous n’auriez que ce combat là  à mener contre le mystère didactique des voies tracées ? Quel péché d’orgueil  auriez-vous armé qui ne tiendrait compte que du résultat de ses propres  batailles en champ clos ? Votre univers personnel vous paraît-il si immense  qu’il n’ait qu’à se réjouir de ses propres lois ? Cherchez plutôt dans  l’originelle lumière l’éclairement de vos doutes ! Le « grand dessin » vous  embarque, vaisseau amiral, dans son sillage lumineux…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  inepties corrompent tout ce que de la chair l’évolution a fait expérience puis  empirisme. Critique puis philosophie. Philosophie puis philosophie pour  l’action. Hélas le « grand dessin » ne perdra pas de sitôt couteau, pinceau et  palette. Dieu et le marché y veillent ensemble et de temps à autre  concurremment. Il est vrai que le Dieu des monothéistes est multiple ! Il est  vrai que les dieux du monothéisme sont nombreux ! Que la dynamique des ego est  un élément clé de toute prospérité ! En un mot Dieu et le marché sont plus  grands qu’eux-mêmes !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">C’est mon  nom qu’on appelle. Je me dirige vers le guichet où je reconnais Valérie entrevue  la veille au soir et venue m’apporter la liasse de documents nécessaires à la  délivrance du visa touristique. Valérie est consciencieuse. Elle vérifie une à  une les pièces que je lui fournis. Semble hésiter. Procède par retour en  arrière. Pose une ou deux questions dont je comprends le sens médiocrement.  J’avais reçu des consignes pour jouer un rôle approximatif. Dire quelques mots.  Hocher de la tête. Pointer l’index vers tel ou tel emplacement de tel ou tel  document. A’ l’époque les conditions de la délivrance d’un visa touristique ne  s’apparentaient pas encore aux critères de la réussite à un examen de français  du niveau de la seconde ! <span> </span>Valérie me demanda de patienter quelques  minutes. Elle s’éloigna du guichet. S’entretint avec une femme plus âgée en  tailleur derrière son bureau de chef de service. La femme me chercha du regard.  Mon apparence avait-elle quelque importance à ses yeux ? Puis je devinai qu’elle  fit oui et rendit les documents à Valérie. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je  n’affirmerais pas que Valérie fût souriante. Elle me fit un signe  d’acquiescement de la tête alors que je sentais la crise en état de me menacer à  nouveau. L’épreuve administrative ne fut pas moins intense que toutes les  autres. Pas moins dangereuse en cela que, je le compris beaucoup plus tard, les  tensions entre le vrai et faux, entre la vérité et le mensonge, entre les  apparences et le réel, sont une terrible source de souffrance commune. Je ne  maîtrisais pas encore la technique du balancier qui fait avancer, malgré tout,  sur un fil de pas grand-chose une vie de presque trois fois rien.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Reviens  à treize heures trente, dit elle. L’attente sera moins longue. Je ferai ça ce  midi. Ma cheffe a </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_GramE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">fermé</span></span></span><span> les yeux. Elle est  humaine autant que les quotas le lui permettent. »</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’avais  retenu treize heures trente avec certitude. La crise avait reflué. Deux heures  ne sont pas une éternité. Avant je n’avais que le soleil pour me représenter la  durée des jours et si peu de saisons pour engranger une année de plus. Je  commençai à vivre qu’on pouvait mesurer le temps d’une autre manière. Qu’on me  le compterait. Qu’on l’économiserait. Qu’on lui donnerait une variété de sens  auxquels s’attacheraient des données prévisibles mais aussi des contingences  sans indication de provenance. Sans disponibilité. Sans rêve  enfin.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ils avaient  tué le temps au sens propre et au sens figuré. Celui de la pleine adéquation de  temps avec l’espace. Ils avaient détruit mon carnet de vie et ses souches  originelles. L’exaction militaire s’était imposée à la morale de la société  civile. La surprise de l’irruption puis la prise des corps fondaient le droit  nouveau. L’effraction militaire s’était transformée en un brutal apprentissage  anticipé de la civilisation industrielle. Ce que j’ai découvert depuis m’incite  à formuler une appréciation plus nuancée de ce qu’il est convenu d’appeler la  société post industrielle. Toujours apprendre les conventions. Règle  incontestable.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  militarisation de la langue avait rehaussé le prestige de la pensée magique. La  pensée magique c’est l’absence de pensée qui tient lieu d’explication là où la  Vertu, la Raison, la Démocratie et le Progrès n’ont pas encore sillonné les mers  où l’on baigne la culpabilisation des mots qui dérangent. Les continents où l’on  dresse incidemment des statues mais plutôt des tapis de salles de bain aux  contrefacteurs. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les fraudes  à la rigueur, à la sensualité du sens, n’occupent plus qu’une minorité  d’illuminées ringardisées par le nouveau courant dominant du crétinisme  commercial banalisé.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Mais  peut-être était-ce l’inverse ou bien encore avait-il existé un objet regroupant  sous un même intérêt la langue guerrière et la langue magique ? Puis par  nécessité comme pour l’ancêtre de l’oeuf et de la poule, s’étaient séparés afin  d’acquérir plus d’autonomie. Mais la matrice originelle n’avait pas pour autant  renoncé à sévir. Au contraire sa prétention allait croître en parfaite symbiose.  La poule ferait un œuf et l’oeuf une poule. Et ainsi de suite. La guerre  s’appuierait sur les tours de passe passe de la pensée magique. La pensée  magique viendrait au secours des impératifs de la guerre. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De loyaux  services mutuels, rendus, ouvrirent une destinée d’ampleur. Guerres chaudes.  Quel bonheur ce fut jusqu’à la triste affaire de Nagasaki/Hiroshima ! Quelle  idée ! Mais quelle idée Bon Dieu ! Quelle mauvaise idée ! Faire entrer, dans les  maigres cerveaux des idées communes, la fin de l’irrationnel guerrier, quelle  honte ! Désarmer ce faisant la pensée magique ! Quelle monstrueuse idée ! Quelle  monstrueuse idée honteuse !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qu’on en  finisse enfin de cette gabegie ! Trouvez-nous quelque chose pour nous sortir  d’Hiroshima ! De ce piège terrible où l’utopie communiste retient contre son  gré, à tout le moins, l’expansion du capital ! Soyons clairs ! Et notre taux de  profit Bon Dieu ! Allons donc vous avez lu Marx et sa terrifiante entreprise de  déstabilisation : « la révélation de la baisse tendancielle du taux de  profit » ! Nous sommes en mille neuf cent quarante cinq Bon Dieu trouvez-nous  quelque chose ! La guerre froide ? Vous avez dit « froide » ? Pourquoi  « froide » ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Si tu  veux la paix prépare toi à gagner de petites guerres locales. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-D’où vient  qu’on me tient des propos incohérents ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Cela vient  de ce que je te vois <span class="EC_GramE">déconcerté</span>. J’en essuie à <span class="EC_GramE">grand</span> peine quelque peine. Quelle stupeur t’aurait frappé  sans égard pour la préséance ? Ne vois-tu point mon insistance à ne rien  concéder au regrettable abandon des anciennes postures ? Quelle mise à jour  serait sans dette à l’égard de ses mandants ? A’ quelle rupture voudrais-tu  accorder plus de crédit qu’il n’en aura fallu à l’épanouissement des mensonges  postérieurs ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Les mots  manquent. Je n’ai pas tout ce temps, que je me compte, qu’il faudrait pour mieux  faire d’en inventer de nouveaux. Recyclons les anciens ! Ils sauront bien nous  servir avec cette même fidélité, ce même intéressement qui nous <span class="EC_GramE">lient</span> depuis si longtemps. Ouvrons, libéralisons les  champs sémantiques avec la recherche des nouveaux marchés ! Partons à la  conquête du futur lexical des possibles contractuels ! Donnons des gages aux  états de droit ! Les démocraties nous appellent ! Répondons à leur demande par  une offre diversifiée ! Innovons dans la recherche de nouvelles gammes de  produits de manipulation idéologique ! Que Diable ! Pardon ! Pardon ! Je voulais  dire : « Chassons le diable et ses prétentions à paver de bonnes intentions les  cours de nos Palais ! Nous <span class="EC_SpellE">nous</span> en chargeons ! A’  investir dans les opérations financières spéculatives contre l’économie réelle  !<span> </span>A’ ruiner les cours de nos Bourses ! A’ exploiter le tiers  monde ! Nous <span class="EC_SpellE">nous</span> en déchargeons sur les  gouvernants corrompus ! ».</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Ouf ! La  guerre froide est terminée… Mais les mots manquent toujours à qui n’a pas ou  plus avec sa force de travail à valoriser les mots du lexique de sa liberté. A’  apprendre pour s’extraire de la barbarie multiséculaire puis à inventer pour se  libérer tout à fait un lexique d’égalité continue. » </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Deux heures  devant moi. J’avais deux heures devant moi. A’ Alger le temps est plus long qu’à  Sevran. Oui ce sera Sevran. C’est où ça Sevran ? Plus longtemps pour une jeune  femme seule désorientée. Incapable de se présenter dans un café, pas faute de  quelques sous qu’elle n’aura pas à rembourser malgré son engagement, sans y être  aussitôt mal perçue. Il y a bien des lieux de rendez-vous où les sexes se  mélangent en contrepartie de l’ostentation d’un minimum d’aisance financière. La  débauche des classes moyennes est alcoolique. La virginité résiste tant bien que  mal. Comment subvertir la norme sans en subir durablement le contre coup ?  Question sans réponse alors que le mariage ne fait plus les affaires d’antan.  Non que les mariages ne soient plus jamais arrangés. Mais les droits que la  Constitution Algérienne a ouverts symboliquement ont tourneboulé quelques têtes  bien faites qui ne s’en lassent pas. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’avais  devant moi deux heures pendant lesquelles tout pouvait être interprété contre  moi. Les tours et les retours. Le pas lent. L’absence d’indication  directionnelle vraisemblable. La mandarine et le loukoum tirés de nulle part.  Une petite valise à bandoulière que je serrai dans l’espoir de me donner une  contenance. Et avec elle ce qu’il faut de crédibilité pour n’être pas  importunée. Treize heures je décidai de me présenter devant la porte du  consulat. Je jetai un coup d’œil à l’intérieur et crus reconnaître Valérie  dossier sous un bras et sandwich dans la main. Silhouette rousse. D’un roux  henné.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Fauve ou  ocre. Plutôt roux. D’un roux universel que la nature ou la mode imposent. Après  coup je me dis deux choses. La première que je n’imaginais pas les françaises  comme cela. La seconde que je n’avais jamais <span class="EC_GramE">vu</span> de  françaises ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La file  grossissait. Des hommes de tous âges mais pas de vieux. Plutôt des jeunes. Je  n’aimai pas leur regard pourtant aucun ne manifesta d’agressivité ni  d’impatience. De l’interrogation sans doute. Quelles questions pouvaient les  retenir de me parler ? Quelle convention les retenait d’avoir une demande, une  histoire, une opinion ? L’unicité de l’humanité se cognait dans le mur frêle  d’un défilé d’échantillons convaincus de n’être plus rien au pays. Qu’un  réservoir à souffrances. Qu’un fusible déprimé. On n’autorise pas l’élite à  émigrer. Mais on n’a rien à lui offrir, une éventuelle grève de la faim, une  menace d’immolation, sinon la brève respiration d’un visa touristique  d’hypocrisie convenue.<span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je décide  de garder ma place. Cela me détend. Cela me réjouit. Même pas de hijab. Chez moi  on n’en porte pas. Seulement de quoi habiller les cheveux et masquer la bouche.  L’horizon a besoin du regard.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’oasis ce  n’est pas l’oliveraie ou tout autre champ d’agrumes bornant le champ de  vision.<span> </span>L’oasis c’est l’insouciance. Une station école du  détachement. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La porte  s’est ouverte. Une humeur rousse et souriante me chuchote : « -Entre c’est  fait ! » J’ai compris. Mes jambes ne me portent plus. C’est donc si simple  l’arrachement administratif ? C’est donc si douloureux l’arrachement affectif ?  Je ne suis plus qu’une automate. Valérie prend mon bras du bout des doigts. Je  comprends que ça n’est pas le moment. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Après la  fin de la guerre froide et la mort du communisme il y avait encore la guerre des  mots. Cette guerre là était rétrospective et novatrice. Les spectres sévissaient  encore dans les esprits. Il fallait donc les gausser, peut-être les conjurer, et  prévenir. Surtout trouver les mots qui vantent la guerre préventive. Guerre à la  guerre. Ils ont retourné le slogan à leur profit. Ils ont inventé de nouvelles  fictions. Les désastres du capitalisme sont à la marge. Rappelle toi ma sœur. Tu  sais la marge, les hippies, les <span class="EC_SpellE">wippies</span>, les  pétards, les concerts de l’amour libre spectacle. Ils ont recyclé la marge. Ils  l’ont injectée dans le procès de production du décervelage intellectuel !  L’esthétisme a envahi le lexique. Les plans sont « sociaux ». Les licenciements  sont « préventifs ». <span> </span>Les « liftings » sont devenus nécessaires.  Bref avec la fin de l’Histoire, associée à la mort du communisme preuve s’il en  était besoin que le communisme a bien partie liée à l’Histoire, l’Histoire bon  gré mal gré était repartie de plus belle ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">D’ailleurs  le capitalisme moderniste avait rompu avec la fin de l’Histoire. On ne sait  jamais ce que l’avenir nous réserve. Aussi valut-il mieux réintroduire  l’Histoire dans le jeu dominant de la nouvelle idéologie. A’ la condition  toutefois de maîtriser les nouveaux paramètres. Tout était nécessairement  nouveau puisque après la fin de l’Histoire celle-ci était repartie sur de  nouvelles bases. Il fallut donc paramétrer, formater, cerner, séduire enfin.  C’est ainsi que le capitalisme retrouva la nouvelle idéologie, c&#8217;est-à-dire  l’ancienne, et toujours sienne, que des dizaines d’années de plus ou moins de  keynésianisme avaient de manière variable repoussée vers des terres moins  accortes d’un compromis d’attente. Cela ne l’exonère en rien du maléfice de ses  nombreux crimes passés de gommage en lifting aux oubliettes de l’Histoire  sociale. On ne se découvre pas avec la critique du passé. On prévient tout  retour des forces nuisibles à son idéal. <span> </span>L’obsession rituelle de  pérenniser le forçage de la réification des consciences, sur le modèle empirique  du marché qu’exige la société de la convoitise des objets, bauge au sein d‘un  empilage de lieux communs. Le bon sens. La prudence. Les valeurs simples. Je  parle de celles porteuses de réflexions à objet de destruction massive des sens  d’Egalité et de Fraternité que l’Histoire populaire a fondés. Défaire de manière  cynique les représentations mentales de son réel de lente, douloureuse, heureuse  et contradictoire élaboration. L’assignation de la destinée aux objectifs de  rentabilité du capital n’aurait plus à souffrir de la concurrence d’une  alternative de progrès renouvelé.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Finie  l’irrésistible téléologie d’antan. La Révolution Française, qui vit pourtant le  triomphe de la bourgeoisie, ne fut rien d’autre que la matrice des entreprises  criminelles de progrès du vingtième siècle.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ainsi donc  Charles Martel ne pouvait plus s’interpréter en grand précurseur du danger  islamiste ! <span> </span>Jeanne d’Arc, la demi sœur présumée du Roi de France,  avait certes fait son devoir mais sans conscience du fait que la singularité de  ses origines populaires la discréditerait au forum des idées généreuses. Au  demeurant elle avait bien mal fini… Robespierre un malade. Saint Juste un  totalitaire. Marat, Hébert des démagogues. Aujourd’hui on dirait des cafards.  Charlotte <span class="EC_SpellE">Cordet</span> une femme du peuple inspirée.  Fouquier-Tinville un sanguinaire. Mesdames Roland et d’Epinay des putes de  luxe ! Diderot le grand penseur de la pensée pré totalitaire ! Ici reprendre les  noms cités par X. Quoi ! On cherche à me piéger ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il faut  redouter et débusquer partout la persistance stalinienne !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Bonaparte ?  Un visionnaire. Hugo ? Un rêveur menacé, gagné peut-être par la syphilis !  Bismarck l’intelligence des lois sociales faites Homme ! Darwin un allié  objectif du marxisme ! Parlez-moi plutôt de Spencer ! <span> </span>Louise  Michel ? Une débauchée bisexuelle. Manipulatrice. Arrogante. Une authentique  école de sournoiserie ! Jaurès ? De la litière pour les écuries de la dictature  communiste ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Dans le  moins mauvais des cas il faudrait apprendre à vivre dans la conduite banale de  ses frustrations. La prégnance de la somme des sollicitations à consommer de  l’objet est si multiforme qu’y échapper relève de la prouesse intellectuelle.  L’expansion du bonheur du marché est dans l’approfondissement de la frustration  massive. La criminalité de masse s’est policée, éthérée. Les flux de capitaux  procurent des sensations jamais auparavant connues. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Au  spectacle des défuntes exécutions publiques il fallait prendre part en tant que  personne. Qui sait si on n’avait pas aussi un cœur ? Une bouffée de civilisation  furtive qu’on identifierait à une bouffée délirante nécessitant une remise en  ordre ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les prisons  de l’ordre capitaliste sont pleines de schizophrènes. Celui-ci, qu’une caméra de  télévision a saisi au cours d’un entretien avec une femme médecin aliéniste, n’a  pas reconnu sa mère. Il avait devant lui le visage d’un « chinois » agressif. Il  a effacé le « chinois » comme les palestiniens de Jean Genet avaient effacé  Israël. Sous les apparences il y a le réel des rapports de production  capitaliste. Sous les apparences il y a les mythes pétris d’histoire longue et  archaïque. Sous les apparences il y a la mort de la mère. Sous les apparences il  y a que la société capitaliste, malgré la diversification des potentiels de  résistance, est terre de schizophrénie. Avec les apparences il y a la punition.  L’homme est puni au motif de confusion mentale. Où a-t-il pris qu’il saurait  rivaliser au florilège de la confusion mentale ? La schizophrénie se gère comme  une marchandise sur un marché ouvert aux pourvoyeurs. Les cibles une fois  atteintes doivent intégrer leur captivité définitive comme une norme de simple  humanité. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La petite  entreprise du « criminel qui décalqua » n’aura connu que la crise. L’échec  immédiat. La faillite personnelle. Tout est négociable sauf le principe du  contrôle de la confusion mentale ! Le contrat social rénové est à ce vil prix :  la punition par retrait du monde des survivants, la dictature éclairée, la  sociologie encadrée, la démocratie orientée, s’accorderont sur l’exacte démesure  de leurs emplois successifs, alternatifs, simultanés. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le criminel  ne savait pas que les chinois sont « nos amis » depuis que la Chine d’ »après  Mao » finance le gigantesque déficit public des Etats-Unis. Nos ennemis aussi :  après que le dépaysement d’une partie du travail de la classe ouvrière, sans  armes ni bagages, eut causé à juste titre bien des rancoeurs que le patronat  local attisaient. Le péril jaune n’avait pas complètement disparu. A’ preuve la  mort du « chinois ». A’ preuve les délocalisations compétitives. A’ force  d’apporter de nouvelles preuves après de précédentes preuves la citoyenneté  ordinaire commençait à se faire à l’idée qu’un surplus de preuve pouvait masquer  une absence de preuves susceptibles de justifier  l’injustifiable.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le droit à  la schizophrénie institutionnelle de masse contrôlée est un droit  imprescriptible. Sa généralisation est l’œuvre majeure au défi des décades à  venir. Ainsi soit-il.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;">Les <span class="EC_SpellE">désaliénistes</span> de la personne socialisée constituent un  danger pernicieux.</span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Mourir  toujours ailleurs et parfois ici pour une patrie sans frontières mais pas sans  appétits. Incontournables les exigences de la mondialisation ! Le vieux fantasme  morbide originel à prévalence mortifère immense, le retour aux fondamentaux en  quelque sorte, s’étend, s’étale, se déploie, se vante, se glose. On n’est jamais  si bien servi que par un réseau convergent de servilités de bonne extraction  « culturelle », de franche trahison sociale. Les originels, les traîtres et les  parvenus tiennent table ouverte sur la banquette au bistrot des petites actions  criminelles entre ennemis de libre complicité, d’alliances à durée déterminée.  Sur le marché des dépouilles de la vérité exsangue. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il fut des  époques d’où la recherche en liberté fit jaillir des foisonnements d’idées, de  l’humour, du blasphème, des espoirs, des droits de la personne, des acquits  sociaux. Il fut des époques où il fallut se préparer à ne rien perdre de tout  cela. Il fut des époques où nos aïeux subirent les créatures infernales de  l’Histoire. Elles n’avaient pas renoncé à leurs monstruosités. Il fut des  époques où de nouvelles avancées du progrès et de la démocratie libérèrent des  pays entiers d’une partie du poids des précédentes.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Par humaine  reconduction, d’un plein accord avec son essence profonde, le capitalisme a  entrepris avec un beau succès, non définitif, de mettre fin à tout cela. Les  feux de la guerre que les mots de la théorie et de la pratique de la lutte de et  des classes avaient allumés sont éteints. Les cendres recouvrent ce qu’il reste  de nostalgie. Cet éclat rougeoyant là on dirait un « <span class="EC_SpellE">foco</span> » qui n’en finit pas de ne pas  désespérer…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il n’y  aurait plus de marxisme que fétichisé, fossile. Le marxisme serait la seule  philosophie qui n’aurait plus d’avenir. Les philosophies meurent aussi. Veut-on  nous en convaincre par le silence ou la manipulation ? Un partage inégal des  certitudes rassure plus franchement qu’un contrat où le mot soumission n’est pas  écrit. Ce monde n’est pas si sûr qu’on puisse l’exonérer de toutes velléités  nostalgiques ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  décadence marxiste fut sommée de toutes parts, <span class="EC_SpellE">renonceux</span> et vieux sbires, d’accepter de se laisser  conduire au terme de son aporie foncière. Dans la complicité du silence  médiatique l’autodafé des thèses de la pensée marxiste avait eu lieu. On n’y  reviendrait pas. Le marxisme rendrait aussi les âmes puisqu’on les avait  accrochées au merveilleux du « brand ». A brand new <span class="EC_SpellE">ideology</span> <span class="EC_SpellE">had</span> been <span class="EC_SpellE">taking</span> off ! Une idéologie de « classe » avait pris son  essor !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Certes le  dernier chapitre n’était plus aussi définitivement écrit. Marx et Engels étaient  encore de quelque utilité. Gramsci convoqué par un Président ! Les théoriciens  de l’ordre des frustrations généralisées productives étaient gagnants. Les  nouveaux intellectuels organiques font leurs classes d’humanité dans les « <span class="EC_SpellE">think</span> tanks » du patronat. Puisque l’ennemi est mort qui  a pensé, regardons donc comme dans le ventre du « chat chinois » ce qu’il a  préservé dans le putride qu’on pourrait retourner contre les incrédules !  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« Il est  interdit d’interdire ! ». « Profitez sans entrave ». « Le viol des consciences  n’est pas un crime ». « Ne touche pas à mon essence ! ».</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Valérie me  désigne le guichet où je dois me présenter. Elle est calme, souriante mais sans  excès. Un sourire discret n’attire pas l’attention. Pas le moindre soupçon de  quoi en éveiller précisément. Mon dossier est prêt. Valérie me présente le  document et me rappelle à mes obligations. Trois mois pas plus et pas de  prosélytisme surtout. Pas d’action susceptible de me valoir des ennuis : une  reconduite à la frontière. Je savais tout cela. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Même si je  ne comprends pas tous les mots je fais oui de la tête. Au fond de moi cette idée  que je ne suis presque rien sinon une photo sur un document français  m’autorisant à n’être pas grand chose c’est rassurant. Je voudrais être  transparente, translucide plutôt. Qu’on y voie rien de mon objet réel. Qu’on me  laisse jouer mes coups les uns après les autres. Une fois rendue en France les  cousines s’occuperont de mon cas. Et moi de mes affaires. Apprendre le français.  M’habiller autrement. Me faire des amies. Trouver du travail peut-être.  Prolonger mon visa par une carte de séjour provisoire. A’ l’école du soir je  ferai de l’informatique. Tout de même je me demandai où était Dieu là-dedans ?  Plus tard j’apprendrai que Sevran est une banlieue dirigée par les communistes.  Le pays des droits de l’homme était-il pourri par les athées ! Que la démocratie  me protège contre ceux-là ! <span class="EC_SpellE">Inch’allah</span> ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">A’Alger les  taxis collectifs étaient nombreux. Certains opéraient même en toute légalité. Le  libéralisme avait fait son travail. Le marché gris ordinaire c’est l’épigone de  la misère. L’ersatz de la liberté d’entreprendre. La contrefaçon du bien agir  dans l’intérêt du Pays qui doit se relever. La situation est sous contrôle.  L’aveuglement officiel est motivé par la recherche de la paix sociale. On ne va  pas contre un régime qui offre des solutions individuelles alternatives. Pas  sûr. Peu sûrs. Quand il le faudra pour la bonne règle des apparences on  procédera à quelques arrestations. Dans les commissariats les tractations vont  bon train. On négocie le prix de la liberté de ne pas en avoir. Ou si peu ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On mettra  la main sur un bout de réseau islamiste présumé. Sa mission : lever des capitaux  pour la cause du djihad. Sur un réseau de collègues chargés de surveiller les  réseaux islamistes. Ils auront mal tourné puisqu’on les aura pris. Sur un réseau  de militants islamistes chargés de recruter parmi la population désemparée. Dieu  l’avait abandonnée mais Dieu est de retour. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Démantelés  les membres d’une cellule des services secrets de l’armée. Ils faisaient  fonction de terroristes islamistes chargés de se tenir prêt à commettre, ou à  faire commettre toutes sortes de crimes dont on accusera les rivaux sur le  marché gris que l’Etat algérien encourage motivé qu’il est par la recherche de  la paix sociale. <span> </span>Ces derniers étaient surveillés par les uns et  par les autres peu enclins à s’accommoder de la présence active, c&#8217;est-à-dire  intéressée, de quelques uns dont l’irruption dans le circuit fut aussi soudaine  que peu inspirée. Bref tout le monde surveillait et dénonçait tout le monde en  fonction des besoins liés aux évolutions internes du marché.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La paix  sociale avait des exigences troubles et persistantes. On n’en doutait pas. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">C’est quoi,  c‘est qui « On » ?<a name="_ftnref7" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn7"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[7]</span></span></sup></span></span></sup></span></a></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata fit  une nouvelle pause. Au seuil de relater la prise de son envol elle fut à nouveau  prise de tremblements. La terre des ancêtres. Sublime la terre des ancêtres.  Quelle folie l’aura poussée au déracinement ? Son départ n’est-il pas au fond  une lâcheté ? Une manière de désertion face à l’ennemi violeur ? Qui mettra fin  à ses activités criminelles ? Une heureuse mutation ? Une fin d’engagement ? Un  enrôlement chez les « frères » du djihad avec la promesse d’un mariage de  brutale convenance ? <span> </span>Il suffit d’exiger et lui a su faire. Pire il  a pris sans mots. On ne négocie pas avec un objet. Ce commerce là est à sens  inique.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Tu n’es  coupable en rien, dis-je. Tu es une victime. Au terme de ton récit tu te  sentiras mieux. Moins victime. Parle pour toi et pour les autres. Peut-être plus  victime du tout. Cette parole soutient tes prétentions à être le sujet de ta  propre existence. « </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Suis-je à  nouveau allée trop loin ? Je n’avais pas voulu qu’Aminata ressente qu’aux  confins de l’Algérie, du Niger et du Mali, une jeune femme n’était pas digne.  J’avais voulu dire que la dignité de la personne est une construction. Que la  personne est le résultat d’une construction digne. Aminata l’avait appris. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Moi je  l’avais ignoré. Coupablement ignoré ? Certes pas si l’on s’attache à démontrer  l’intention de nuire.<span> </span>Toutefois le silence réciproque obéit à des  impératifs dont la Raison a fait le siège. A’ quoi bon l’assujettir à  d’exorbitantes et bavardes prétentions ? On ne substitue pas sans risque la  parole du discours au silence précaire de l’indicible. Le silence de l’autre  c’est son droit à la parole non confisquée. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Un  satisfecit ne décerne pas de gloriole à celle qui le délivre. L’auto célébration  c’est la dérive de ses propres sentiments vers l’effacement de l’autre. Un  radeau d’égotisme n’accoste pas au port s’il n’attend pas de secours. Les femmes  de marins des rades accueillantes lui sont mégères. Une voile basse se délecte  aux embruns. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata ne  sourit plus à son miroir brisé d’un coup du mauvais sort. <span> </span>D’autres  ont fait d’un bris choisi pour sa bonne taille le premier et ultime usage  détourné. Effacer le corps subi avec l’image réprouvée. La dette est longue par  vocation. Le créancier attend à chaque instant de jouir du délice de son bon  argent frais.<span> </span>Le bris est bref par destination. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata  n’avait pas plié.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’attente à  l’aéroport fut hors du champ du réel. Des échantillons d’une humanité plus  diverse que je ne l’avais constaté jusque là, commerçants ordinaires, hommes  d’affaires internationaux, familles sans fin, costumes rayés, armes de tous  calibres, cravates plutôt foncées, diplomates d’opérette, hôtesses suspicieuses,  bébés assoiffés, douaniers méfiants, formèrent la dernière image du pays  civilisé.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le désert  me manque. Mais pas ses complots. Si, tous comptes faits ses complots me  manquent aussi. Je suis de là-bas. De l’autre côté du monde inconnu. Du côté des  contes d’avant qu’on les éventre. Du côté des légendes d’avant qu’on les  déchire. Du côté d’avant que les chacals se dissimulent au regard des chèvres.  Du côté d’avant que les charognes ne rétablissent l’ordre naturel. Le désert me  manque parce qu’il m’a abandonnée. Parce que je lui ai presque pardonné. Parce  que je vais un peu mieux.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Dieu est  plus grand que l’humanité prisonnière de ses divisions. Dieu est moins grand que  l’humanité rassemblée.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je  l’interromps. « -Dans les jours qui suivirent les attentats du onze septembre le  défilé commémoratif des organisations musulmanes me confirma dans la fâcheuse  idée de la supériorité de l’anglais sur le français ! God’s <span class="EC_SpellE">greater</span> ! God’s <span class="EC_SpellE">greater</span> !  God’s <span class="EC_SpellE">greater</span> ! Trois fois comme pour m’en  convaincre ! »</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Dieu est  aussi grand que l’humanité le lui permet. Défaite. Espérant. Lasse. Joyeuse.  Incertaine. Admirable. Doutant. Sereine. Cuistre. Dieu est l’image inversée de  nos déficiences. Le vert bassin de l’onde douce. La mine aux mirages qui  retient. Le souk qui respire. Inspire. Tend la main. La peau glabre qui fait un  signe du destin. Tend la main lumineuse. Son index d’affable  pourpre.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Dieu est  chemin. Embûches. Halte. La foulée vive dispersant la nuée menace. Dieu est,  layon après layon, le pas alerte dissipant les brumes cauteleuses. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Si tu  savais comme je me sens bien ! Hélène si tu savais comme je me sens bien au  bonheur de tous ces mots ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata  n’avait pas cédé. La stratégie avait échoué IL ne viendrait plus indéfiniment  faire du droit avec de l’usage. C’est ainsi que de fondements d’archaïsmes en  reproduction d’archaïsmes la condition des femmes avait si peu évolué. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Chez moi au  village un brave homme, un quasi vieillard, est propriétaire d’un chien de  berger répondant au nom de « Rumba » : la danse préférée de son maître. Le vieil  homme est accablé d’un accablement public qui fait rapidement le tour du lieu.  Plus on est jeune et plus on en rit. Pire on s’en indiffère ! Il est devant chez  lui offrant à la passante une mine qui la pousse à s’arrêter. Non le chien n’est  pas rentré. Cela lui rappelle son ancienne compagne. Un jour elle n’était pas  rentrée. Enfin si elle était rentrée. Mais au Pays. Quelque chose d’irrésistible  l’avait arrachée aux charmes de la vie de couple dans le fin fond de nulle part  où les circonstances d’une guerre civile en Amérique Latine l’avaient fait  s’échouer. Quelque chose qui aurait eu l’apparence d’un archaïsme. Sauf qu’il  n’en fut rien. Ce qui l’avait poussée à fuir dans les bagages d’une famille de  petite fortune n’avait plus cours. L’amour aussi s’était défait avec l’étrangeté  d’être une étrangère dans un village sans concession. Deux amours ne sont pas  égales. Le vieil homme qui n’avait connu le train qu’avec un passage sous les  drapeaux, quelques allers retours tout au plus, ne s’était jamais représenté que  le déracinement avait nécessairement une histoire. Une histoire dans laquelle il  n’avait et n’aurait aucune part. Sa part d’humanité à lui fut d’un loyal  égoïsme. Il aima la jeune femme sincèrement. On n’eut jamais la moindre idée  qu’il eut pu mal se comporter avec elle. Si, par pure posture intellectuelle  quelque vérité c’était néanmoins attachée à cela qu’il aurait mal agi, il ne se  serait pas trouvé grand monde pour le dénoncer et moins encore pour le rapporter  de génération en génération. <span> </span>Aussi longtemps que les intérêts liés  à la propriété des terres agricoles n’étaient pas en cause la chose publique  n’était pas encombrée du déballage de l’intimité des tragédies d’alcôve. L’homme  avait fait l’ouvrier toute sa vie. Forgeron qualifié. « Faire l’ouvrier » ne  serait-ce pas deux fois la même chose ? Faire pour produire et ouvrier pour  produire encore. Un ouvrier n’a pas plusieurs destins. Pas plusieurs choix. Pas  une sorte de droit à l’alternative. Non, l’ouvrier fait l’ouvrier comme on fait  le plein à la pompe. Ouverte vingt quatre heures sur vingt  quatre !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Lorsqu’il y  avait beaucoup d’ouvriers, ailleurs que dans les circuits de la mondialisation,  on était ouvrier vingt quatre heures sur vingt quatre ! Fils d’ouvrier. Petit  fils d’ouvrier. Père d’ouvrier. Grand-père d’ouvrier bientôt.<span> </span>La  jolie petite bru était enceinte. Lui, si c’est un garçon fera des études, autre  chose qu’ouvrier quoi. Elle, si c’est une fille, elle aussi. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Ah !  Bonjour, dit-il. Vous l’avez vu ? Il parle de la nécessaire réapparition de son  chien comme d’un impératif partagé par tous.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">-Pas  encore. Mais mon petit doigt me dit qu’il va bientôt rentrer. Un archaïsme  l’aura poussé à fuguer, venu du fond des temps où un de ses lointains ancêtres  était loup. Il ne demandait rien à personne. N’attendait rien de qui que ce soit  ! Il prenait sauvagement la créature, victime dédiée ou par inadvertance (?),  que la faim avait désignée. Disputait le chaud cadavre à un autre affamé ou se  le voyait disputé. »</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le  malheureux me regarde et je comprends qu’il a perdu le sujet en cours de  déroute. Il est des moments rarissimes où je me donnerai volontiers une gifle ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le fait  marquant fut que le lendemain je surpris « Rumba » jappant mollement la police  de mes chattes autour de leurs croquettes. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’avion me  surprit par sa douceur. J’eus l’impression de me déplacer au-dessus d’un immense  tapis de nuages. Dans la douceur d’une peau de chèvres. J’ai une place près d’un  couple d’Algériens. Lui a choisi le hublot mais il dort. Il dort dans le léger  ronflement d’une haleine d’ail. Sa femme est immobile. Rien ne bouge. Pas même  une vibration de son henné à mettre au rayon des souvenirs joyeux. Sa femme ne  dit pas mot. En a-t-elle en suffisance à sa disposition ? Pourquoi serais-je,  d’une certaine façon, seule au monde ? L’homme s’éveille, tourne la tête vers la  gauche. Je crois comprendre que je devrais porter de quoi cacher mon visage. Je  ne lui fournis aucune explication. S’il ne sait pas que chez nous, les Touareg,  c’est l’homme bleu qui cache son visage c’est qu’il ne sait rien qui mérite que  j’accorde du prix à son interrogation. A fortiori du crédit à sa  réprobation.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’hôtesse  est souriante. Sourire standard. Elle me sourit comme si j’étais une personne  importante ! A’ l’homme elle ne sourira pas. Le sourire standard obéit à une  convention non écrite qui réinstalle la barrière des sexes.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Trop court  le trajet. A’ peine le temps de finir mon dernier quartier de clémentine. Ils  ont fait le thé amer de sorte que je n’en finis pas de brûler les étapes de  l’existence ! <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le  commandant annonce l’approche et le prochain atterrissage. Un steward passe pour  vérifier que les passagères sont bien attachées à leur selle à chameau ! Il me  demande si je vais bien. Je lui mens comme par dérision de moi-même. Non je ne  vais pas bien. Comment peut-il lire sur mon visage que l’annonce me fait l’effet  d’un étau ? Me faudra-t-il indéfiniment apporter mon écot au pot d’une dépense  que nous les soeurs n’avons pas engagée ? <span> </span>Longtemps je n’avais eu  qu’un pays de tous les côtés à perte de vue pour tout bagage. Les protocoles du  quotidien y sont d’un apprentissage sans à coups. D’une vertu incontestée. Les  aubaines sont rares. Le bout des doigts des mères est école. La paume tiède est  école. L’arc du regard est école. La voix chantonnant est  école.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Une chèvre  n’a pas de duplicité. Les sables accourent au devant. Un chameau désaltère une  rose des sables. La cigogne au python roule sous l’aile un parchemin du soleil.  Lézard, mon ami lézard, dresse ta prétention plus haut ! Un vent dépose  l’errance au pied de la vie harassée. Une chèvre n’a pas de fatuité. Lézard, mon  ami lézard, encours plus loin que ta banale course. Un scorpion rôde. Son  orgueil est sans limites. Le genre humain est ennemi. L’hérédité n’a pas de haut  le cœur. La génétique est sans pitié qui ne connaît que la mort, l’autre nom de  la lutte pour la survie. Préventive. Prédatrice. Presque badine. La morsure n’a  rien à craindre de sa mauvaise action. L’absence de propos est ailleurs. La  fuite est lente. Indifférente à son objet virtuel. Les mots confisqués au seuil  d’une improbable évolution n’ont rien circonscrit. Tuer est plus certain avant  qu’on ait eu à former un mot de quoi nommer le meurtre. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Après. Un  nom à qui affecter les bottes et le treillis. Pas de sempiternelles  réquisitions. Pas plus d’inutile plaidoirie. Les sables au scorpion n’ont pas  d’émotions. La lame du couteau non plus.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’homme  bleu a oint le front de l’oasis de son filet de sel et de lait. L’homme bleu est  école.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La piste de  l’aéroport d’Orly n’en finit pas de m’accueillir. Quel temps s’étirerait qui  n’aurait qu’indolence pour ma quête ? Le temps du vol est-il inégal à chacune ?  Un même format, une même mesure iraient vers et contre toutes ? La démocratie  pour tout le monde, l’universalisme ne serait-ce que cela. Un vrai confort ? Une  pensée douillette au terme d’un bout de piste qui se perd dans la  nuit ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Un virage à  gauche. Une tranche de nuit étale le scintillement de lueurs à perte de vues. La  ville aurait-elle autant de profondeur que mon désert ? De même son infinie  bienveillance ? La parole des sœurs aurait-elle souffert de Dieu sait quelle  amputation ? Le champ de la blessure d‘une, à grand peine évoquée, avait-il été  semé d’une ivraie gourmande ? Quelle grossière mouture en avait assuré le libre  passage ? Un tamis sorti, malgré lui, des années de sa réclusion aurait-il  montré si peu d’intérêt au retour à la vie d’un réel insoupçonné ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le prix des  hésitations, le contournement des obstacles, la facture des impasses, la  vulnérabilité des sentiments avaient-ils faussé l’éclairement ? En serait-il  toujours ainsi de l’oppression prospérant ? De l’ivraie assujettissant aux  domaines puis le vannier ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Quelle  promesse tiendra ce monde saturé après trois mois d’une existence  administrative ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’avais  abandonné le souvenir de l’homme à l’hypothèse de l’entropie de ses souvenirs.  Le récit d’Aminata ne semblait ne pas devoir subir de stase. Ici point de  logorrhée. Plutôt le spectacle de la délivrance de la parole. Je fus au  spectacle de la parole libérant la parole contenue. De la parole se libérant  dans la construction de la parole libre. La performance de la parole contre  l’entreprise de manipulation de l’idéal de clarté. Le travail de l’improvisation  contre la fausse soumission à l’idéal de transparence. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata, la  toute nouvelle maîtresse auxiliaire d’anglais, faisait école. Il est rarement de  ces merveilleuses et terribles biographies embrassant l’humanité dans un superbe  et dramatique geste de totalisation. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata  parla entre souffrance et joies. Sa peine ne l’avait pas exécutée. Elle avait en  quelque sorte failli. Elle avait muté. Déserté. Enrayé son programme génétique  de manière improbable. Personne n’était plus venu pour lui demander de rendre  des comptes qu’elle ne voulait plus tenir. A’ distance oui mais de la façon la  plus raisonnable qui soit. De cette distance dont l’autre ne se remettra pas.  Dont l’autre ne s’est pas remis. L’immanence est sans règle écrite. Sans préjugé  hautain. L’immanence est sûre de sa justice. Où qu’elle le dise le droit y est  dit sans appel de convenance. Sans revanche de confort. Sans porter une blessure  à l’honneur qui n’a pas eu lieu. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Un commando  au nom de Dieu est sans état d’âme. Ecartant d’un enfoncement de cagoule la  vanité méprisée il est déterminé. Certain de sa prouesse. Dieu n’attend plus dès  lors que la décision est prise. La sentence de Dieu est immédiatement  exécutoire. Dieu est serein. C’est ce métier de sérénité que d’aucuns lui ont  assigné. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  conjonction d’une mission secrète rapidement décidée et d’une routine criminelle  fit le reste.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Non ! Allah  n’est pas plus grand que l’humaine assignation qui lui est  faite…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De premiers  pas dans l’autre monde. Le petit bus roule doucement. Je me suis demandé si  c’était son métier. Rouler doucement n’est pas conforme à l’image de la grande  ville. Un anachronisme a-t-il survécu à l’inspiration d’un ancien usage ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Qui  m’attend à l’autre bout du tunnel ? Mon idée de la complicité est embryonnaire.  Une idée neuve n’est pas assise autrement que dans l’inconfort de l’entre-deux.  <span> </span>Pour moi l’inconfort c’est la halte forcée. Je n’ai rien à  déclarer ? Certes non. Et qui viendrait à fouiller mon modeste bagage ? Quel  douanier scrupuleux s’arrêterait sur le grand vide de ma valise sans après  fouille en concevoir une intime honte ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De ma halte  forcée je tire un bénéfice involontaire. Celle qui m’attend me reconnaît à cela  que je suis déjà dans les mains d’une hôtesse qui passait par là. L’hôtesse  s’adresse à moi dans toutes les langues de sa connaissance. Je peux répondre  alors je lui dis : « ça va ».</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Comment  faire pour vivre en France, même avec un visa touristique ou peut-être en  « <span class="EC_SpellE">sampapière</span> », si on n’a pas appris, pas assimilé  tout le bénéfice à retirer de la formule magique : « ça va ? ». Ce passeport là  est accessible à toutes les langues. Il fait le succès, à tout le moins ouvre un  bénéfice, de celle et de celui qui en donne sans compter. Curieusement, lorsque  la langue française se galvaude son potentiel de séduction et son champ  relationnel sont plus importants. Sauf à discréditer l’éphémère. Sauf à rejeter  le ponctuel. Sauf à s’enivrer à l’intellect. A’ se pourvoir systématiquement  contre la démesure de la brièveté. Ses carences sont sans nombre. Aucun cryptage  n’en masque ou n’en révèle autant. Sauf à se représenter que langue française  est un combat.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Elle  s’approche de moi. Elle est rousse comme Valérie. Comme le henné de la femme  immobile du ronfleur à l’ail. C’est la mode de l’époque mais je ne le sais pas  encore. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">« -Tu es  Aminata ? dit elle. Elle se reprend. –Ma question est idiote, excuse-moi. Je  suis Margaux de Sevran. Une copine nous attend tu pourras te reposer à la  maison. Le parking est un peu loin. Je porterai ton sac et ça ira  mieux. »</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je pense  que les françaises parlent tout le temps. Font les questions et les réponses.  Vivement que j’apprenne le français la langue de « celles qui parlent tout le  temps ». Quand je le saurai ce sera mon tour de parler pour raconter. Ma Mère.  Le pays. Les horreurs. Ce sera mon tour de parler pour parler parce que langue  des femmes de France c’est la langue de la liberté. Je l’avais compris tout de  suite puisque mes sœurs l’avaient adoptée à Alger. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  militaires aussi. Mais ils en avaient fait une langue contributive. Réduite à  cantonner dans une ère de soumission. Un discret instrument de contrefaçon  couvrant les fraudes. Justifiant les abus de détournement. Les crimes en langues  exogènes sont d’une autre nature. D’irresponsabilité foncière. La langue de  l’étranger fait tourner les têtes et perdre l’est. Allah pardonne à <span class="EC_GramE">l’égaré</span> s’il est revenu à la source de la vérité. Peu  importe la nature profonde de son crime si le retour au texte sacré est le fruit  d’une démarche piétiste. <span> </span>La langue butin ne saurait être que la  langue de la défaite. Celui qui la manie est en perpétuelle recherche de  victoire. La langue sacrée est repos. Pardon. Lumière. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le <span class="EC_SpellE">machreq</span> est une place forte. Imprenable. Un bassin de  vives truites. Un élan. Une audace. <span> </span>Un horizon. Une promesse. Un  refuge. Un abri de soi. Un édifice romanesque. Une prairie. L’œil et la source.  Une chance. Une vallée. Un oued débordant. Une conscience. Un rire large. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’enchantement au miroir de moi.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  françaises comme Margaux parlent tout le temps. Margaux finit par comprendre  qu’il est mieux de s’adresser à moi avec lenteur. Je comprends puisqu’elle  reprend depuis le début. Je suis la bienvenue. On allait y regarder de plus  près. C’est <span class="EC_SpellE">Sakina</span> ma cousine qui me prendra en  charge. Elle ne m’attendait pas à l’aéroport pour ne pas éveiller une éventuelle  méfiance. Il faudrait donc me méfier. Apprendre à se méfier passe par repérer  des objets et des personnes susceptibles d’inspirer de la méfiance. A’ quoi les  reconnaît-on dans un pays où tout est permis ? Y a t-il des critères  infaillibles au fondement de tout jugement ? De strictes consignes à respecter ?  Et si oui, en quoi la liberté est une garantie de liberté ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Sakina</span></span></span><span> ressemble à ces  présentatrices de journaux télévisés de terre d’Islam. Plus tard quand nous  fûmes amies elle me confia passer presque une heure tous les matins devant son  miroir. Margaux précisa : « -Pas une heure, deux ! ». <span> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Margaux et  <span class="EC_SpellE">Sakina</span> se relayèrent afin que rien ne me soit  indifférent ou me place dans la situation d’avoir à affronter les conséquences  d’une incompréhension. Elles répétaient sans cesse.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Elles  parlèrent sans cesse mais je n’avais pas encore rencontré de français ! Trop  c’est beaucoup plus. D’autre nature que beaucoup de compassion. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Lorsque  j’écrirai cet épisode de ma vie je l’appellerai malgré que ce soit très  long :</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;">Une aubaine a une soeur mais pas de  légende. Une légende n’a pas de sœur.<span> </span><span> </span></span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Tandis que  d’autres <span class="EC_GramE">tenaient</span> la sinistre comptabilité de leurs  crimes je mettais mes connaissances en mathématiques au service du décompte des  sœurs. Six ! J’en comptai six ! Sans effort parce qu’elles l’avaient voulu  ainsi. Un réseau de solidarité ne théorise pas la peur. N’en fait pas un  instrument de propagande. Le prosélytisme de la peur relève de la manipulation  d’Etat. De la manœuvre d’appareil. D’un groupe de vicaires. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La peur  n’exige aucun effort. L’avance faite par les manipulateurs est quasi nulle. Sauf  décider du recours. La peur est de mauvais conseil mais pas au Conseil des  Ministres.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Mes sœurs  avaient peur. Peur d’être arrêtées, torturées, violées peut-être, jugées pour  crimes contre les bonnes moeurs. Contre la foi. Contre l’Etat. Contre l’Etat de  la Foi. Contre la Foi en l’Etat. Elles avaient intégré la peur au rang d’intime  ennemie. Connaître intimement la figure scabreuse de son ennemi déclenche sa  mise à distance. Puis le secours volontaire d’une attention constante. La  liberté résiduelle grandit avec l’expérience de soi qui relève le défi de la vie  contre l’exercice de la terreur.<span> </span>La terreur c’est la mort qui fait  durer le supplice infligé à la vie. La peur c’est l’outillage de la terreur.  L’outillage, sa mallette et ses méthodes. Les agents des méthodes s’attachent à  la fine élaboration de protocoles sans faille. Aucune garantie n’accompagne la  stratégie des résultats afin qu’elle ne puisse être sans défauts. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’issue  fatale est d’un ordre d’obédience obscure. Une préparation d’arcanes dont la  recette dispose d’un jeu de cartes truquées. Des séries d’emprises monstrueuses  sévissent au sein des complicités. L’état de formulation et d’élaboration de la  stratégie de connivence résulte de l’altération délibérée des rapports de  domination. La délibération des cercles clos, dans l’antre froid des réservoirs  à idées, conjure contre l’expression démocratique de l’association des  productrices libres.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  solidarité égalitaire a les mains chaudes. Le regard droit. La parole vive.  L’avenir à l’adret.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le prophète  avait-il un inconscient ? A’ l’opposé de l’affirmation de la légitimité du  blasphème la réponse ne va pas d’elle-même. Freud était bien loin devant lui.  Pas même une virtualité ? Les postures freudiennes : découvertes et thérapies,  on nous en avait convaincu, sont à destination des ressortissants des cultures  occidentales. L’inconscient n’est certes pas évacué. Le langage qu’il héberge et  <span class="EC_GramE">le</span> structure n’obéit pas aux mêmes codes selon qu’on  est une personne ou un être non individualisé dans un bain d’holisme approprié.  L’expansion du capitalisme marchand avait démarré en ignorance de cause. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  colonialismes des apories sortirent l’épée de leurs convoitises. Les échecs de  leurs plans. Les mots de leur contexte. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  colonialismes de l’euphorie déballèrent leurs sacs de mensonges. Retouchèrent  les fresques. Remisèrent l’égalité du contrat social aux oubliettes des châteaux  d’Eros<a name="_ftnref8" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn8"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[8]</span></span></sup></span></span></sup></span></a>,  des bastilles imprenables aux odieux privilèges de classe.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  pertinence de l’inconscient comme gigantesque marché relais de la concurrence  marchandises devait être étayée.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Après Freud  un de ses neveux, Edward <span class="EC_SpellE">Bernays</span><a name="_ftnref9" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn9"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[9]</span></span></sup></span></span></sup></span></a>,  embarqua l’inconscient dans une opération de grande envergure à l’opposé du  projet freudien. Puisque les forces productives s’étaient libérées de leurs  anciennes chaînes il avait fallu nécessairement trouver de nouveaux remèdes à la  baisse tendancielle du taux de profit. La création d’un marché de très haute  concurrence se heurtait à des contraintes objectives. La surproduction n’était  pas absorbable à l’intérieur d’un système de vieilles références où l’humain  soumis n’était pas pour autant objectivé. Les postures religieuses classiques,  principalement chrétiennes, constituaient un frein à cette expansion. Mais les  églises avaient elles aussi un inconscient. L’égarement de la brebis l’éloigne  des consignes générales de la promesse de son éternité. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On ne  tourne pas impunément les pages du catalogue dans tous les sens. L’inconscient  des églises n’avait pas résisté à toutes les avances qu’on lui avait faites. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Renverser  la problématique tout était là. Tout est encore là. La relation de l’homme à la  machine devait être inversée. La problématique sublimation par le travail  convoquait des éléments de rationnel et d’espoir. Des éléments soutenant le défi  de la lutte des classes. La transcendance par la consommation nécessitait la  prise en main de l’inconscient. Le psychisme et ses désordres internes doivent  être circonscrits. Dévitalisés, retournés dans une dynamique de récupération.  L’ordre capitaliste, le désordre magnifique, s’est emparé du dernier lieu  susceptible d’offrir une résistance à ses ambitions. Après l’échec des  politiques keynésiennes de compromission de classe, successivement où  conjointement incarnées par une partie de la droite et les social-démocraties,  les spectres du capitalisme des origines avaient resurgi en ordre de bataille.  Chemin faisant en gloutons ils avaient dévoré les pages de la théorie du  psychisme freudien. Dépouillée de l’embarrassante, et peu commerciale,  souffrance inhérente à la condition humaine (sic). </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  spectres lui substituèrent les délices du mercantilisme de la jouissance. La  publicité de la publicité recodait les balises des itinéraires de l’inconscient.  Finis le hasard des circonstances individuelles. L’alternative procurant la  joie. La résolution semant le doute. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le sens de  la vie est ainsi régurgité. Débarrassé des entraves qui le livraient au profane.  On ne resterait plus à la porte grand ouverte du temple. Le mystère des  cotations boursières était soumis à la règle de la consommation de masse.  L’intérêt pour les opérations sur les titres, la mondialisation des mouvements  de capitaux, devait être partagé par le plus grand nombre.<span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  spectacles médiatiques et autres de la société du spectacle sont derrière les  apparences, l’emballage de la société réelle du spectral. Le capitalisme c’est  l’industrialisation massive de la barbarie concurrentielle. La barbarie  concurrentielle capitaliste mondialisée c’est le retour aux archaïsmes plus les  spectacles de la vraie vie qu’il faut vraiment vivre si l’on veut vraiment que  la vie vaille la peine d’être vraiment vécue. On ne vivote pas que diable ! La  vibration plutôt que la vacillation ! Evacuez le vacuum ! Souvenez-vous de vos  nuits d’ivresse !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le temps de  cerveau disponible est une marchandise plus qu’une autre.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le  consommateur, ce qui reste du citoyen après qu’il ait renoncé à exercer son  libre arbitre sous la pression du capitalisme de la séduction<a name="_ftnref10" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn10"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[10]</span></span></sup></span></span></sup></span></a>,  était devenu l’appendice de la machine. Les rapports sociaux de production à  l’intérieur des entreprises s’étaient restructurés dans un processus  d’acceptation/résistance autour de cette mise à jour de l’arbitraire patronal.  L’idéologie du droit patronal divinisé avait mis à jour les anciens dispositifs  de l’aliénation.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La mission  de la publicité et du discours économiste dominant était d’arracher les éléments  rationnels à la dynamique de l’espoir. Ce couple pervers aurait conduit aux  grandes tragédies du vingtième siècle. On procéda donc par culpabilisation. Puis  par altération. Puis par tentatives d’éradication. Gausseries. Détournements  frauduleux. Persiflages. Caricatures honteuses. Ricanements. Falsifications  grossières.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’en oublie  sans doute. Je n’oublie pas l’oubli : le crime discret. Son charme authentique.  Ses vertus relaxantes. Son confort moralisant. Il débite de l’éthique comme pour  la poubelle au tapis des pattes de poulet d’abattoir.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’inconscient, la Bastille inaudible, était pris en  silence. A’ son sujet on aurait pu écrire comme Louis XVI un autre quatorze  juillet : RIEN. Rien c’est la figure inversée du soupçon qui n’aura pas lieu.  <span> </span>Le soupçon vrai. L’autre nom du doute exige de la méthode. Une  éthique adéquate. Rien c’est le désamorçage d’un conflit sans objet au mieux,  résolu au pire. Né ailleurs en terre de Raison, de conviction et d’espérance. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La Raison  convoque les songes au prétoire des justes causes. L’espérance les éveille à la  vie. La conviction témoigne en leur faveur. Ce que dit ce droit là ne doit qu’à  la patience de la pensée. Qu’à sa conjugaison avec l’inspiration des luttes. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’amitié de  Ford pour le nazisme ne se réduit pas à son antisémitisme. Le discours de l’état  totalitaire a inondé le psychisme d’un peuple subjugué. La logorrhée nazie ne  fut pas pédagogie. Elle fut son contraire un gigantesque laboratoire, une  éprouvette magique, un athanor miraculeux, montrant que le viol des masses par  la propagande pouvait être transformé pour servir les mêmes intérêts en temps de  paix partielle. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La prise de  possession des esprits avait changé la réflexion en désir. La satisfaction des  besoins en frustration élargie. Après l’égorgement lexical la bouche s’était  ouverte puis aussitôt les yeux s’étaient fermés sur un monde qu’on croyait  disparu. Disparition nécessaire. Inévitable. L’Histoire redémarre dans le non  sens. La dépossession est un objet unique. Trois cent soixante degrés  d’efficacité. La dépossession usine l’amnésie et la spoliation. L’humanité a  changé de statut. La bête sauvage au spectacle d’elle-même se réjouit dans la  dispute des premières places. A’ l’humanité on a changé la rétrospective et la  perspective. L’exclusivité de la dynamique du profit gère une nouvelle  maïeutique : la propagande publicitaire pose ses propres questions vitales et  organise l’orientation des réponses commerciales intéressées. Un slogan  publicitaire n’a pas craint d’affirmer : « La réponse est en toi ! ».  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Il faut  additionner deux crimes pour créer l’illusion que l’un a réduit l’autre et  réciproquement. Il faut aux criminels additionner deux crimes. Le blanchiment  des neurones sales est à ce prix que leurs victimes financent. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"><span> </span><span> </span><span> </span>*</span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-style:italic;font-size:11pt;"> </span></span></em></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La Ville de  Sevran est une banlieue d’abord triste. Progressivement je lui découvre des  charmes. Un après goût du pays. De beaucoup de pays qui auraient échantillonné  les encadrements des fenêtres des habitations à loyer modéré de ressortissantes  nonchalantes <span class="EC_GramE">à</span> revenus insuffisants. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Sakina</span></span></span><span> dirige une association  d’insertion et de promotion par l’apprentissage du français. Largement  subventionnée par la Ville et le Conseil Général. Tous deux dirigés par les  athées. Des athées démocratiquement élus cela fait froid dans le dos ! « Satan  est plus fort que toi ». Ces mots de mon enfance résonnèrent quelques jours puis  je compris qu’ils avaient eu cours ailleurs. Dans une nuit où la prévention  n’avait pas suffit à évacuer la menace. Où la menace avait exécuté l’ordre venu  du criminel instinct de possession.</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’avais  administrativement trois mois plus avant. Quatre vingt dix jours pendant  lesquels l’acharnement à apprendre débrida l’horizon de tout autre obligation.  De tout autre velléité de pertinence. <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le local de  l’association n’accordait de place à aucun doute sur la nature de l’œuvre qui  s’y déroulait. Aux murs des photos de femmes de toutes les couleurs. Il ne s’en  trouva aucune d’emblée pour évoquer la moindre connaissance, l’ébauche même d’un  souvenir. Plutôt noires, les blanches n’y étaient pas maltraitées.  <span> </span>Un homme ! Un seul homme dont j’entendrai parler comme d’un  précurseur. Les blanches athées sont-elles tout ensemble la femme et l’homme ?  Des créatures bien ou mal inspirées dont la compréhension exige une mise en jeu  du sens commun au-delà du raisonnable ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Sakina</span></span></span><span> était-elle athée ? Je  lui opposai cette question dans un moment de doute. En lisière de l’effroi. Elle  me répondit qu’elle avait « laïcisé Dieu » sur un ton sec dont je compris qu’il  n’avait pas affaire avec une mauvaise humeur momentanée. Dieu du côté de la  Raison, de l’humanisme prospectif.</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Angela</span></span></span><span> Davis, <span class="EC_SpellE">Toni</span> Morrison, Louise Michel à laquelle une main avait  ajouté « La Kanak », Christiane <span class="EC_SpellE">Taubira</span>, Gisèle  Halimi, <span class="EC_SpellE">Madjiguène</span> <span class="EC_SpellE">Cissé</span>, Aminata Traoré, <span class="EC_SpellE">Marpessa</span> <span class="EC_SpellE">Dawn</span><a name="_ftnref11" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn11"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[11]</span></span></sup></span></span></sup></span></a>,  Barbara <span class="EC_SpellE">Hendricks</span>, <span class="EC_SpellE">Dee</span> <span class="EC_SpellE">Dee</span> <span class="EC_SpellE">Brigdewater</span>, et  bien d’autres serrées dans une communion sans préséance aucune.</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Lui ? Lui  c’était Friedrich Engels ! <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ce que  c’est que d’avoir pour toute famille une cousine sans famille ! <span class="EC_SpellE">Sakina</span> menait un célibat actif, discret et pondéré. J’eus  droit en plus des cours collectifs à des cours particuliers. En quelque sorte  j’appris le français dans « La cause des femmes », les forums sociaux  internationaux, la littérature noire américaine, les légendes kanak, les thèses  <span class="EC_SpellE">queer</span> de Judith Butler et d’Engels « L’origine de  la famille, de la propriété privée et de l’Etat » !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Lorsque je  demandai à <span class="EC_SpellE">Sakina</span> de me désigner la photo de Judith  Butler elle me répondit que Judith n’avait pas encore de photo au mur ! Non  qu’elle ne l’ait pas méritée mais on ne <span class="EC_GramE">l’avait</span> pas  assez cherchée pour la trouver Dieu sait où ! Le <span class="EC_SpellE">queer</span> est-il si extravagant qu’on ne lui fait pas  l’honneur de son inventrice ? Je n’avais pas ce type de question en tête à  l’occasion de mon premier cours du soir. Quel souvenir ce fut en effet. Mes  sœurs entrèrent les unes après les autres silencieuses toujours. Parfois à la  limite de trop de déférence. L’annonce de ma venue avait été précédée par un  grand secret autour de son contexte. Mieux valait. Peut-être certaines  servaient-elles de gré ou de force d’agents aux Renseignements Généraux ? D’une  façon générale toute information était susceptible de connaître des  développements dont les vicissitudes liées à la médiocre maîtrise de la langue  auguraient circonspection et méfiance. La retenue était bien admise en ce sens  qu’elle n’affrontait pas les moeurs dominantes. Il en eut été de toute autre  occurrence au terme d’une présentation plus complète voire d’un plus ostensible  maquillage.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">De <span class="EC_SpellE">Sakina</span> la petite leçon préalable avait permis d’établir  que le français sonnait dans ma tête comme le bêlement plus proche d’une  chèvre.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Déjà je  tremblais moins. J’étais en train de me faire une amie. Je n’en ferai jamais le  tour. Pourtant je l’engageai à ne jamais me trahir. Je ne l’entendis pas  souscrire à ma promesse. Cependant une voie parlait sabir en moi qui m’incitait  à lui accorder ce qu’il faut de confiance pour n’être plus jamais  seule.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’apprendrai que la solitude jouissait du bénéfice de  plusieurs noms. Qu’au gré de leurs circonstances on y décelait ami ou ennemi.  Les emplois ne sont pas innocents. Ils résistent parfois. S’imposent souvent.  Leur autonomie relative n’est pas indifférente à la part d’idéologie contre  laquelle ils s’insurgent et s’adonnent aussi. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Bref, ce  fut au tout premier temps de ma consolidation que le français s’imposa. Langue  du présent de la conciliation. Langue de l’avenir de la réalisation. Au fond du  provisoire les choses étaient simples. Fallait-il installer le provisoire dans  sa réputation ? Quoi au fond devait persister ? Quoi se transformer ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pour cette  fois, pour cette fois seulement, ce qui n’a plus lieu d’être je le nomme : « ma  solitude face au corps de ma Mère ». <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La peine  dura longtemps. La fuite ne m’exonérait en rien d’un intime questionnement.  Qu’était-il advenu de ma famille survivante ? Mon Père avait-il été informé par  les renards du désert et mû par un reste de tendresse était-il réapparu  réclamant pardon, bienveillance et qui sait de moi-même ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Non, bien  sûr, rien de cela n’était advenu. Rien n’adviendrait de cette nature. Un rayon  de soleil ne traverse pas la nuit sur le dos d’un chameau. Aux charmes d’une  cuillerée de sucre la masse d’un sac de sel ne cède pas. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La vie  amère bredouille des mots gourds sous le pas lumineux d’une chamelle boiteuse.  La fuite d’une <span class="EC_SpellE">terguiya</span> jette un voile noir sur  l’aiguillon du jour. Demain prendra un nouvel engagement pour les vivantes et  leurs sœurs survivantes.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Peut-être.  Si Dieu le veut.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>* </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  fauteurs d’ignominies interpersonnelles surveillent le cachot de leurs secrets.  Les criminels de masse portent l’exhortation à tous les rangs d’un grand public  fasciné. Aux délires des meetings massifs les délices du virtuel ont succédé. La  confusion des vies réelle et virtuelle est le nouvel ordre de confiscation des  affaires individuelles socialisées. Le spectacle de nasse pour foules  subjuguées.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les crimes  à lauriers plaident non coupables à La Haye et ailleurs. D’indécence récurrente  ils n’hésitent pas à crier « Victoire ! ». Ainsi vont les motifs des vainqueurs.  Sous tutelle les peuples mineurs. Sous curatelle les désirs majeurs de paix et  de bonheur. Ce dernier relégué sur la liste dégradante, humiliante des emplois  lexicaux de la pensée totalitaire. Le bonheur fut une idée neuve d’avant que le  marché en pourchasse la futilité. Un slogan mobilisateur de juste avant que  l’économie déplace le champ de sa perception de l’homme vers le primat  d’elle-même. Le bonheur est un crime depuis que l’insidieuse pensée de l’index  <span class="EC_GramE">le</span> montre du doigt. Le bonheur à l’index a reçu  mandat de mettre à jour « Le nom de la Rose ». <span> </span>Foin de l’utopie !  La mission idéologique ultime de la réalité est au vomitoire. On y retrouve les  consciences frêles que les cadavres de la mondialisation retournent. Vivement  dimanche c’est jour de bouddhisme ! Viens indigente pensée. Renonce à tes  errements. Ton inconduite t’a lassée. Inerte à bord d’une barque tragique.  Renonce à l’utopie. A’ l’émancipation. Ecope donc les restes d’une déferlante  défunte. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Boucle la  boucle au cou des supercheries. Tu connais le blasphème. L’insurrection des  valets de chambre du capital est une vomissure de luxe ! <span> </span>Restitue  leur le venin de lente instillation. De la langue poison rejette avec la gangue  le noyau dur de ton aliénation ! <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je suis  ivre du chant de liberté ! Sereine dans l’affrontement des mots de la trahison !  Rieuse contre les fantômes de la renonciation ! Rêveuse du jour de tous les  jours ! Forgeronne du glossaire nouveau ! Visionnaire de l’extinction des  anciennes allégeances ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je suis de  toutes les explorations du vaste monde enchanté. Je suis des césures rehaussant  la folie des vers. Du distique à l’amble triomphant. De l’hémistiche inassouvi  surpassant en justesse la litanie des cours de la Bourse. La lettre de crédit  qui fait étape où bon lui semble. Aucune commanderie ne s’offre ou ne s’ouvre  sur la demanderesse. La demande est ailleurs. Sa satisfaction sous le pas d’une  chèvre ou d’un cheval. C’est selon. Selon l’idée que l’immanence n’est pas  toujours du côté de la vengeance. La performance a échoué à donner du sens. De  l’émotion elle n’a retenu que le squelette. Effacée la réplique de la chair. Une  suppliciée même<a name="_ftnref12" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftn12"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">[12]</span></span></sup></span></span></sup></span></a> a osé se raconter. Dire l’autre qui ne fut pas dans l’aliénation. L’autre dans  la négation de l’autre. Non de soi même. Mais dans la négation de lui-même. De  construction insane. D’un autre par choix que l’abjection n’aurait pas guidé.  Que l’autobiographie aurait orienté vers une autre aspiration. Soi est bien  construit dans la qualité de la relation socialisée aux  autres.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Aminata  l’avait compris parce que son monde était plus grand que celui qu’on lui avait  proposé. Plus fort que la piqûre du scorpion. Aminata s’était dotée de  l’antidote plus noblement qu’au cours d’une cérémonie de rite convenu de  convention. Elle avait intégré du holisme sa part dynamique essentielle  facilement transposable. De la relation aux autres dépendait que la parole soit  vertueuse d’engagement réciproque.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les jours  qui se dressent avec leurs lots de mots n’ont ni regret ni détachement. Des  brassées de tout -venant prennent la parole sans risque au débat des assauts des  exigences nouvelles. Joute loyale pour affaires compliquées. La providence s’est  rendue au colloque de la cause laïque avec les linges de la nuit longue. Avec  les provisions des à jour. Elle y dit se sentir une autre. Sœur parmi les  égales. Egales parmi les sœurs. Plus rien n’aurait été puisque j‘accorde  l’oubli, loin de la grâce du pardon. Providence, je ne suis plus. Mutante, je le  revendique aussi bas que l’humaine extraction. Aussi haut que son chant jailli  du fond des pierres que les sables avaient recouvertes.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Hélène tu  as sans doute rêvé. Mais ce rêve là ils ne te le prendront  pas.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le premier  cours fut effroyable. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le monde  est plein de sabirs ! La langue française vaut sans doute pour son hospitalité  si j’en juge par le nombre de mots qu’elle agrège dont quelques uns de ma propre  langue où de quelque familiarité. Mais par contre l’apprentissage d’un minimum  de rigueur ne doit pas aller de soi. Là tu vois j’ai l’impression que j’enjolive  la seconde indication. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’inconfort  devait être aussi grand que ce que j’évoque à ce moment ci. Mais quant à l’avoir  mesuré en ces termes… Il est probable que non. N’empêche ! Aussi heureuse  qu’anxieuse. Heureuse parce que je tenais le bon fil par le bon bout. Anxieuse  du fait qu’au bout du bon fil il y avait l’inconnu. Mes sœurs ne me donnaient  pas le bon exemple. Si certaines s’accrochaient et progressaient la plupart  était restée à l’écart d’un apprentissage susceptible de les tirer de là où  elles étaient confinées. La parabole dirigée vers le pays donne des informations  contrôlées. La langue de bois ne fait pas progresser le vocabulaire des simples  personnes. Plutôt l’inverse. La langue de bois structure des consciences de  sable. Les cris des enfants de l’école voisine résonnent ensemble d’une même  spontanéité. A’ peine distingue t-on le cri de <span class="EC_SpellE">Malika</span> de celui de Kevin. Le rire de <span class="EC_SpellE">Nassim</span> n’est pas si différent de celui de Mathilde. La  spontanéité crée de l’unisson jusque dans la discorde. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’Ecole  fait l’école. Les enfants sont école. L’Ecole affiche des certitudes face aux  parents désemparés. Les enfants s’apprennent mutuellement les minuscules choses  de la vie. Crier. Jouer. Courir. Se chamailler. Pleurer. Cafter. Regretter.  Promettre que. A’ nouveau crier, jouer…</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le cri de  Kevin n’est pas indifférent à l’appel de <span class="EC_SpellE">Malika</span>.  Mathilde complice riante s’ouvre au rire de <span class="EC_SpellE">Nassim</span>.  L’humanité des enfants est naturellement convergente. Des défis mineurs forgent  une individualisation socialement acceptable. Humainement productive. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  préjugés de l’adolescence recyclent les vieilles barrières. La société des  « on » reprend ses droits. Lâche. Hypocrite. Sexiste. Raciste. Finie la  parenthèse. Les choses sérieuses, l’adaptation aux exigences de la production et  des services, réclament la grosse part du gâteau qui leur est destiné. On  n’échappe pas à son destin. C’est bien connu. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Je fis  contre tout cela pendant trois longs mois d’un travail intense soutenu, plutôt  encadré par Margaux l’irruption et <span class="EC_SpellE">Sakina</span> la  concentration.<span> </span>Margaux faisait irruption, <span class="EC_SpellE">Sakina</span> faisait dans la discrétion. Margaux disait  simplement : « -Bon, alors « on » en est où ? ». <span class="EC_SpellE">Sakina</span> répétait tout le temps : « -Bon, « on » se  concentre ! ». <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le temps  passant ma concentration grandit. On n’est pas irresponsable de soi. Avec le  temps l’échéance administrative produirait ses effets. Avec l’administration il  y eut l’administration. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Nos destins  sont liés en quelque sorte. Allons ensemble sur la route longue. Elle appelle.  Sa gorge est irrésistible. Poitrine haute. Voix claire. Trait malin. Parole  fielleuse. Promesse pourrie. Un destin en <span> </span><span> </span>surplomb  dirige le pas des proies.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’hébétude  hypnotique est enrôlée au dressage des masses. La surenchère du nouveau « prêt à  penser » est sans limites. Que l’encadrement idéologique manque sa cible et les  masses reconverties en peuple sont menacées de dissolution. On les courtise  aussi sur le thème de la démocratie participative. Ce thème soulignant combien  il ne va pas de soi que la démocratie fasse participer les peuples aux prises de  décision réelles. Gouverner ou participer c’est un peu comme « boire <span class="EC_GramE">ou</span> conduire il faut choisir ». Préférez la bonne  gouvernance, de préférence à la mauvaise, dont les sources ne sont pas nettement  identifiées. Je parie toutefois que la mauvaise c’est lorsqu’on n’a pas  convaincu ! La conviction, la résurgence de l’ancienne dénomination du  renoncement, a réellement de quoi effrayer : convaincre c’est accorder du prix à  un peuple dont on a l’ambition de se défaire après qu’il ait servi à l’élection.  La parodie élective est un atout dans la manche des tricheurs. Son élévation à  la plus haute des dignités, véritable pare-feu contre les velléités  d’insurrection, habille la contractualisation de l’inégalité foncière interne  aux rapports sociaux. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La part  élective décisionnelle déleste des poids contingents la masse désespérante de  pérennité. La présentation faussement élitiste des grands problèmes renvoie le  peuple à son sevrage. On ne lui accordera qu’il faut à l’exercice du droit de  penser. A’ plus forte raison s’il demande des comptes et se rebelle. Le peuple  est une catégorie vague. Un peu désuète. Un soupir de nostalgie. En aucune façon  une norme en dessous de laquelle tout ce qui prétend l’exprimer n’est guère plus  que l’affrontement théâtralisé des confessions marginales. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Un doigt  d’insincère commisération. Une petite cuiller de fausse repentance. Un mea culpa  hybridé d’hypocrisie et de non dit. Un brouet de logorrhées lénifiantes. Une  once de miséricorde. Une louche de rappels à l’ordre.<span> </span>Une brouette  de lieux communs. Un tombereau de haine.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Un bon  réflexe, longtemps préparé, car on devait agir vite et pour le mieux. Car le  peuple est une charge pour lui-même. Non qu’il ne soit en droit d’avoir une  opinion fausse. Mais plutôt que dans son éclairement l’universalisme  républicain, sa petite sœur la démocratie participative, se salissent les mains  à cet endroit précis où le peuple a sales les neurones. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ainsi  l’outrecuidant retrouve ce qu’il lui aura fallu regagner en crédit pour être  tout à fait discrédité. Qu’on le lui cache néanmoins sinon à perdre tout crédit  à ses yeux. On ne change pas une stratégie qui résulte de tant de cohérence. On  l’accommode seulement à la contingence. A’ l’impromptu dans la marge  démocratique résiduelle. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’avenir  n’attend pas. Aujourd’hui c’est demain, le temps même des élites républicaines.  Le futur est déjà là, parmi nous, cherchant l’accueil dans nos bras qui trop  souvent se dérobent à ses indications.  <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ce qui est  inhumainement supportable se transforme en résignation. Les paris sont ouverts.  Les mauvais joueurs ont perdu leur mise. Les bons joueurs ont oublié de jouer.  Sauf les initiés. Les vertus de la démocratie représentative sourient aux  rieurs. Conviennent aux tricheurs. On est entre soi. <span> </span>Dans la  sociabilité de la fortune. Dans l’héroïsme des affaires juteuses. Dans  l’aventurisme des causes gagnantes. Dans l’humanitaire des cours de la Bourse.  Dans la générosité des ventes à terme. Dans le sublime risque des stocks  options. <span> </span>Dans le caritatif des dévaluations compétitives. Dans  l’altruisme de la réduction des budgets sociaux. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Dans la  solidarité du temps partagé du temps de travail partiel imposé de préférence aux  femmes. Dans l’efficacité criminelle des politiques de déflation. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Fallait-il  encore trouver une faille dans la législation afin de me permettre de rester en  France au-delà des trois mois. Une faille ou un moyen authentique. D’une  certaine façon le plus simple eut été que je tombe amoureuse. Seulement il  aurait fallu que je m’y prenne dès mon arrivée. Sans rire je sais que tu le  conçois aisément : je n’avais pas la tête à cela. J’ironise volontiers après ces  années d’un autre monde. Oui d’un autre monde. Dans ma tête de <span class="EC_SpellE">terguiya</span> le temps et le lieu ne font qu’un. Ne font  qu’une. Je parle de moi tantôt à la première personne, tantôt à la troisième.  C’est selon. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Avec mes  élèves c’est l’horreur. Adorables chahuteurs. Intelligents bagarreurs… Cela  n’est pas bien de me laisser aller à parler « élève » ! Osmose ? Symbiose ?  Affligeant mimétisme ? Ils me disent « Madame » alors que mon penchant naturel  me pousse à faire la grande sœur ! L’inspection académique veille et moi je me  surveille. Même et surtout parce que je suis née tout près de leur tradition  familiale. C’est le monde à l’envers. L’enfant du marigot aux chameaux les tance  en français académique, à propos de leurs insuffisances en anglais, pendant que  les roitelets de la langue suburbaine la raillent en verlan  métaphorique !</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le temps  pressait et le réseau de l’ambassade à Alger fut réactivé. Je fis un bref aller  retour et je revins avec un droit au séjour d’un an.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Pendant  cette année j’avalai des années de cours avec une boulimie qui stupéfia tout le  monde. Même moi. Margaux avait changé de formule, c’était devenu « -Bon, ou en  es tu aujourd’hui ? » Elle n’avait certes pas perdu pied. Mais ces incursions  plus fréquentes dans un apprentissage à vitesse accélérée n’allaient pas sans  difficultés. Quel bonheur ce fut de la voir à peine à la dérobade s’amuser de  notre relation dont les termes avaient notoirement évolué. J’étais des siennes :  de la grande famille des réussites ! De ces réussites auxquelles elle est  parvenue après avoir tourné le dos à une famille de bourgeois dont elle tirait  son prénom. En matière viticole j’ai tout à apprendre ! Mais je savais pourtant  que Margaux était un grand cru qu’aucun classement ne viendrait figer tant son  intelligence était mobile.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le bac en  candidate libre. Pas de mention. Pas de fautes non plus. Les cours particuliers  ont du bon. L’Internet débutant aussi. Entre débutants l’Internet dut d’une  réelle utilité. J’enseignerai l’anglais. Sans l’avoir appris sérieusement. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Avec  Molière je sentis d’emblée une assez grande parenté. Je ne butai pas sur le sens  du mot « commerce » que redoutaient les enseignantes, parmi d’autres mots, du  fait d’un sens aujourd’hui désuet voire obscène. Chez moi de ma première vie le  commerce est fait de tous ces moments de la vie où il faut parler, discuter,  négocier, revenir après avoir pris le temps de laisser au « commerçant » celui  de la réflexion dans le meilleur des cas. Souvent il réfléchissait moins vite  que ses clientes. Après tout c’était son métier. Nous autres femmes du peuple ne  sommes que des amatrices expérimentées que des contraintes sur lesquelles nous  n’avons que peu d’emprise poussent souvent à ne pas aller plus en deçà. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Parfois il  fut trop tard et ma Mère et moi n’eûmes ni le prix ni même la marchandise  convoitée qu’un ou une plus habile emportait avant la fin du « commerce » qui  nous avait animé.<span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">J’étais  arrivée dans la position d’un cas social. J’étais devenue une espèce rare, pas  si rare, en cours d’apparition. Un bijou dans l’écrin de la Cité. Un élu athée  m’avait soutenue en mettant les services de la Mairie à ma disposition. C’est le  bon côté de l’athéisme. Il est tellement indifférent à la religion qu’il ne  songe pas à faire grief de la sienne à une musulmane.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Si Dieu  savait ça ! <span> </span><span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  manifestation arrivait à son terme. Encore une brève prise de parole pour  appeler à d’autres grèves et à d’autres manifestations. Le combat continue mais  pas la plage. Pourtant j’avais cru comprendre du côté de mes quinze ans que sous  les pavés de la rue il y avait la plage ! </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Le récit  d’Aminata touchait lui aussi à sa fin. J’aurais pu tout autant écrire faim tant  il est tangible qu’Aminata a faim de tout. Faim d’études elle l’avait été et  l’envie lui en reste avec l’objectif de la certification. Il se trouve encore de  jeunes femmes pour vouloir faire <span class="EC_SpellE">professeure</span>.  C&#8217;est-à-dire à quel point l’enseignement est consubstantiel de notre humaine  civilisation ! Tout le reste n’est qu’entreprise de dégradation. Salaires.  Conditions de travail dans les classes. Déclarations ministérielles mettant les  professeurs en concurrence avec les élèves et le marché de l’enseignement. La  formation initiale des citoyens et des citoyennes et avec elle l’idéal  républicain d’émancipation avaient plié bagage sous les régimes successifs  organisant la désertion des anciennes positions de combat.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Après avoir  cessé d’incarner la patrie triomphante, l’Ecole était délestée du poids trop  lourd de redresseur de torts sociaux. Une formation à la carte, en fonction des  prétentions et des objectifs patronaux régionaux, insérait plus fortement  l’élève dans le processus de production/chômage. Le couple diabolique haussait  le lustre de la logique en place. Les politiques de l’école de la productivité  préparaient les esprits à se réjouir de n’être plus qu’une matière plus ou moins  commercialisable.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Travailler  de manière de plus en plus concurrentielle d’une structure à l’autre n’avait  plus suffi. La règle de la mixité sociale devait être aménagée afin de répondre  aux exigences des familles décalquées des orientations de l’Etat libéral relais  des ambitions patronales.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On nous  assura que la mixité sociale avait échoué sans dire qu’à l’Ecole on avait  assigné inéluctablement d’autres objectifs de plus en plus resserrés autour des  intérêts égoïstes de la minorité dominante. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On avait  levé des compagnies puis des bataillons de nouveaux intellectuels organiques. La  langue était défaite qui rendait ses armes au plus démagogue. Il n’en manqua  certes pas ! Une vive et malsaine compétition avait situé la surenchère du côté  de la dégradation des valeurs initiales. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  démagogues se disputèrent la revendication puis l’effectuation du meurtre  fondateur. Finis tabous et principes ! Dans la jungle il n’y a ni contrat  social, ni compromis possible. Les forts n’ont pas d’état d’âme ! Au demeurant  ils n’ont pas d’âme du tout. C’est dans le zoo, le spectacle de la jungle  infantilisant, que s’ébauche ce qu’il faut d’état d’âme résiduel pour habiller  des oripeaux venus des musées de cire, les félins de la finance  mondiale.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Que les  meilleurs gagnent de quoi survivre ! Que les autres renoncent à toute intention  de faire aller l’Histoire en arrière ! L’Histoire avait donc un sens. Deux sens  indiquant la direction et l’objet. Encore un doigt de frisson. Une louche  d’extase. On n’a rien perdu alors qu’on savait n’avoir rien à gagner.  <span> </span></span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Encore  faut-il connaître la règle du jeu d’emblée. A’ quel jeu aurions nous joué  poussés à tenir la distance du programme d’un côté et à s’en écarter de  l’autre ? Trois économies s’affrontent toujours. Les cours, la classe réelle, et  l’improbable conciliation des deux. Les cours sélectionnent les futures élites  de rechange et de perpétuation, la classe réelle s’impatiente de l’échéance de  sa réussite, ensemble les deux créent un état de désarroi relationnel dont  l’objectif cynique est précisément de remplir les objectifs premiers !  <span> </span>La troisième dimension, celle du rêve économique, aux allures  d’avatar est réellement une ambition machiavélique achevée. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’enthousiasme d’une Aminata m’inspirait joie et  tristesse mêlées. Comment lui dire : « -Ami ton projet d’école émancipatrice est  soluble entre les lignes d’une circulaire répercutant les termes d’un arrêté  ministériel ? «  Qui suis-je, à coup sûr pas rien qu’un brin d’arrogance, pour  lui briser son rêve d’entraînement à la réussite ? Moi-même je l’avais éprouvé.  C&#8217;est-à-dire mis à l’épreuve des épreuves foulant puis piétinant l’univers des  rêves là même où ceux-ci sont brutalement réveillés par les durs rappels à  l’ordre de la vie réelle. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Cela fait  longtemps que la vie réelle est soumise. Longtemps que cette soumission lui  donne la pleine dimension du réel. Les immanences subtiles dédouanent les  magiciens de toute sorte.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Les  pathologies ventriloques sont sans préjugés. <span> </span>Leur prévalence ne  désarme pas. Une métastase n’est pas rebutée par la candeur de son milieu. La  plasticité de l’encadrement idéologique des biotopes, la fluidité des  « autoroutes de l’information », la monstrueuse circulation des capitaux, <span class="EC_GramE">font</span> d’un gigantesque brouet une méchante formule de magie  noire.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Trois  années jusqu’à la licence me réinstallèrent doucement dans mon corps. Non que je  ne me <span class="EC_GramE">sentis</span> plus sale du tout. Les choses du  psychisme vont à un rythme dont la maîtrise n’est pas souveraine. Je sais être  sale à vie. Sale mais pas souillon. Je sais aussi, pour le vivre, que les  relations sociales et humaines réduisent les impacts individuels. Spontanément  ils et elles vinrent vers moi sans rien savoir de tout cela. Une certaine  gaucherie ouvrait plus de portes qu’elle ne fermait d’issues. Tout équilibre en  ce domaine aurait été d’un effet désastreux. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">En douce  certaines venaient me demander de leur rappeler la règle du participe passé. Un  vrai désastre ! Comment peut-on saboter pareillement la langue française ? Drôle  de langue en triste vérité qui s’accommodait d’autant de trahisons ! La langue  de la liberté c’était donc cela : la langue de toutes les paresses. De tous les  petits arrangements entre pernicieux. De tous les délaissements nonchalants  voire amusés.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  créativité des locuteurs ne doit pas être méprisante vis-à-vis de celles qui  l’ont précédé. Le prix que les anciennes ont payé à la règle et à leur propre  créativité est sans valeur mesurée. On ne peut faire du passé table rase et  s’enrager de n’être plus admis au rang de commensal. On ne comprendrait pas  qu’indéfiniment la régression langagière autorise toutes les manipulations. Le  risque pourtant est immense qui ne désarme que les collaborateurs bien  intentionnés.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On ne  s’autoriserait pas à se penser dans les rais de la manipulation. Mais on n’y  verrait que du feu aussi longtemps qu’à la règle et à la graphie on n’aurait  pas, librement, concédé le bénéfice dynamique de l’Histoire.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Ils et  elles étaient venus vers moi. Et moi vers elles et vers eux. Sources de premiers  émois. Et d’un début d’apprivoisement avec la nouvelle Aminata. Il fallait bien  cela. Je parle des efforts conjugués des uns des unes et de l’autre moi-même.  Non que les premiers aient su et voulu dans l’élan d’une compassion qui leur  aurait fait partager ma passion. Sur le drame intime je gardai le silence et le  gardai longtemps. Aujourd’hui je sais l’évoquer. Lui donner son vrai nom. Son  unique nom, puisqu’on ne lui en pas donné d‘autre sinon des paraphrases. Des  escamotages. Des pirouettes. Des sous entendus. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Mais  par-dessus tout le viol est un des autres noms du silence. Un autre nom lorsque  le silence est rompu. Lorsque la vie est moins brisée. Alors que le nom surgit  d’un mot sans histoire singulière. Un nom qui est aussi une autre façon de dire  le mot horreur lorsque ce mot ajoute la singularité à la singularité. On dirait  que c’est moins singulier. Parce que le même mot surgit trop souvent après trop  longtemps, voire jamais, pour que le nom qui désigne ce que le mot porte ne soit  pas qu’affaire singulière.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">A’ quoi bon  m’inscrire indéfiniment dans la singularité pathologique en lisière de la  société puisque la socialisation était porteuse de renouveau ? D’un être relatif  à un milieu clos, les anglais ne disent-ils pas « relatives » pour désigner les  parents géniteurs ? J’étais passée à un être socialement productif et utile.  J’avais croisé le désir. Cette version de moi-même qui me faisait aller de  l’avant puisque l’autre n’était plus un danger. Puisque contre moi-même je  n’étais plus un obstacle à mon propre déploiement. Des ailes m’avaient poussé  plus haut que le lointain horizon en quasi souvenir du « lézard ». C’est ainsi  que j’avais finalement retenu d’appeler mon bourg natal. La référence à la  source avait disparu. <span> </span>La source s’était asséchée sauf  l’indéfectible souvenir du filet matriciel. Courant d’eau désaltérant et  fondateur. Réseau de mailles initiatiques promouvant l’insertion. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Mon pays  intérieur s’était déplacé vers la recherche de plus d’évidences. D’abord je ne  trouvai guère que des chemins balisés sur lesquels la solidarité puis l’amitié  donnèrent ces coups de balai qui donnent à penser, à tort, que la route est  toujours propre. Que le panorama est sans bornes et sans embûches. Que le ciel  n’est pas un enjeu.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Que la  perception du « Bleu Ali », ou toute autre, n’est pas un état du combat à mener.  Je n’avais pas oublié Ali et mes trois sœurs dont j’ai de temps à autre des  nouvelles. Elles ne me parlent pas de leur détresse. C’est à cela que la devine  et la tient pour trop sûre. <span class="EC_SpellE">Tzîl</span> a un peu plus  vieilli. Je le sais puisqu’elle me répète que les « <span class="EC_SpellE">Djézaïryllywood</span> » c’est terminé. Elle n’est pas dans la  nostalgie mais dans la mort. Dans la mort issue de la dictature du libéralisme  capitaliste algérien. Celle-ci réussit l’exploit de remplir les objectifs des  ennemis irréconciliables, islamistes libéraux, libéraux chrétiens, sur le double  terrain de l’absence de libertés formelles et réelles et de l’économie privative  de conditions de vie de qualité élémentaire. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">On n’est  jamais si bien servi qu’en puisant dans les poubelles des autres. Dieu, je n’en  doute pas, reconnaîtra les chiens. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Mes autres  sœurs, <span class="EC_SpellE">Houriya</span> et <span class="EC_SpellE">Anissa</span>, me soufflent dans un souffle des messages codés.  Je crois qu’elles résistent. Je crois comprendre qu’elles résistent par la  parole. Les écrits sont au privilège. De cela je suis certaine. Dès lors que ma  curiosité s’éveille la conversation change de sujet sans bien s’éloigner de son  objet. Ce que je fais de ma vie ? A’ peu près ce que j’en veux. Oui j’ai bien de  la chance. Oui c’est cela : bien de la chance. De la chance. Beaucoup de  travail. Pas assez de luttes pour mieux faire. Pas assez d’amour pour être si  proche du bonheur.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Mes sœurs  comprennent que je comprends qu’elles ont un autre sort. Moins vertueux puisque  la vertu n’est pas de ce monde de misère dont Dieu n’a pas cessé de dénoncer le  caractère injuste. Dieu les a abandonnées pourtant. Dieu sait au détour de quel  verset de telle ou telle sourate ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">La  traversée de la mer de Cham est d’un bienfait soupçonné. On ne s’y collerait pas  plus avant si tant de promesses n’avaient pas eu lieu. Une promesse n’est tenue  qu’à la condition qu’on s’y soit engagée. Mes sœurs s’y étaient risquées avec la  force de ce que leur foi en elles avait rassemblé d’énergies libératrices. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Quelle  mesure avaient-elles choisie qui leur garantisse l’efficacité du résultat avec  la relative tranquillité de l’esprit ? Quelle mesure quand tout est démesure ou  dérision ? Que des lambeaux de vérité se détachent de tissus de mensonges et  viennent nourrir à leurs pieds les dessous des tribunes ? Sous les habits de la  rhétorique les oripeaux de la guerre des mots dissimulent les manœuvres  étoilées.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Après la  fin de mes propres études dont une première année redoublée, je demandai à  l’Education Nationale de bien vouloir m’accorder un emploi correspondant à mes  acquis universitaires. C’est ainsi que je devins maîtresse auxiliaire  d’anglais ! L’Education Nationale c’est l’institution plus l‘aventure.  J’acceptai et entamai une nouvelle errance au gré de mes nominations. Sans aucun  doute à la lecture de mon curriculum vitae l’administration avait-elle repéré  que la relative atypicité de mon parcours faisait de moi une présupposée à  l’errance ?</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Un  changement d’Académie, que j’avais souhaité pour plus de tranquillité de vie,  m’avait propulsée dans ce collège portant le nom de « La Kanak ». La rencontre  avec Hélène, l’amitié qui s’en suivirent, me furent d’un grand bien. D’un grand  apaisement intérieur. </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span>*</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Hélène me  confia que ce soir là de la manifestation unitaire elle rentra précipitamment  chez elle. Puis déposa le camée sur le paquet de copies en souffrance. Il se mit  à danser sous ses yeux. Par pudeur elle ne fit part d’aucune indication. Je  compris aussi qu’elle ne voulut pas ajouter la peine à la peine. A’ ses yeux  sans doute la sienne n’avait pas plus de valeur que la mienne.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">L’homme  noir qui dansait avait-il cessé de subir la sienne ? </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="EC_SpellE"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;">Audeloncourt</span></span></span><span> du 29 Juillet au  29 septembre 2008</span></p>
<p class="EC_MsoNormal" style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:11pt;"><span> </span><span> </span></span></span></p>
</div>
<div>
<hr size="1" />
<div id="EC_ftn1">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn1" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref1"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[1]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Economiste soviétique inventeur des  cycles de production de trente ans qui portent son nom.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn2">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn2" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref2"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[2]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Ne  suis-je pas un homme ton Frère ?</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn3">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn3" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref3"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[3]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Le  Valeureux en arabe.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn4">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn4" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref4"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[4]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> « <span class="EC_SpellE"><span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Layla</span></span></span><span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';"> ma Raison »  littérature arabe du VIIème siècle. Traduction d’André Miquel Le Seuil 1984 in  «Rémanences » N° 17 mars 2002.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn5">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn5" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref5"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[5]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Trafic  d’essence et autre.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn6">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn6" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref6"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[6]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">In  « Le Livre noir du capitalisme », Le temps des cerises, page  208.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn7">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn7" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref7"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[7]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">En  août 2008 le gouvernement algérien a adopté un projet de loi criminalisant  l’émigration illégale qui doit être soumise au Parlement. Cette loi prévoit six  mois de prison fermes pour les « <span class="EC_SpellE">Harragas</span> », « ceux  qui brûlent » les frontières. En relation directe avec les demandes faites par  les pays européens en matière d’immigration.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn8">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn8" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref8"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[8]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Allusion au livre d’Anne Marie <span class="EC_SpellE">Dardegna</span>.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn9">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn9" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref9"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[9]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> A<span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">uteur  de « <span class="EC_SpellE">Propaganda</span> » <span class="EC_GramE">chez<span> </span>Zones</span> 2007. Préface de Normand <span class="EC_SpellE">Baillargeon</span>.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn10">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn10" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref10"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[10]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Formule et Livre de Michel <span class="EC_SpellE">Clouscard</span>.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn11">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn11" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref11"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[11]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">Décédée, par pur hasard de circonstances,  au moment où j’écris ces lignes. Note de l’auteur.</span></span></p>
</div>
<div id="EC_ftn12">
<p class="EC_MsoFootnoteText"><a name="_ftn12" href="http://bl149w.blu149.mail.live.com/mail/InboxLight.aspx?ReadMessageId=421cb89e-773d-4d4a-8ddf-25225cee9bdd&amp;FolderID=00000000-0000-0000-0000-000000000001&amp;n=1160924518#_ftnref12"><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;"><span><span class="EC_MsoFootnoteReference"><sup><span style="font-size:x-small;"><span style="font-size:10pt;">[12]</span></span></sup></span></span></span></span></sup></span></a> <span style="font-family:Times New Roman;"><span style="font-family:'Times New Roman';">D’après une phrase de Marguerite  Yourcenar.</span></span></p>
</div>
</div>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/latourdebabel.wordpress.com/16/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/latourdebabel.wordpress.com/16/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/latourdebabel.wordpress.com/16/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/latourdebabel.wordpress.com/16/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/latourdebabel.wordpress.com/16/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/latourdebabel.wordpress.com/16/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/latourdebabel.wordpress.com/16/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/latourdebabel.wordpress.com/16/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/latourdebabel.wordpress.com/16/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/latourdebabel.wordpress.com/16/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/latourdebabel.wordpress.com/16/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/latourdebabel.wordpress.com/16/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/latourdebabel.wordpress.com/16/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/latourdebabel.wordpress.com/16/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=16&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Loula la nomade</media:title>
		</media:content>
	</item>
		<item>
		<title>Recette abricotée</title>
		<link>http://latourdebabel.wordpress.com/2008/06/08/recette-abricotee/</link>
		<comments>http://latourdebabel.wordpress.com/2008/06/08/recette-abricotee/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 08 Jun 2008 15:01:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loula la nomade</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[La regarder prendre dans ses mains et jouer avec le bas de soie. Lui accorder le temps nécessaire à le faire fourreau. L&#8217;encourager à ressentir le frémissement de la peau sous le bas. S&#8217;étonner, mais avec retenue, de la sublimation de la cuisse. Porter lentement le regard jusqu&#8217;aux confins de la miellée. Puis la réserver. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=14&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="EC_Section1">
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>La regarder prendre dans ses mains et jouer avec le bas de  soie.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>Lui accorder le temps nécessaire à le faire  fourreau.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span><span> </span>L&#8217;encourager  à ressentir le frémissement de la peau sous le bas.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>S&#8217;étonner, mais avec retenue, de la sublimation de la  cuisse.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>Porter lentement le regard jusqu&#8217;aux confins de la  miellée.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>Puis la réserver.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>L&#8217;abricot ainsi découvert doit être dodu et ferme sous la  langue.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>La langue tantôt alerte, tantôt lascive, toujours en pointe, </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span><span class="EC_GramE">s&#8217;épanouit</span> librement dans le velouté de  chair.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>La miellée est introduite dans le jeu.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>Planter gland et hampe comme petit drapeau.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>Allumez quatre feux avec la nuit tombante.</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"><span> </span>Avant que sous l&#8217;ondée ne se brise la première  lance&#8230;</span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal">© Claude Roda Daniel</p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"> </span></span></p>
<p class="EC_MsoNormal"><span style="font-size:small;font-family:Times New Roman;"><span style="font-size:12pt;"> </span></span></p>
</div>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/latourdebabel.wordpress.com/14/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/latourdebabel.wordpress.com/14/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/latourdebabel.wordpress.com/14/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/latourdebabel.wordpress.com/14/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/latourdebabel.wordpress.com/14/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/latourdebabel.wordpress.com/14/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/latourdebabel.wordpress.com/14/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/latourdebabel.wordpress.com/14/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/latourdebabel.wordpress.com/14/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/latourdebabel.wordpress.com/14/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/latourdebabel.wordpress.com/14/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/latourdebabel.wordpress.com/14/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/latourdebabel.wordpress.com/14/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/latourdebabel.wordpress.com/14/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/latourdebabel.wordpress.com/14/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/latourdebabel.wordpress.com/14/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=14&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Loula la nomade</media:title>
		</media:content>
	</item>
		<item>
		<title>LE FLANC AUX PINS</title>
		<link>http://latourdebabel.wordpress.com/2008/06/08/le-flanc-aux-pins/</link>
		<comments>http://latourdebabel.wordpress.com/2008/06/08/le-flanc-aux-pins/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 08 Jun 2008 14:54:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loula la nomade</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[LE FLANC AUX PINS (Instance nomade bleu Maine) par Leucos de Gorée (pour Asma R.) Sésame de l&#8217;eau ouvres un épi sur la pierre Ce banc d&#8217;étourneaux s&#8217;entête à la médina Coules oued fertile Berce un bébé/limon de rage Moi sentinelle/émoi sinue dans l&#8217;entrelacs des textes Coeur nomade à l&#8217;aune d&#8217;une foi d&#8217;airain Ton coeur [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=13&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:teal;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;color:teal;"><span> </span>LE FLANC AUX PINS</span></span></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:teal;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;color:teal;"><span> </span><span> </span><span> </span><span> </span>(Instance  nomade </span></span></strong><strong><span style="font-size:x-small;color:blue;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;color:blue;">bleu  Maine</span></span></strong><strong><span style="font-size:x-small;color:green;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;color:green;">)</span></span></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:green;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;color:green;"><span> </span></span></span></strong><strong><em><span style="font-size:x-small;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;"><span> </span><span class="EC_GramE">par</span> <span class="EC_SpellE">Leucos</span> de Gorée (pour <span class="EC_SpellE">Asma</span> R.)</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:black;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;"><span> </span><span> </span></span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:black;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Sésame  de l&#8217;eau ouvres un épi sur la pierre</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Ce  banc d&#8217;étourneaux s&#8217;entête à la médina<span> </span></span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Coules  oued fertile Berce un bébé/limon de rage</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Moi  sentinelle/émoi sinue dans l&#8217;entrelacs des textes </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Coeur  nomade à l&#8217;aune d&#8217;une foi d&#8217;airain</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Ton  coeur baigne au bord des lèvres du fennec</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Lui  d&#8217;ouest en est tranche dans une oasis  insolite</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Mène  au vif-argent la veinure de la feuille d&#8217;olivier </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Le  flanc aux pins accroche un moiré d&#8217;ombres  bleues</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Elles  chantent une mélopée à la peau rose des  sables</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Erres  à l&#8217;amble des Sahel de rive en rive </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Des  Bleus braconnent une ronde chamelle</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Folle  qui redoute de ces fonts ensanglantés </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Mon  enfant/infinitude à mi-voie <span class="EC_GramE">fais</span> un  treuil</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"><span> </span><span> </span>/  <span class="EC_GramE">au</span> destin</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"><span> </span>Dînes d&#8217;un mets de cuivre et t&#8217;envoles  d&#8217;une aile</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"><span> </span>/ <span class="EC_GramE">levantine</span></span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Sous  l&#8217;harmattan hante au pourpre la saveur des  seins</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Les  sabots d&#8217;un cabri ont l&#8217;éclat d&#8217;un à-jour de  meringue</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Des  gandouras la candeur d&#8217;une garance au bain  bigarré</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Littoral  biffé suggères l&#8217;horizon des brumes bleues du Maine </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;">Instance  nomade tu en es le choeur mais pas sa fin</span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><strong><em><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:maroon;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;font-style:italic;color:maroon;"> </span></span></em></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><span class="EC_SpellE"><strong><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:red;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;color:red;">Audeloncourt</span></span></strong></span><strong><span style="font-size:x-small;color:red;"><span style="font-weight:bold;font-size:11pt;line-height:120%;color:red;"> (France) près de chez Louise Michel mars 2001  CRD</span></span></strong></p>
<p class="EC_BodyText"><span style="font-size:x-small;font-family:Times New Roman;color:black;"><span style="font-size:11pt;line-height:120%;"> </span></span></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/latourdebabel.wordpress.com/13/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/latourdebabel.wordpress.com/13/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/latourdebabel.wordpress.com/13/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/latourdebabel.wordpress.com/13/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/latourdebabel.wordpress.com/13/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/latourdebabel.wordpress.com/13/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/latourdebabel.wordpress.com/13/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/latourdebabel.wordpress.com/13/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/latourdebabel.wordpress.com/13/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/latourdebabel.wordpress.com/13/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/latourdebabel.wordpress.com/13/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/latourdebabel.wordpress.com/13/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/latourdebabel.wordpress.com/13/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/latourdebabel.wordpress.com/13/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/latourdebabel.wordpress.com/13/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/latourdebabel.wordpress.com/13/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=13&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>LAYLA et LAYLA</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Jun 2008 14:17:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loula la nomade</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[LAYLA et LAYLA Layla petite Mère/amour des sournoiseries d’après-midi On t’a jeté la pierre On n’a pas vu ton regard On n’a pas vu ton enfant On t’a jeté la pierre On n’a pas vu ta mer On a rejeté ton enfant par avance Il a rejeté le fruit de ses avances “On” à toi [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=12&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>LAYLA et LAYLA</p>
<p>Layla petite Mère/amour des sournoiseries d’après-midi</p>
<p>On t’a jeté la pierre<br />
On n’a pas vu ton regard<br />
On n’a pas vu ton enfant<br />
On t’a jeté la pierre</p>
<p>On n’a pas vu ta mer<br />
On a rejeté ton enfant par avance</p>
<p>Il a rejeté le fruit de ses avances</p>
<p>“On” à toi et à ton enfant<br />
“On” la mauvaise pierre qui ne bâtit rien<br />
“On” la mauvaise pierre au creux de la main<br />
“On” la mauvaise pierre sans lendemains<br />
“On” la méchante pierre dont “on” fait les nains</p>
<p>Layla petit amour des amours amères</p>
<p>On t’a jeté la pierre<br />
Et tu l’as reçue la pierre<br />
La pierre en plein ventre<br />
On n’a pas vu ton regard</p>
<p>On n’a vu qu’un poisson mort<br />
On n’a pas vu ta mer<br />
Le galet en plein bas-ventre<br />
On n’a pas vu ta marée</p>
<p>On a vu ton préside à la télé<br />
On a voulu que ton ressac<br />
On a rejeté ton identité par décret populaire<br />
On a repoussé ta sexualité comme un déchet<br />
On a déchiré le lien qui te liait à l’humanité</p>
<p>Les pierres de l’affirmation de la honte sont de la même couleur</p>
<p>Mais qui donc est “On”?<br />
C’est la même oppression!<br />
La même coleur de la pierre<br />
De la pierre de l’oppression..</p>
<p>L’oppression a un nom<br />
Un nom pour combien de visages<br />
Combien de visages<br />
Pour afficher le nom de l’oppression<br />
Combien de déclarations<br />
Combien d’urnes<br />
Combien de silences<br />
Combien de certitudes<br />
Est-ce pire<br />
Combien de soupirs?</p>
<p>Que les nuits se conjuguent<br />
Et que surgisse la première pierre de l’Aube!</p>
<p>CRD Audeloncourt le 28 mai 2008</p>
<p>Layla Chenna prend en charge les jeunes femmes<br />
marocaines abusées par des hommes par différents moyens et qui sont rejetées par leurs familles avec leurs enfants.<br />
L’autre Layla c’est le nom très dépréciatif donné aux homosexuels au Maroc et au Maghreb.<br />
Layla en arabe c’est la nuit.<br />
Enfin Layla c’est le nom de la fille d’Esmaa ma logeuse internet que je remercie vivement.</p>
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	</item>
		<item>
		<title>Au loin j’ai cru voir</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Jun 2008 14:13:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Loula la nomade</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Au loin j’ai cru voir Au loin j’ai cru voir une belle dans le noir C’était un prostitué fourbu sur un trottoir Au loin j’ai cru voir un Renoir C’était un supplice en sautoir Au loin j’ai cru voir un brin d’espoir C’était la pensée piétinée au fouloir Au loin j’ai cru voir un chapiteau [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=latourdebabel.wordpress.com&amp;blog=3669919&amp;post=11&amp;subd=latourdebabel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au loin j’ai cru voir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir une belle dans le noir<br />
C’était un prostitué fourbu sur un trottoir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir un Renoir<br />
C’était un supplice en sautoir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir un brin d’espoir<br />
C’était la pensée piétinée au fouloir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir un chapiteau de foire<br />
C’était l’intelligence traitée au boutoir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir une belle histoire<br />
C’était la théorie livrée au mouroir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir un rêve d’ivoire<br />
C’était la Raison sous la lame du rasoir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir la libre plume dans l’écritoire<br />
C’était Zola au travail dans “l’Assommoir”</p>
<p>Au loin j’ai cru voir l’aube en plein soir<br />
C’était le progrès poussé à déchoir</p>
<p>Au loin j’ai cru voir j’ai cru voir…<br />
Etait-ce l’égalité menée à l’abattoir?</p>
<p>© Claude Roda Daniel</p>
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